Intégration et inclusion ...

Questions concernant la politique générale et l'organisation générale des enseignements spécialisés.
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alainl
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Intégration et inclusion ...

Message par alainl » 23 déc. 2009 10:32

Bonjour,
Juste pour info , une question que je posais sur un forum "concurrent" mais j'espère néanmoins ami :roll: ), sur la nouvelle appellation des Clis a entrainé de nombreuses réponses ...
http://forums-enseignants-du-primaire.c ... pic=214397
(il n'est bien sûr pas question de relancer le débat sur ce forum ...)
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Re: intégration et inclusion ...

Message par Pascal Ourghanlian » 23 déc. 2009 10:38

Une réponse sur le blog de Daniel : http://dcalin.fr/wordpress/?p=2021
Cordialement,
Pascal Ourghanlian

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Re: intégration et inclusion ...

Message par alainl » 23 déc. 2009 10:44

daniel a été plusieurs fois mentionné dans les réponses ... et j'ai fait référence à
son article "synthétique" sur l'écume des jours ... :| pardon des heures !!!
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Re: intégration et inclusion ...

Message par Boogie » 24 déc. 2009 14:19

avant de pouvoir intervenir sur le forum des enseignants du primaire (délai de l'inscription) je signale un article de Sege Thomazet paru dans le international journal of inclusive education, très intéressant.

Je pense qu'il y a une confusion très grande autour du terme inclusion. Je distingue, à titre personnel, trois niveaux dans la réflexion autour de cette notion :

> l'espace de sa formalisation intellectuelle, les luttes scientifiques (et celles qui se donnent pour scientifiques...) pour tenter d'imposer la vision légitime de ce qu'est l'inclusion. Appréhender cet espace interdit, à mon sens, de définir définitivement la notion d'inclusion (que ce soit de manière positive ou négatif, comme le fait Daniel Calin quand il dit que cette notion porte en elle une dénégation du handicap, ce que, dans la conception de l'inclusion que j'ai vécu et défend, je récuse), tout simplement parce que les personnes qui travaillent sur cette notion ne sont pas d'accord pour la définir. Il est ainsi fructeux de s'intéresser aux différents courants de pensée qui s'intéressent à cette notion, certains qui la défendent, d'autres qui veulent sa disparition.

> l'espace des politiques publiques qui utilisent cette notion. Après le point précédent, celui de la formalisation intellectuelle de la notion, il va de soi qu'il est bon de s'intéresser à ce que doit formellement la notion d'inclusion utilisée dans les textes de loi par le législateur à ses définitions académiques, et à quel courant elle fait le plus allégence.

> l'espace des pratiques, celui du quotidien, qui doit se coltiner les effets de l'histoire bien riche et épaisse du traitement social (et scolaire) du "handicap", sans forcément s'en rendre compte, et qui doit également appliquer les productions des politiques publiques en matière éducative.

L'"inclusion" ne prend sens, à mon avis, qu'au travers de ces trois entrées, qui ne doivent pas être abordées l'une sans les autres, et face auquelles on doit construire une pensée relationnelle.
Il va de soi que chacun de ces niveaux se déclinent : le débat sur l'inclusion en italie n'est pas le même qu'en France ou au Québec (c'est l'effet de la circulation internationale des idées : http://www.cairn.info/revue-actes-de-la ... -5-p-3.htm). D'ailleurs, de ce point de vue, importer des bouts de débats d'un pays à l'autre sans les précautions nécessaires, et juste pour faire valoir son point de vue, c'est souscrire au même mécanisme que celui utilisé par le pouvoir actuel qui utilise depuis longtemps, et entre autre, le fameux "modèle scandinave" pour briser les restes du programme du CNR. Au niveau de l'espace des pratiques, il est évident aussi que la force des logiques de territoires (ça peut aller d'un canton à l'autre, ou d'une circo à l'autre, je dirais avec un peu de provocation), du fait de la décentralisation et de plein d'autres facteurs, impose également beaucoup de prudence quant aux jugements à l'emporte pièce sur l'inclusion.

Ce que j'observe c'est que la plupart des commentaires proviennent directement du vécu des personnes qui se prononcent (et c'est légitime), sans prendre en compte les autres niveaux. Alors on cherche, sur internet, dans d'autres endroits, tout ce qui va dans notre sens, pour appuyer et étayer ce qu'on dit. Ca, ça me gêne parce que, sans obliger chacun à s'approprier une démarche rigoureuse qui verse du côté d'une appréhension scientifique , il me semble qu'il est toujours bon de tenter quand même de s'en approcher, ne serait-ce que pour honorer l'honnêteté.
"Je préfère me débarrasser des faux enchantements pour pouvoir m'émerveiller des vrais miracles." (PB)

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Re: intégration et inclusion ...

Message par AVD » 26 déc. 2009 15:48

Bonjour,

Je pense que vos recherches vous ont amenées à lire l'ouvrage hors série de la nouvelle revue de l'adaptation et de la scolarisation intitulé "l'éducation inclusive en France et dans le monde (juillet 2009), ainsi que ceux de Sylvie Canat sur la pédagogie institutionnelle adaptée, de Nadia Rousseau et Stéphanie Bélanger, les différents articles (dont certains figurent sur ce site) de Jean-Yves Lecapitaine, celui de Claudine Ourghanlian, pour n'en citer que quelques-uns...
Vous avez certainement une longue expérience en matière d'intégration scolaire, sur le terrain ou de par vos lectures.
J'aimerais donc savoir ce que pour vous, il est honnête de dire, qui respecterait votre vision des choses, votre pensée scientifique, voire peut-être, votre travail.
Et que vous nous fassiez part de ce que vous avez déjà mis en pratique, dans des classes, qui irait dans le sens de l'inclusion (et non de l'intégration) que vous prônez.
Merci d'avance.
Aurélie Vergon Dartois

J'ajouterais aussi que, même si les gens pensent différemment, leurs jugements ne sont pas forcément à l'emporte pièce.
Vous parlez de démarche rigoureuse, d'honnêteté; je rappelle que chacun pense ce qu'il veut et que, même s'il n'est pas en train de mener un travail de recherches en profondeur, ses propos peuvent malgré tout être pertinents. Les enseignants du primaire ne sont pas forcément des personnes qui transmettent bêtement des notions et qui appliquent des directives sans réfléchir. Ils peuvent aussi chercher, se creuser la tête, échanger avec toutes sortes de professionnels, se former, informer, mener un travail en collaboration avec des chercheurs, ils peuvent aussi lire, essayer, se tromper, émettre des hypothèses et tenter de les vérifier...Certains prennent aussi beaucoup de risques pour ne pas travailler stupidement comme on leur demande de le faire.
Ca existe encore des gens comme ça.
Voili voilou.
Cordialement à vous.
Et bonne année.

Boogie
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Re: intégration et inclusion ...

Message par Boogie » 26 déc. 2009 18:22

oui, vous avez raison, je vous prie de bien vouloir excuser mes propos qui peuvent paraître orgueilleux.

J'ai en grande estime le métier d'enseignant du primaire, à tel point que je ne souhaite qu'une chose : le devenir. J'ai appris beaucoup (vraiment beaucoup) à travailler avec certain(s)e-s, pendant mon expérience d'AVS-i. Beaucoup regretté de travailler avec d'autres également. Je n'ai absolument pas de vision univoque du métier ni de ceux et celles qui l'occupent, et je ne suis personne pour donner la leçon. Le travail que je mène est modeste, c'est celui d'un étudiant, pas d'un chercheur confirmé, et qui plus est aspirant-prof des écoles.

Je n'ai pas lu toutes les références que vous listez : ma courte perspective se limite à une approche socio-historique et ne pénètre pas le périmètre de la pédagogie et de la didactique. Je ne connais pas les ouvrages de Sylvie Canat. J'ai consulté celui de Nadia Rousseau et Stéphanie Bélanger ("la pédagogie de l'inclusion", mais je n'y ai rien trouvé qui me soit utile dans ma démarche actuelle. J'ai lu Jean-Yves Lecapitaine (dans les Carnets de la Persagotière, ainsi que Philippe Cormier), mais pas Claudine Ourghanlian. Mon approche est tirée du travail de Pierre Bourdieu, donc sociologique, et forcément historique. Après avoir dégagé l'an passé une histoire des relations entre école et handicap, et après avoir caractérisé la position du poste d'accompagnant scolaire (qui se trouve relever de référents symboliques et matériels des deux pôles des métiers de l'éducation en france, soit celui de l'école et celui du spécialisé), je vais cette année m"intéresser à la façon dont les AVS-i ('expérimentés', soit avec au moins quatre ans de pratique) se saisissent de ce poste ; la façon dont ils "incorporent" et expriment leur façon de s'approprier une position tout à fait inédite au sein de l'école, ni enseignant, ni éducateur. Du coup, la notion d'inclusion se trouve être une notion centrale, et que je dois travailler (avec celles d'accompagnement -livres de Maëla Paul et de H-J Stiker), celles de besoins éducatifs particuliers (le numéro spécial de la NRAS mais aussi plusieurs articles disséminés un peu partout) et celle de "disabilities studies" (un article de la revue Alter y est consacré).

Pour répondre à votre sollicitation quant à une vision et une expérience, je vous envoie vers le site de l'UNAISSE, association dont je fais partie.

http://unaisse.free.fr/forum/index.php?topic=6856.0

En ce moment se déroule un travail au sein d'un groupe réunissant trois ministères et toutes les assos gestionnaires du champ du handicap, travail destiné à produire un document servant de base à la création d'un métier de l'accompagnement scolaire et social des enfants handicapés (et des ados et jeunes adultes). L'UNAISSE y participe, mais largement en pointillé parce que nous n'avons pas les moyens des autres participants. Nous avons, comme chacun, produit une contribution écrite à ce travail. Elle est disponible sur le forum de l'UNAISSE pour tous les visiteurs, dans le fil "contribution UNAISSE au GIA".

Mais pour répondre quand même personnellement, je pense que ce qui va dans le sens de l'inclusion, outre tout ce que présente le document UNAISSE, c'est une plus grande horizontalité dans les relations professionnelles. Les métiers qui interviennent au plus près des corps sont toujours ceux qui sont dévalorisés. Or ils produisent des savoirs qui ont une grande valeur. Je pense qu'il y a un travail de redéfinition ou, à tout le moins, de réflexion sur la division (professionnelle et forcément social puisqu'en France on est si forts pour reproduire en cloisonnements professionnels les cloisonnements sociaux) du travail éducatif au sens large - y compris enseignant.
Et puis, comme le disent Eric Plaisance et Lucia de Anna (que j'ai écouté à Lyon il y a quelques semaines), l'opposition entre intégration et inclusion n'a pas vraiment lieu d'être. Avant des pratiques inclusives (qui ne sont jamais acquises : c'est un processus) il y a une intégration. Ils posent l'intégration (l'arrivée de l'enfant futur élève et le consentement des enseignants) comme préalable à l'inclusion. Je pense qu'il y a là quelque chose de très utile à conserver : on ne progresse de toute façon qu'en dépassant des oppositions. Avant d'inclure, il faut intégrer, et intégrer dans tous les sens du terme, c'est à dire parfois ouvrir la possibilité du pensable à ce qui est dans l'habitus professionnel enseignant difficile à penser (comme par exemple coopérer dans l'espace symbolique de sa classe avec un autre adulte non-subalterne, avec des compétences complémentaires aux siennes, et non pas concurrentielles). Pour pousser ce raisonnement, je dirais qu'on devrait offrir au ATSEM la possibilité de se former bien au-delà du CAP petite enfance, et il en va de même pour les AVS (qui risquent bien de se voir enfermés dans un niveau V de qualification).
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Pascal Ourghanlian
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Re: intégration et inclusion ...

Message par Pascal Ourghanlian » 26 déc. 2009 18:39

Je ne rentre pas dans le débat (je suis en vacances :lol: ) - mais il y a, dans la position de Daniel, autre chose, me semble-t-il, qu'une vision négative de l'inclusion (dont j'aurais moi une vision plus positive) : il estime que l'intégration renvoie à une vision dynamique, alors que l'inclusion renvoie à une vision statique.
Je ne suis pas certain que les choses soient aussi doublement binaire : inclusion vs intégration / statique vs dynamique (je pense même qu'un tableau à double entrée doit pouvoir être dressé) - mais tout de même : une réflexion statique/dynamique me paraît nécessaire et, certainement, éclairante.
Cordialement,
Pascal Ourghanlian

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Re: intégration et inclusion ...

Message par alainl » 28 déc. 2009 21:38

Boogie a écrit :
Je pense qu'il y a là quelque chose de très utile à conserver : on ne progresse de toute façon qu'en dépassant des oppositions. Avant d'inclure, il faut intégrer, et intégrer dans tous les sens du terme, c'est à dire parfois ouvrir la possibilité du pensable à ce qui est dans l'habitus professionnel enseignant difficile à penser (comme par exemple coopérer dans l'espace symbolique de sa classe avec un autre adulte non-subalterne, avec des compétences complémentaires aux siennes, et non pas concurrentielles).
ou la la , le débat s'élève :roll: ... (bien fait pour moi, j'aurais dû m'en douter en ces lieux, et j'avoue que, instit de base, j'ai dû m'y reprendre à plusieurs fois pour bien saisir la portée de vos contributions :( , ...) en tout cas, merci boogie et AVD pour les nombreuses références que vous mentionnez ...
entre autres:
"Au sein même de la notion d’intégration et dans sa mise en œuvre a donc pu émerger la notion qu’on pourrait aujourd’hui nommer « inclusion », qui veut que la reconnaissance de la place d’une personne particulière (singulière) soit l’objet d’un double mouvement, celui de cette personne vers le système social dans lequel elle se trouve, et celui du système social lui-même vers cette personne, et vers toutes les personnes avec toutes leurs singularités, leurs particularités, leurs difficultés ou leurs différences."
http://dcalin.fr/publications/le_capitaine.html

cordialement

alain l.
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Re: intégration et inclusion ...

Message par Boogie » 02 févr. 2010 14:12

Pascal Ourghanlian a écrit :il y a, dans la position de Daniel, autre chose, me semble-t-il, qu'une vision négative de l'inclusion
Je pense que non :

http://dcalin.fr/wordpress/?p=2021

Je ne suis pas du tout d'accord avec la position de Daniel sur l'inclusion - même si je le rejoins sur le risque de la polarisation sur l'environnement, au profit d'un processus de négation de la déficience. Mais ce risque n'a rien à voir avec les productions de Charles Gardou, par exemple, qu'il s'empresse trop de délégitimer, ni avec une quelconque "essence" de ce que serait l'inclusion.
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