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La fonction d’endossement
et la construction du sentiment de responsabilité

 

 
Un texte de Claudine Ourghanlian


Autre publication  Ce texte a été également publié sur le site personnel de Claudine Ourghanlian, liens & marges (enseignement spécialisé et culture).
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Des textes complémentaires  En lien direct avec ce texte, lire deux autres textes de Claudine Ourghanlian, La fonction d’adressement et La fonction contenante, ainsi que les deux textes de Daniel Calin évoqués ci-dessous : La fonction d’apaisement et La fonction d’adossement.

 

Un complément aux propositions conceptuelles de Daniel Calin

 

Le but de toute éducation est d’aider l’enfant à devenir le sujet de sa propre existence en se dégageant de ce qui pourrait être la toute puissance des adultes ou la sienne propre. Au fil des années, des cadres, plus ou moins contenants, plus ou moins structurants, vont être proposés à cette personne en construction.

Daniel Calin avance qu’il existe une fonction contenante de l’adulte qui serait préalable au cadre en ce qu’elle reste d’une certaine façon très maternante.

Pour mieux saisir ce rôle, il propose les notions de fonction d’apaisement et de fonction d’adossement. La première se rapporte à la capacité à accueillir, dans certaines circonstances, les angoisses, les tensions, les excitations et à les « absorber », à les réduire en n’y répondant pas par ses propres affects. La seconde création conceptuelle rend compte de la capacité à favoriser chez les autres « la liaison, la structuration et l’unification de leurs mouvements émotionnels, pulsionnels et de leurs représentations psychiques ». Cette capacité s’exerce à travers des ajustements interactifs intuitifs qui sont de l’ordre du portage et permettent à l’enfant de se tenir, en tenant ensemble des éléments du monde et des éléments de soi, grâce à l’aide de l’adulte.

À ces deux fonctions, j’en ajouterais pour ma part une troisième : la fonction d’endossement. L’endossement serait la faculté de l’adulte :

La fonction d’endossement s’exerce elle aussi de manière intuitive et relève de petits ajustements qui semblent proches de « la préoccupation maternelle primaire », décrite par Winnicott comme un état d’hypersensibilité qui permet à la mère de répondre aux besoins de son enfant.

On l’observe chez la mère qui dit « ce n’est pas grave, tu ne savais pas, maintenant tu le sais, tu ne le feras plus » ou qui propose de l’aider à « réparer » les conséquences d’une bêtise. On la retrouve chez celle qui remercie le petit de l’avoir aidée à faire un magnifique pâté de sable : « heureusement que tu étais là, je n’aurais pas réussi toute seule ».

Face à des enfants-élèves en grande difficulté qui ne parviennent à s’attribuer la responsabilité ni de leurs réussites ni de leurs échecs, ni sur le plan des relations sociales ni sur celui des apprentissages, les enseignants ont à mettre en jeu cette fonction d’endossement. Une petite phrase comme « c’est un peu de ma faute, j’aurais dû mieux t’expliquer ce qu’il fallait faire mais toi, tu aurais dû me dire que tu n’avais pas compris » propose un partage des responsabilités qui permet à l’enfant de s’en attribuer une part parce qu’elle ne met pas en jeu d’affects, ne suscite pas de réactions émotionnelles excessives.

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Lorsque la fonction d’endossement ne parvient pas à s’exercer, l’émergence d’un sujet autonome et responsable est rendue difficile.

Si le regard de l’adulte ne renvoie rien à l’enfant de ce qu’il fait, que ce soit par le blâme, la sanction ou, au contraire, par le plaisir, la gratitude, l’admiration, les félicitations, celui-ci ne parvient pas à se situer, il ne peut pas s’attribuer des actes, les vivre comme siens. La même difficulté peut résulter de retours incohérents, de l’attribution d’une valeur positive ou négative incompréhensible car quasi-aléatoire, aux actes de l’enfant.

Si le regard de l’adulte est trop systématiquement dépréciatif, l’enfant peut être comme pétrifié, incapable de penser, il entre dans une spirale de culpabilité. Il porte alors ses actes, et le poids en est si lourd qu’il est comme empêché d’être. L’enfant « humilié » ne peut pas se construire comme autonome, comme sujet de son existence. Il est écrasé par le regard des adultes, obligé de se considérer de leur point de vue, sans construire le sien propre, sans être aidé à faire un travail sur soi. Il est objet d’une toute puissance qui empêche ou affaiblit sa conscience d’avoir une identité. L’enfant obligé de porter tout le poids de sa responsabilité porte ses actes et même ceux des autres, leurs causes et leurs conséquences. Il subit, les interdits, les violences morales et physiques, en se persuadant de les avoir mérités, disculpant ainsi les adultes.

L’enfant dont le geste n’est jamais désapprouvé, qui n’est jamais conduit à répondre d’une bêtise, d’un écart de conduite, qui n’est jamais appelé à regretter des conséquences, reste dans l’immédiateté, ce n’est pas un être potentiel qui se construit, qui se structure. Lui non plus, pour qui les autres resteront les objets de sa toute-puissance, ne construit pas le sentiment de responsabilité qui autorise l’autonomie.

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D’un point de vue juridique, les parents assument la responsabilité pour l’enfant, celui-ci est placé sous leur responsabilité. Mais, d’une certaine façon, l’enfant éduque ses parents en les installant dans leur responsabilité éducative. Responsabilité de le conduire d’un degré zéro de responsabilité à une responsabilité pleine et entière.

La responsabilité limite, voire s’oppose, à l’individualisme :

Sur ce chemin de responsabilisation, l’enfant ne marche pas seul, c’est un chemin fait d’interactions sur lequel les adultes exercent, d’abord de façon importante puis lorsque cela est nécessaire pour éviter des embûches, cette fonction d’endossement.

Claudine Ourghanlian
Printemps 2006

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Dernière révision : mardi 21 janvier 2014 – 19:00:00
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