L’écume des heures

Le blog de Daniel Calin
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De la concentration des étangers présumés

6 février 2010

En lien direct avec mon billet d’hier, j’apprends que la « République Française »,  désormais ouvertement bananière et raciste, s’apprête à ouvrir un « Centre de Rétention Administrative » flambant neuf au Mesnil-Amelot (77). Au moment où la mafia qui nous gouverne restreint massivement et obstinément les budgets de services publics aussi vitaux que l’école et l’hôpital, l’argent public coule à flots pour construire des camps de concentration pour présumés étrangers.

La CIMADE a lancé une pétition contre cette infamie, que j’ai signée et que j’appelle à signer :

Non à un camp d’internement des étrangers !

Si vous ne vous sentez pas concernés, bien à l’abri derrière votre nationalité française, vous seriez bien avisés de lire de près mon billet d’hier, et de bien vérifier la pureté de vos lignages, avant que le ciel ne vous tombe sur la tête, comme il s’est abattu sur les 125 à 130 000 juifs allemands exterminés par les nazis.

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Êtes-vous bien certains d’être Français ? (2)

5 février 2010

Il y a un an et demi, dans un billet intitulé Êtes-vous bien certains d’être Français ?, j’avais déjà renvoyé vers un témoignage hallucinant d’une des implications les plus ravageuses de la vague nationaliste nauséabonde, à forts relents racistes, qui déferle sur notre pays, de Chevènement à Sarkozy, Hortefeux et Besson, à savoir la mise en cause de la nationalité dont se croient naïvement détenteurs des millions de Français pas franchement de pure souche.

Dans une salle d’attente médicale, je suis tombé sur un numéro du magazine Pause Santé, pas franchement révolutionnaire, c’est le moins qu’on puisse dire. L’éditorial de sa patronne, Fabienne Attali, daté du 21 janvier 2010, rapporte en détails comment, venue renouveler son passeport encore valable à la mairie de son arrondissement parisien, elle s’est retrouvée brutalement projetée dans la peau d’une escroc à la nationalité française, et même, pour tout dire, d’une barbare. L’histoire, vue de loin, fleure le comique surréaliste et incendiaire des meilleurs moments de Charlie Chaplin ou Buster Keaton. Sauf que ce n’est pas une œuvre d’imagination et que la dame concernée ne l’a pas trouvée drôle du tout. Elle est sortie de là, écrit-elle, bien élevée, « très agacée ». Pour elle, le problème s’est résolu très vite, par un coup de fil au « service de presse du ministère de l’Intérieur« , entre quasi collègues. Comme elle conclut elle-même :

« Mon métier m’a facilité les choses mais comment font les autres?? Pas de morale à cette histoire, juste mon témoignage, une forme de contribution à l’actuel débat contesté et contestable sur l’identité nationale. »

Rentré à la maison, une rapide recherche sur le Web m’a conduit à la version en ligne de cet éditorial. Lisez-le vite, avant qu’il ne s’évapore dans la cybersphère. Il est intitulé :

Douce France

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Mon dieu, que je hais tous ces gens qui « nous » font ça !

Petit rappel. Une étude de Michèle Tribalat intitulée Une estimation des populations d’origine étrangère en France en 1999, publiée en 2004, montre qu’il y avait alors 14 millions de Français dont au moins un parent ou un grand-parent était d’origine étrangère. Ma compagne en fait partie. Si l’on remonte à une génération de plus, on doit arriver à un bon tiers des Français. Mes enfants en font partie.

À quand les camps d’extermination des Français de pas bonne souche ? À quand la solution finale pour apurer notre « identité nationale » ?

Nous sommes, déjà, au bord, tout au bord, d’une innommable catastrophe.

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(Mauvaise) humeur

26 janvier 2010

Laurent Daval est psychologue scolaire dans le 62. J’ai déjà mis en ligne par ICI quelques lettres de lui (au format PDF), en lien avec la lutte pour préserver les RASED. Il vient de me faire parvenir par courriel ce billet de (mauvaise) humeur. Comme je partage cette humeur morose et énervée, et qu’il l’exprime très bien, je lui ai demandé l’autorisation de mettre ce billet en ligne. Autorisation accordée. Préparez-vous, selon vos goûts, un grog ou une infusion pour vous réchauffer et/ou vous calmer après lecture…

Daniel Calin


En novembre, je me souviens d’un mail dans lequel je notais que le projet de loi de finances pour 2010 « oubliait » de mentionner les options E et G parmi les formations spécialisées proposées aux enseignants du 1° degré.

Je pensais que cela signifiait clairement et simplement la volonté de mettre définitivement fin aux RASED. Je devais me tromper puisque – malgré la mobilisation des personnels des RASED l’an dernier – cet email n’a globalement provoqué aucune réaction.

Pourtant, dans le Pas de Calais, seulement 4 enseignant-e-s pourront partir en formation option E (en 2010/2011). Même au pays de Oui-Oui, il est difficile d’y voir une volonté de développement des RASED.

Combien de départs en formation pour l’option G ? Au niveau national, la généreuse loterie permettrait à UNE personne (dans l’Yonne semble-t-il) de partir en formation…

Même au pays de Oui-Oui… etc. etc.…

Mais bon… la mobilisation lors de la journée du 21 janvier semble indiquer qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Pourtant, j’avais la sensation que les gilets jaunes étaient devenus des gilets noirs… sauf que le noir en question n’était pas celui d’une révolte mais celui d’un enterrement. (Petite satisfaction tout de même en entendant l’Internationale qui jaillissait de la sono du fourgon Solidaires à l’arrivée de la manif !! On se console comme on peut…)

Il est vrai que l’atonie syndicale actuelle et la sous-médiatisation des luttes qui existent ne sont pas des facteurs de mobilisation.

En 2008, dès le mois de décembre, chacun-e était informé-e, préparé-e, mobilisé-e pour la journée d’action du 29 janvier 2009. Un an plus tard, coup de froid. Combien de regards étonnés, ébahis et même agacés de la part de collègues (syndiqué-e-s ou non) à qui… j’apprends cette journée d’action. (« Pourquoi y’a grève ?… »).

À de rares exceptions près, je n’ai pas entendu beaucoup de personnalités politiques (dites d’opposition) appeler à la mobilisation pour cette journée du 21 janvier. Certains estiment même « que le lycée coûte cher », et d’autre(s ?), au sujet des retraites, « qu’on doit certainement aller vers 61 ou 62 ans ». Sans doute une volonté de rassemblement…

Cerise sur le gâteau, la Une du Parisien (Aujourd’hui en province) du 20 janvier (veille de la grève) consacrée aux Profs absents !!! Traduisez : « Ces fainéant-e-s de fonctionnaires privilégiés n’en foutent pas une ramée et en plus, demain i’ font grève ». Plus c’est gros, plus ça passe. Il serait temps que l’actionnaire mette fin aux pratiques de ces journalistes irresponsables…

Mais, on doit reconnaître qu’en termes de lutte, une journée de grève, sans lendemain, sans réels objectifs de luttes, ne pouvait aboutir qu’à un flop retentissant. Objectif atteint !

(22 janvier, autre cerise sur le gâteau… Conversations avec des collègues. « Hier, la mobilisation, c’était pas terrible hein… c’est triste… Enfin moi, j’ai pas fait grève… ».)

Au soir du 21 janvier, coup de fil de ma mère (pas franchement une ultra, mais franchement française…)… elle vient « d’apprendre » par la télé d’son maître qu’il y avait grève ce jour.

« Alors, t’as travaillé aujourd’hui ? ». Traduction : « Fainéant, comme t’étais en grève, t’as rien foutu. ». Comme beaucoup d’autres, elle reste persuadée que je serai payé.

Et la question qui tue : « alors, vous allez être augmentés ? ». Traduction : quand les fainéants font grève, c’est uniquement parce qu’ils veulent une augmentation de salaire.

Je ne pense pas qu’elle soit la seule à s’accrocher à ces schémas de « pensée ».

Il existe cependant un autre schéma de pensée (unique) : celui qui laisse croire qu’il suffit de se battre pour des postes (ou un budget). Se battre pour des postes ne conduit qu’à une individualisation des combats et les rend forcément stériles. Se battre pour garder son/des poste(s) revient à s’attaquer à symptôme et uniquement à un symptôme. Ignorons-nous encore que ce qui se joue – encore qu’il ne s’agisse pas d’un jeu – c’est la fin des services publics au profit d’une logique ultra-libérale ?

Petits éléments réjouissants au pays de Oui-Oui :

À la veille de l’annonce des mesures de cartes scolaires, certain-e-s directeurs & directrices se voient fermement rappeler leur devoir de réserve par leur IEN. En d’autres termes, pas de commentaires, pas de vagues, pas d’actions, pas de déclarations. (Est-il utile de rappeler leurs tentatives d’imposer les lettres de missions pour les personnels RASED ? ça le sera peut-être en fin d’année scolaire…).

Difficile de ne pas faire le lien avec la mise à pied de Gilles Lehmann, enseignant de CM2, signataire de l’appel des 200 au sujet des « évaluations » CM2.

CAPES 2010. Lors de l’épreuve orale, les futurs profs devront présenter un exposé de 10 minutes sur le thème : « Agir en fonctionnaire de l’État de façon éthique et responsable. »

Quelques réactions tout de même : SNES : « cet exercice n’a qu’un but : mesurer la servilité des nouveaux professeurs » ; FSU qui compare cette épreuve au « serment des fonctionnaires » à l’époque du maréchal (celui de 1940…). (Source : Marianne n° 666.)

Suite à un… accident mortel dont est victime un ouvrier dans une usine de transport d’engrais, réaction de la direction : « Vu la situation de crise, on ne peut pas faire de travaux, il faut produire dés qu’on peut. Pour le reste, on verra après. » (Source : CQFD n° 74.)

Dans un édito des Échos, M. Vittori nous apprend « qu’une entreprise doit chercher à renforcer sa compétitivité avant de sauver des emplois ». (Source : Marianne n° 666.)

Et moi, qui, pauvre naïf idéaliste, imagine que les chefs d’entreprises seraient rémunérés en fonction des emplois décents qu’ils auraient créés, que ces pédégés seraient révocables par les employés (tout comme les politiques par les électeurs. Encore faut-il qu’ils élisent…).

Dans la série enfumage émotionnel. On nous « informe » en boucle que les expulsions vers Haïti sont suspendues et qu’une trentaine d’enfants en attente d’adoption va faire le voyage vers leur famille adoptante (je résume).

En même temps, les migrants kurdes échoués en Corse sont d’abord « conduits » dans des CRA (Centre de Rétention Administratif, un doux euphémisme pour parler d’enfermement).

Parmi eux, des enfants.

Dans cette noirceur (même si je n’ai pas totalement la fibre verte), je note tout de même la position claire d’un maire – via la gazette municipale – qui appelle à la solidarité envers les migrant-e-s. « … C’est pourquoi les vêtements, couvertures, aliments et autres produits de première nécessité susceptibles de leur servir seront les bienvenus. Ils seront transmis aux associations qui leur viennent en aide. »

De même, le bois, les produits d’hygiène, les bâches, les bottes, les ustensiles de cuisine sont… Welcome. Une partie de ceux qui en ont besoin sont à quelques kilomètres de vous…

En hiver, il fait froid et même il neiiiiiiige !!!! Alors, pour apaiser notre conscience à la veille de la faites du libéralisme (Noël, galettes, soldes, reventes des K-do sur ebay…), on nous rappelle que certain-e-s dorment dehors, sans logement, pour certain-e-s sans boulot décent. Les migrants et les SDF, on les voit pas, les messages des enfoirés (!!!) on les entend…

Pourtant, quand il fait beau, dans les bureaux climatisés des écoles d’urbanisme, on planche sur le (nouveau) mobilier urbain. Plans inclinés, bancs avec accoudoirs au milieu, cactus, herses, pierres… Bref, tout un ensemble d’éléments anodins pour ceux qui circulent dans les rues. En réalité, des armes anti-squatters, du design anti-SDF.

Après les prostitué-e-s, il s’agit de rendre invisible la pauvreté aux yeux du peuple. D’autant plus qu’il y a là un intéressant plan business… En outre, la pauvreté, la précarité visibles, ça mettrait sacrément à mal certaines déclarations du style « Si on n’est plus choqué quand quelqu’un n’a plus un toit lorsqu’il fait froid et qu’il est obligé de dormir dehors, c’est tout l’équilibre de la société qui s’en trouvera remis en cause »… il me semble qu’il était aussi question d’une période de 2 ans et de droit opposable au logement.

J’ai parlé, plus haut, d’atonie syndicale. Pourtant :

Liberté syndicale : Plainte contre SUD Travail Affaires Sociales par le ministère du travail à la suite d’un tract considéré comme « injures publiques envers une administration ». De la réinterprétation de la liberté syndicale et de la liberté d’expression… (Cf. La Brique n° 20)

Liberté syndicale encore : SFR conteste la représentativité de SUD. Il paraît que le « socialisme autogestionnaire de SUD serait contraire au respect des lois républicaines qui constituent, depuis la loi de 2008, un des critères de la représentation syndicale ». Voir le très bon article synthétique de Pierre Concialdi dans le n° 66 de Siné Hebdo.

(Il est vrai qu’on pneu s’interroger sur ce qu’est la représentation syndicale…)

SUD porte plainte contre France Télécom (ou Orange pour la version marketing, mais c’est pourtant l’même). Voir Siné hebdo n° 67. Après un énième suicide d’un employé de France Télécom, le plan Com’ de l’entreprise dépêche un nouveau manager à Chambéry. Parole libérée, baisse du stress, entraide. Après quelques mois, fin du plan Com’ qui coûte trop cher… Circulez, y’a rien à voir. Fin de la couverture média (la grippe, Johnny, le débat machin, Copenhague, Super Seguin et Nanny, c’est tout de même plus important).

Et vous, ça va ? Moi…bof…

Laurent Daval

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Ce texte est également disponible ICI, sur le blog RASED en lutte.

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Une pensée psychanalytique revivifiée

5 janvier 2010

J’avais déjà relayé ici le travail de Michel Levy, psychiatre et psychanalyste à Rodez. Il vient de mettre en ligne sur son site personnel un article théorique de haute tenue intitulé Psychose de déstructuration et de développement, présenté comme le chapitre manquant à l’ouvrage intitulé Psychanalyse : l’invention nécessaire, paru chez L’Harmattan en 2005. La réflexion proposée est brillante, novatrice. Elle invite à une vision ouverte et dynamique des difficultés psychiques, aux antipodes des étiquetages réducteurs et figés que nous servent les pseudo-savants neurocomportementalistes qui tiennent le haut du pavé médiatique ces dernières années. De quoi donner envie de lire le livre en son entier. Un extrait pour vous mettre en bouche :

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Il n’existe donc que des structures contextuelles. Constamment, la complexité du contexte remanie, renforce, affaiblit ce qui s’est construit, organisé. Ce qui explique le destin extrêmement imprévisible de tous les traits psycho­pathologiques et la possibilité de passer d’un trait à un autre : il suffit pour cela, par exemple, d’un contexte amoureux, transférentiel puissant, pour que se transforme, se remanie la résonance narcissique. La variété des réactions est infinie et aussi imprévisible que peut l’être la vie elle-même. Le travail du thérapeute est simplement de réfléchir aux structures locales qui se présentent à lui, à condition qu’il ne pense jamais que le sujet leur est réductible, puisqu’il tomberait alors dans une espèce de négation de l’hétérologie elle-même, recréant les conditions d’une émergence pathogène. Ceci explique d’ailleurs le manque d’ambition thérapeutique des théories analytiques qui enferment les patients dans des définitions monomorphes, supports elles-mêmes de doctrines parfois trop monolithiques. Et comme ces doctrines étayent aussi les narcissismes souvent défaillants des thérapeutes trop identifiés à ces systèmes, les patients finissent par payer le trop grand besoin de stabilité de ces « ensembles » thérapeutiques.

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Ces « dévoyés » qui nous gouvernent

4 janvier 2010

On savait que Patrick Devedjian, gosse de riches, et Alain Madelin, fils de pauvre, avaient commencé leur carrière politique dans le groupuscule d’extrême-droite Occident, qui s’était illustré dans les années soixante en multipliant les agressions physiques contre les militants de gauche. Madelin est même un des fondateurs de ce sympathique groupe de nervis. Quant à Devedjian, accusé d’être une balance, il a fini par être torturé par ses chers petits camarades…

On sait beaucoup moins que ces deux grandes consciences de l’extrême-droite puis (?) de la mondialisation libérale ont également un passé de « jeunes dévoyés » et de « tristes sires », pour reprendre les appellations de l’article du journal Le Petit Varois du 11 novembre 1965 qui relate leurs exploits lors d’une virée estivale sur la Côte d’Azur : vol d’une voiture, vol d’un moteur de bateau, vol de pièces d’identité, usage de fausses plaques d’immatriculation et détention illégale d’arme. Jugés par le tribunal correctionnel de Draguignan pour l’ensemble de ces faits, et grâce aux « bons renseignements » apportés au magistrat instructeur sur ces deux étudiants en droit à la faculté d’Assas, berceau majeur de l’extrême-droite, ils n’écoperont, pour ces délits à répétition, que d’une peine de prison avec sursis, assortie de trois ans de mise à l’épreuve.

Alain Madelin, député UMP d’Ille-et-Vilaine jusqu’en 2002, est actuellement président du Fonds mondial de solidarité numérique. Patrick Devedjian est actuellement président du conseil général des Hauts-de-Seine et ministre auprès du Premier ministre chargé de la mise en œuvre du plan de relance.

Les miliciens sont au pouvoir, plus clairement encore que je ne le pensais voici deux ans en écrivant Le retour des miliciens.

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Qu’est-ce que vieillir ?

3 janvier 2010

Claude Lévi-Strauss, témoignant lors de son 90e anniversaire :

Montaigne dit que la vieillesse nous diminue chaque jour et nous entame de telle sorte que, quand la mort survient, elle n’emporte plus qu’un quart ou un demi-homme. Montaigne est mort à 59 ans et ne pouvait sans doute avoir idée de l’extrême vieillesse où je me trouve aujourd’hui. Dans ce grand âge que je ne pensais pas atteindre, et qui constitue une des plus curieuses surprises de mon existence, j’ai le sentiment d’être comme un hologramme brisé. Cet hologramme ne possède plus son unité entière, et cependant, comme dans tout hologramme, chaque partie restante conserve une image et une représentation complète du tout. Ainsi y a-t-il aujourd’hui pour moi un moi réel, qui n’est plus que le quart ou la moitié d’un homme, et un moi virtuel, qui conserve encore vive une idée du tout. Le moi virtuel dresse un projet de livre, commence à en organiser les chapitres, et dit au moi réel : « C’est à toi de continuer ». Et le moi réel, qui ne peut plus, dit au moi virtuel : « C’est ton affaire. C’est toi seul qui vois la totalité ».

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Merci à Pascal pour cette citation encourageante ! :cry:

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Que sont mes compatriotes devenus ?

20 décembre 2009

Nos vieux vinyls prenant la poussière à la cave, ma compagne a récemment acheté un CD de Georges Brassens. Ce matin, je me suis donc éveillé sous les caresses des chants du vieux Georges, bouleversé par la subtilité de cette langue, la complexité de ces mélodies, la beauté de cette voix.

Où sont les Brassens d’aujourd’hui ? Tout ce qui s’entend aujourd’hui est à des années-lumière d’une telle qualité. Et ce chanteur était populaire, immensément populaire. Et fort mal vu des bourgeois et des bien-pensants, qu’il n’a jamais cessé de conchier d’abondance. Les gendarmes de ses chansons sont « par nature si ballots » et le jeune juge impitoyable se fait sodomiser par un gorille en pleurant sa mère. Les rappeurs qui niquent la police ne sont pas plus mal embouchés – mais ils n’ont pas de voix, ne font même pas semblant de chanter et ne balbutient le plus souvent qu’une sous-langue calamiteuse. Pourtant, que je sache, personne n’a jamais songé à embastiller Brassens, pas même les flics et les juges de son temps, qu’il étrillait si rudement.

Qu’est-il arrivé à mes concitoyens ? Quel lessivage de cerveau ? Quelle staraca­démisation ? Dire que le niveau d’études a flambé ! Comment un peuple de bacheliers, de citadins instruits, peut-il être à ce point plus stupide et moins créatif qu’un peuple de ruraux et de prolétaires mal lettrés ?

Ce soir, je ne suis même plus un vieil homme en colère, seulement un vieil homme triste, d’une tristesse innommable.

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Intégration et inclusion

19 décembre 2009

Une jeune correspondante, « en terminale service à la personne », me demande « des renseignements sur ces deux notions », après de vaines recherches sur le Web. Je mets en ligne la réponse que je viens de lui faire, qui pourra servir à d’autres. Brève,  lapidaire, pour aller à l’essentiel.

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Le concept d’intégration (scolaire ou sociale) renvoie à un travail à faire pour permettre aux enfants handicapés de vivre parmi des enfants non handicapés de leur âge (intégration sociale) et de tirer bénéfice des apprentissages scolaires proposés (intégration scolaire stricto sensu).

Ce concept, qui a dominé les références officielles dans les années 1980 et 1990, a été contesté par un courant radical, d’origine états-unienne, bien représenté en France par Charles Gardou. Ces « penseurs » lui opposent celui d’inclusion, qui vient d’entrer dans les appellations officielles avec la nouvelle circulaire sur les CLIS. Selon eux, il n’y a pas à faire un quelconque travail pour « intégrer » les élèves handicapés parmi les autres, il s’agit exclusivement de leur reconnaître un droit, absolu, inconditionnel, à être présents parmi les autres, à être « inclus » dans tous les groupes dans lesquels ils seraient « inclus » s’ils n’étaient pas handicapés. Idem pour les adultes, bien sûr.

Derrière cette thèse, il y a l’idée que le handicap résulte essentiellement, voire exclusivement, du regard social (rejetant) posé sur les handicapés, la seule chose à faire étant de lutter contre ces « discriminations ».

A mes yeux, ce courant d’idées n’est qu’une des figures du déni des réalités du handicap : c’est avant tout le handicap lui-même, la grande tragédie du handicap, qui « discrimine », et secondairement seulement le regard social. Aucun changement du regard social ne rendra la vue à un aveugle, l’ouïe à un sourd, la marche à un paraplégique, la pensée à un grand déficient intellectuel, etc. Et il ne suffira certes pas de les « inclure » parmi les voyants, les entendants, les marchants et les pensants pour qu’ils deviennent des « citoyens comme les autres » !

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Sur un thème similaire, voir aussi sur mon site une note critique sur la notion de « situation de handicap ».

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Éduquer les futurs citoyens ?

5 décembre 2009

La « réforme » des lycées, ajournée par Darcos pour cause de protestations trop intenses, en particulier de la part des lycéens eux-mêmes, est ressortie en pareille ou pire par Chatel, « porte-parole du gouvernement », c’est-à-dire la voix de son gnomesque maître élyséen, et accessoirement faisant fonction de Ministre de l’Education Nationale. Cette réforme a bien évidemment pour finalité première des économies budgétaires, mais elle a aussi des finalités plus fondamentalement destructrices. Dans ce cadre, comme la mouture Darcos, la réforme Chatel s’attaque massivement à l’enseignement des sciences économiques et sociales au lycée.

On pourrait s’étonner de la phobie du pouvoir face à des disciplines qui, dans le monde universitaire, fournissent les meilleurs zélotes de la mondialisation libérale à laquelle ce même pouvoir est tout entier voué. C’est méconnaître les enseignants du secondaire. Les professeurs des lycées et collèges ont certes de très gros défauts, mais ils ont aussi une très solide tradition d’indépendance d’esprit que leurs collègues de l’enseignement supérieur ont perdu de très longue date, trop occupés qu’ils sont à faire carrière pour ne pas pencher fortement vers toutes les mangeoires à leur portée. À part leurs privilèges, il y a belle lurette qu’ils ne défendent plus grand chose. Les profs de nos ados n’en sont pas encore réduits à cela, ne serait-ce que parce que personne ne songe à leur servir des soupes un peu plus grasses que leur ordinaire juste convenable.

Du coup, si les sciences économiques et sociales peuvent être des outils pour penser la « modernité » socio-économique de façon un tant soit peu critique, c’est presque exclusivement entre les mains des professeurs de SES de lycée. On l’a bien vu en 2005 à l’occasion du référendum européen. Alors que la plupart des universitaires, même « de gauche », se sont joints à la quasi totalité de la caste médiatico-politique pour promouvoir le vote en faveur de l’Europe libérale, les professeurs de sciences économiques et sociales des lycées ont compté parmi les artisans les plus actifs du mouvement de réflexion citoyenne qui a abouti à la cuisante défaite des zélotes de la dictature financière mondialisée.

Il est clair à mes yeux que les professeurs de sciences économiques et sociales et leur enseignement paient aujourd’hui la victoire du NON au référendum sur la constitution européenne. Il faut les défendre, par reconnaissance envers des acteurs majeurs de cette belle victoire politique, mais aussi pour défendre un des instruments clefs de la formation des citoyens éclairés que nous voulons pour demain.

Signez et faites signer la pétition de l’Association des Professeurs de Sciences Economiques et Sociales (APSES) :

Appel pour une généralisation de l’enseignement
de Sciences Economiques et Sociales au lycée

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La langue du président (avec miniscule)

4 décembre 2009

Tous mes vœux aux professeurs des écoles et aux professeurs de français :

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Merci Laurent !

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