Champs de l'adaptation et du handicap : où est la frontière?

Les aides pédagogiques spécialisées (option E).
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Céline
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Champs de l'adaptation et du handicap : où est la frontière?

Message par Céline » 16 juil. 2007 22:48

Bonsoir,
A la rentée, l'IEN de la circo nous demande à mon collègue et moi-même (maîtres E) de prendre en charge (3H par semaine chacun) des enfants provenant d'un hôpital de jour. Connaissant déjà ces enfants, je pense que la plupart ne relèvent pas du champ de l'adaptation. Ils ont des profils du type autistique et psychotique.
La loi de 2005 aurait-elle aboli les différents champs d'actions liés aux options elles-mêmes : Champs du handicap et champ de l'adaptation ?
L'IEN a-t-il le droit de modifier à ce point nos missions de maître E ?
Une convention a été passée entre l'IEN, l'IA et la mairie pour justifier cette nouvelle prise en charge.
Qu'en pensez-vous ? Quelle peut être notre marge d'action pour refuser cette mission ?
Cordialement

Daniel Calin
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Message par Daniel Calin » 18 juil. 2007 15:25

Quelques éléments de réponse :

1/ Inutile de m'envoyer des messages privés quand votre question a été posée sur le forum...

2/ La loi de 2005 n'a évidemment pas aboli la distinction entre adaptation et handicap. Bien au contraire : une de ses conséquences est que l'orientation vers les SEGPA (champ de l'adaptation) a enfin été sortie des commissions d'orientation des élèves handicapés, et qu'une commission spécifique, strictement Éducation Nationale, la CDOEA, a été créée à cette fin. De plus, la distinction entre adaptation et handicap est reprise dans l'appellation ASH.

3/ La réponse à la question que vous posez, cependant, ne peut pas se réduire à la distinction administrative de principe entre adaptation et handicap. D'abord, la Circulaire n° 90-082 du 9 avril 1990, certes abrogée, contenait ce passage, à l'adresse de vos collègues rééducateurs : "[Les actions d’aide spécialisée à dominante « rééducative »] mettent en œuvre à l’école maternelle et élémentaire des interventions spécifiques, auprès d’élèves en difficulté scolaire globale ou particulière, éventuellement auprès d’élèves handicapés." La Circulaire n° 2002-113 du 30 avril 2002 ne reprend pas cette précision, mais elle inscrit très fortement les RASED comme les CLIS dans le cadre du projet d'école. Autrement dit, vous êtes, maîtres E comme maîtres G comme psychologues scolaires, avant tout au service de l'école. Et la loi de 2005 affirme, encore plus fortement que la loi de 1975, mais dans sa foulée, que tous les enfants doivent y trouver leur place, ce qui n'est après tout que la concrétisation du principe de l'obligation scolaire universelle posé... par la loi de 1882 ! D'un point de vue administratif, vous êtes un des moyens de la scolarisation, cette scolarisation à laquelle ont droit tous les enfants. Il vous est dès lors très difficile de vous retranchez derrière votre spécificité, qui n'est que relative, pour refuser de prendre en charge des élèves handicapés. Surtout pas au moment où l'on va parfois imposer leur présence dans les classes ordinaires sans grande précaution !

4/ Sur le fond, la distinction entre adaptation et handicap est à relativiser. Certains élèves handicapés, du côté des handicaps moteurs en particulier, n'ont aucun problème scolaire et n'appellent pratiquement aucun traitement spécifique, si ce n'est en termes d'aménagements des locaux. D'autres, évidemment, pour des raisons très diverses, qui ne sont pas toujours la seule conséquence directe de leur handicap, ont de gros problèmes d'adaptation à l'école. On ne voit pas pourquoi ils n'auraient alors pas droit aux interventions des spécialistes de l'adaptation scolaire ! Enfin, la vogue des concepts de dys-tout et n'importe quoi est en train de transformer massivement en "handicapés" des enfants précédemment considérés comme en grande difficulté scolaire. Une telle ambiance n'est certainement pas favorable à la clarification de la distinction entre missions d'adaptation et missions de scolarisation des élèves handicapés !

Bref, même si je comprends pour une part vos réticences, je vous conseille la plus grande prudence dans vos réactions par rapport à la demande qui vous est faite. Il n'est certainement pas bon, aujourd'hui, que des enseignants, spécialisés qui plus est, quelle que soit leur spécialisation, refusent toute intervention auprès de certains élèves, sous prétexte qu'ils sont handicapés !

Dernière remarque : je vois mal ce que vient faire la mairie dans cette histoire : du point de vue de la loi de 2005, la prise en charge du handicap relève du département, pas des communes. Même si les communes sont en charge des écoles primaires - ce qui est d'ailleurs un des points obscurs de la nouvelle loi, qui donne déjà lieu, ici ou là, à de sévères empoignades entre élus locaux !

Encore une autre remarque, à la réflexion... Un hôpital de jour n'est pas en soi une structure de prise en charge du handicap, mais bien une structure hospitalière, en charge d'enfants malades. On peut certes considérer que leur maladie est suffisamment lourde pour permettre de les considérer comme handicapés, avec les droits afférents à cet étiquetage. Mais on peut aussi refuser cet étiquetage, en particulier au nom de l'évolutivité de leur "maladie" (alors que le handicap, selon la loi, est "durable ou définitif"). Position défendue par nombre de pédopsychiatres, dont je partage totalement les préoccupations. Derrière votre problème, il y a peut-être ce type de positionnement. Ce qui, soit dit en passant, vous obligerait à accepter, sans nuances cette fois, cette mission.
Cordialement,
Daniel Calin

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Message par patrick » 20 juil. 2007 23:32

Pour moi ce qui pose problème ce n'est pas que vous preniez en charge ces élèves mais le fait que cette prise en charge soit la conséquence d'un "arrangement" dont vous n'étiez pas partie prenante.
Ces enfants relèvent d'une structure de soins, donc leur prise en charge dans le champ thérapeutique est assuré, nous ne pouvons donc pas suspecter une prise en charge RASED par défaut de soins qui serait inacceptable.
Maintenant dans le champ pédagogique ce n'est pas un "arrangement" entre bureaucrates qui décide de la scolarisation mais la maîtresse de la classe. Donc ces enfants qui par ailleurs sont certainement suivis pour le soin poseront peut être des problèmes à cette maîtresse, c'est à elle avec l'équipe de l'hôpital de jour et les autres partenaires à trouver les réponses, ces enfants sont sous sa responsabilité pédagogique, c'est à elle à donner la réponse la plus adaptée avec les différents partenaires. Mais si on lui confisque d'entrée cette responsabilité, alors l'intégration est encore ratée.
Cette maîtresse va recevoir un élève, elle n'a plus à se poser la question de savoir si cet élève relève ou pas de sa classe, il y est de droit. Mais elle a à se poser les bonnes questions pédagogiques pour cet élève.
Maintenant si votre injonction de l'IEN ne répond pas à une question pédagogique mais à un arrangement minable pour aménager la garderie de ces enfants à moindre frais, alors vous répondez à cette injonction en faisant de la garderie (pas de projet fourni, pas de participation aux réunions de suivi, pas de rencontre avec les parents, pas d'activités pédagogiques, pas d'aide E, vous expliquez à l'enfant que comme lui dans la vie sociale parfois on ne fait pas ce que l'on veut !!)
Moi à votre place je demanderai à l'IEN que l'admission de ces enfants ne relève pas d'un arrangement de marchand de tapis, ces enfants sont admis à l'école, c'est à l'école à mettre en place les réponses pédagogiques (dont par exemple et certainement des prises en charge E que non seulement vous ne refuserez pas mais qui seront encore plus que pour tout autre enfant strictement pédagogique, je ne vois pas par exemple d'intérêt d'une prise en charge G) ce n'est pas à l'école à prendre en charge les temps d'activité péri-scolaires éducatives qui peuvent être nécessaires à des enfants ne pouvant supporter un temps scolaire trop long. Si l'école s'occupe de ce temps, alors on amène encore de la confusion et l'enfant ne peut pas s'y retrouver.
L'enfant relève alors du fonctionnement institutionnel standard, comme les autres élèves, il y a une demande de l'école, c'est une demande qui certainement aura une réponse E, vu les prises en charge extérieures, c'est en tant que maître E du RASED que vous avez autorité à vous occuper de ces enfants dans le cadre de votre champ professionnel.
Les relations avec les parents seront standards, vous ne serez pas un opérateur d'une magouille pour que ces enfants soient tolérés dans l'école, avec des parents venant vous faire la danse du ventre pour que vous acceptiez ce rôle. Et en réunion de suivi avec les différents partenaires vous ne parlerez que de votre strict domaine de l'aide pédagogique. Et je suis certain que si vous arrivez à dégager un réel projet pédagogique (même s'il peut paraître étroit) pour ces enfants, vous vous régalerez mais si vous vous engagez en reculant comme cela semble se présenter alors tout le monde va s'emmerder ferme et je pense surtout aux enfants mais à vous aussi.

Céline
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Champs de l'adaptation et du handicap (suite)

Message par Céline » 21 juil. 2007 16:17

Bonjour,

Tout d'abord merci à vous deux de m'avoir répondu.

Daniel Calin l'envoi en double du message est dû à une mauvaise manipulation de ma part "I'm sorry", donc cela n'est absolument pas intentionnel.
Merci pour cette mise au point historique de l'évolution de la loi sur le handicap.
Vous semblez dire dans votre message que mon refus de m'occuper de ces enfants provient du fait qu'ils soient handicapés.
Si vous avez pu comprendre ceci, c'est que j'ai dû mal m'exprimer.
Le problème ne vient pas du fait qu'ils soient différents, c'est davantage parce que je ne me sens pas formée pour aider au mieux ces enfants à progresser, ils relèverairnt davantage d'une prise en charge D car ils ont pour certains une déficience mentale.

En fait comme le dit si bien Patrick, il s'agit d'un arrangement à moindre frais entre plusieurs partenaires : la mairie, parce qu'elle prête un local au sein de l'école à l'hôpital de jour, l'IEN de l'académie parce que c'est le co-président de l'organisme qui gère l'hôpital de jour, le directeur de l'hôpital de jour et enfin l'IEN de la Circo.
D'ailleurs nous avons été informés par l'IEN de la circo, le dernier jour d'école via le courrier électronique de notre nouvelle mission.

Nous sommes pour ces personnes uniquement des exécutants et ils se servent de la loi de 2005 pour justifier leurs arrangements, tout ça pour ne pas embaucher un maître spécialisé de plus.
Donc, effectivement, vu sous cet angle, cela dépasse largement le débat que j'ai lancé plus haut.

Comment voulez-vous que je puisse cautionner cela, alors que l'on ne m'a pas demandé mon avis. ? Comment faire corps avec un projet quand on n'en a pas l'initiative ?

Cette classe de l'hôpital de jour existe dans les locaux de l'école
depuis plus de 15 ans et c'était un maître G qui en avait la charge. Le plus simple aurait été de la maintenir telle quelle et y placer un maître D (qui conviendrait davantage).
En fait, dans l'histoire, ce sont les enfants qui en pâtissent. Car oui, handicapés ou non, ce sont toujours des enfants.
Est-ce que ce nouvel éclairage vous inspire d'autres réponses ?
CORDIALEMENT

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Message par patrick » 23 juil. 2007 12:27

L'école publique permet aux enseignants d'avoir un rapport aux enfants qui soit déterminé par la loi. Cela n'empéche pas les fantasmes de circuler mais cela permet une grande liberté car on peut s'accrocher à ce fort ancrage législatif. A partir du moment où cet ancrage saute et qu'il y a "arrangement" alors il vaut mieux mettre en place une structure privée qui au moins permettra de faire sauter tout les verrous et obligera les partenaires à construire un cadre.
En tout cas avec les enfants"il n'y a pas d'arrangement, y en a pas!!"
On ne peut pas s'autoriser d'un arrangement pour se permettre de rencontrer un enfant, le fonctionnement fantasmatique l'emporte trop largement alors sur le fonctionnement institutionnel et on pédale dans la choucroute avec parfois des effets positifs mais le plus souvent avec des renforcements des mécanismes défensifs de chacun.
Dans cette histoire vous n'êtes plus du tout sujet dans l'institution, vous n'êtes plus que l'objet d'un arrangement vous ne pourrez pas aider des enfants à devenir sujet;
Vous n'avez pas d'autre solution que d'essayer de redevenir un peu sujet!
Demander à votre IEN d'organiser une rencontre entre tous les partenaires donc avec vous et là exprimer votre position de sujet même si la place est etroite!!

spectre
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Re: Champs de l'adaptation et du handicap : où est la fronti

Message par spectre » 26 mai 2010 15:33

Bonjour,

Je suis maitre E et j'interviens dans une école qui comporte une CLIS.
La collègue de CLIS a une élève qui a des difficultés de lecture, et le suivi orthophonique apparemment ne se fait pas. Elle souhaite que je prenne en charge cette élève en regroupement d'adaptation... Elle me dit que cela est possible avec l'établissement d'un projet et l'accord de l'IEN... Je lui ai dit que je me renseignerai et que je n'étais pas au courant d'une telle procédure... Qu'en pensez-vous ?
Merci d'avance pour vos réponses.
"Mais pourquoi regretter un éternel soleil si nous sommes engagés à la découverte de la clarté divine, loin des gens qui meurent sur les saisons" A. Rimbaud.

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