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PPS(*), PPRE(*), SEGPA(*) et RASED(*)

 

 
Un texte de Daniel Calin


Publication originale  Ce texte de commande a été initialement publié dans Envie d’école, une revue de la FNAREN, N° 49, Décembre 2006/Janvier 2007.

 

La rentrée 2006 a été chargée pour les équipes des écoles :

Cela s’ajoutant à des agressions ministérielles et médiatiques répétées et à une atmosphère politique désespérante, je n’ai guère été surpris de constater, au fil des multiples stages sur site auxquels j’ai participé depuis cette rentrée, à quel point l’ambiance est lourde dans les écoles.

Les RASED(*) ne sont pas directement mis en cause par ces trois circulaires. La circulaire 2006-138 reprend même cet acronyme effacé dans un texte antérieur(1). Il est cependant légitime de s’interroger sur ce que ces nouvelles réglementations vont impliquer pour eux.

A priori, les RASED(*) ne sont pas impliqués dans les PPS(*). Seuls les psychologues scolaires font partie de droit des équipes de suivi de la scolarisation, dont la mission est, rappelons-le, le suivi de l’application des PPS(*), et non leur élaboration, laquelle revient de droit à la seule MDPH(*). Il est vrai que, sur le terrain, se dessinent d’autres pratiques, moins absurdes que le nouveau cadre légal, et qui devraient impliquer plus fortement les psycholo­gues scolaires – mais ni plus ni moins que dans l’ancien cadre. La menace pour les RASED(*) vient ici plutôt du risque de multiplication de scolarisations en classes ordinaires d’enfants “problématiques” pour lesquels n’auront pas été mis en place des PPS(*), donc sans moyens d’accompa­gnement. Comme le nouveau cadre réglementaire tend à paralyser les autorités académiques face à ce genre de situations, on peut supposer que les IEN(*) locaux n’auront parfois pas d’autres solutions que de solliciter fortement les membres des RASED(*) pour au moins “border” des situations explosives.

Reste que ces problèmes ne mettent pas en cause les RASED(*) en eux-mêmes. Il en va tout autrement des PPRE (*). Même si la langue de bois ordinaire évoque ici la réussite éducative, les PPRE(*) visent bien « les élèves qui risquent de ne pas maîtriser les connaissances et compétences identifiées comme indispensables par les repères du socle commun à la fin d’un cycle »(2), donc les élèves en grande difficulté, menacés d’échec scolaire. C’est là le cœur même de la mission des RASED(*). Un télescopage ou un lien fort entre RASED(*) et PPRE(*) est donc inéluctable. Les textes actuels ne traitent pas de front la question, mais l’article 4 du décret 2005-1014 intégrait déjà aux PPRE(*) des aides spécialisées données par « par des maîtres spécialisés, en coordination avec le maître de la classe dans laquelle l’élève continue à suivre une partie de l’enseignement », ce qui correspond mot pour mot aux fonction­nements ordinaires des maîtres E et G.

Un simple changement d’appellation serait sans grande importance, mais il risque de s’agir de bien plus que cela. La circulaire 2006-138 insiste en effet lourdement sur la notion de programme, défini comme une action « intensive et de courte durée »(3). L’inspiration mécaniste de cette circulaire, dont on sait qu’elle repose sur une ignorance crasse de la complexité réelle des apprentis­sages scolaires, menace d’acculer les maîtres des RASED(*) à des modalités d’intervention en rupture radicale avec leur culture profession­nelle. Il va falloir résister, ce qui va s’avérer particulièrement difficile dans le cadre des PPRE(*), où l’école devra collaborer avec l’extérieur, familles certes, ce qui n’est pas neuf pour les RASED(*), mais aussi élus locaux et associa­tions, parfois pour le meilleur peut-être, mais le pire n’est pas à exclure.

Je n’ai eu à ce jour que peu d’échos par rapport à la nouvelle circulaire sur les EGPA. Elle impose pourtant une obligation dont la gestion risque fort de s’avérer très difficile pour les équipes pédagogiques : celle de préparer une éventuelle orientation vers les SEGPA(*) dès le CM1, avec annonce obliga­toire à la famille. Je vois mal comment on va pouvoir maintenir en classe ordinaire pendant deux ans des enfants en échec à ce point clairement annoncé. Les PPRE(*), évidents ici, risquent fort de ne pas suffire à accompa­gner de telles situations. Je fais ici le lien avec un élément surprenant du décret 2005-1014(4), qui ne concerne pourtant que les écoles primaires, et qui évoque, à côté des aides spécialisées, des enseignements adaptés. Si cette seconde expression a un sens clair dans le second degré (5), on voit mal, depuis la fin des classes de perfectionnement, à quoi elle peut correspondre dans le primaire. Sinon aux classes d’adaptation, déjà quelque peu relancées par la circulaire 2002-113. Je m’attends donc à une relance importante de ces classes, peut-être dans le cadre d’une procédure d’orientation contrôlée par la CDOEA(6). Je rappelle de plus que les décisions de cette commission, en appel, s’imposent aux familles, tout comme pour les redoublements. Quoi qu’on pense de telles classes(7), elles vont très probablement être attribuées à des maîtres E, donc retirer des moyens aux autres fonctionnements des RASED(*). Cette fois, ce sont les équilibres et habitudes en place depuis vingt ans qui vont probable­ment devoir bouger, ce qui n’est pas un mal en soi. Aux personnels concernés d’en tirer plutôt le meilleur que le pire.

Daniel Calin
Décembre 2006-Janvier 2007

 
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Notes

(1) Article 5 du décret n° 2005-1014 sur les Dispositifs d’aide et de soutien pour la réussite des élèves à l’école .

(2) Point 2 de la circulaire n° 2006-138.

(3) Point 1 de la circulaire n° 2006-138.

(4) Article 4 du décret n° 2005-1014 : « Des aides spécialisées et des enseignements adaptés sont mis en place au profit des élèves qui éprouvent des difficultés graves et persistantes.»

(5) Depuis les textes de 1996, elle désigne les enseignements dispensés en SEGPA ou en EREA-LEA.

(6) La nouvelle commission d’orientation vers les SEGPA et les EREA-LEA. Voir l’arrêté du 7 décembre 2005.

(7) Ayant toujours personnellement regretté la suppression des classes de perfectionnement, entendues comme classes spécialisées pour des élèves en grande difficulté, je ne vois pas d’un mauvais œil ce retour de bâton, fort prévisible au demeurant.


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