Les MACLÉ

Questions spécifiques concernant les formations à l'option E (aides pédagogiques spécialisées en RASED).
Pascal Ourghanlian
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Message par Pascal Ourghanlian » 22 nov. 2007 19:44

Ce ne sont pas vos pairs qui vont vous juger lors de la certification, mais un IEN ASH, l'IEN de votre circonscription, un CPC de votre option (ou un pair), un formateur de l'IUFM.

Ce qui est en jeu :
- votre attitude bienveillante par rapport aux gamins ;
- la finesse de vos observations initiales ;
- la pertinence des dispositifs d'aide mis en place ;
- votre positionnement institutionnel (référé aux textes - 2002-113 essentiellement, et référentiel) ;
- votre capacité à prendre du recul et/ou à changer de point de vue.

Le reste (querelles entre IEN, règlement de compte IA/IUFM, etc.) existe, mais ne doit pas vous affecter : ce n'est pas vous qui êtes en cause, mais quelques bassesses institutionnelles...
Cordialement,
Pascal Ourghanlian

Inès111
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Message par Inès111 » 22 nov. 2007 19:53

Merci beaucoup pour votre réponse et merci pour ce forum qui permet aux débutants d'échanger ses impressions ;). Il m'aide beaucoup.

Dominique Douay
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Message par Dominique Douay » 23 nov. 2007 05:23

Inès,
Je vais essayer de t’aider à y voir plus clair en te parlant de ma propre expérience. J’ai passé mon CAPA-SH en juin 2006 – sans succès-, à l’issue d’une année de formation en alternance (2j/2j). Pourquoi cet échec ? J’avais présenté un mémoire professionnel qui semblait convenir au formateur qui me suivait, mais le jury a été très critique, par rapport au sujet trop G. En effet, j’ai travaillé sur l’estime de soi, mais je n’ai pas réussi à démontré que le maître E pouvait aider les élèves en grande difficulté scolaire à restaurer l’estime de soi, en mettant en place des activités qui leur permettent de prendre confiance en leurs possibilités, pour la simple raison que je n’ai jamais réussi à mettre en place de véritables séances de re-médiation pédagogique. En effet, je suis dans un secteur rural, dans une antenne ne comprenant que deux postes : un psychologue scolaire et un maître E. Quatre ans avant mon arrivée, le poste a été occupé par des faisant fonction qui répondaient aux demandes des enseignants par la mise en place de groupe d’aide de remédiation pédagogique qui ressemblaient plus à de la pédagogie différenciée de classe qu'à de l’aide spécialisée. Le conseillère pédagogique qui m’a suivie m’a mis en garde par rapport aux élèves à suivre (ils doivent être en grande difficulté scolaire et non en difficulté passagère). Avec la mise en place des évaluations CE1, mon travail est grandement facilité, car je ne prends plus des élèves dits « en grave difficulté » par des collègues, alors qu’ils ont réussi leurs évaluations. En effet, en secteur rural, tu as des élèves qui sont en grande difficulté pour l’enseignant, tout simplement parce que l’enseignement n’est pas conforme aux nouveaux programmes. Comme la majorité des élèves suivent, les enseignants de classe estiment qu’ils doivent poursuivre dans leur voie et faire avancer leur classe. Personnellement, je pense qu’ils n’avancent pas, puisqu’ils oublient souvent toute une partie des programmes, s’attachent à faire de la conjugaison en début CE1 alors que s’ils mettaient en place des activités de compréhension et de production d’écrits, ils se rendraient compte que leurs « bons » élèves ne sont peut-être pas si « bons » et qu’en définitive, ce sont parfois que de très bons imitateurs, qui n’ont pas de véritable démarche d’apprenti. Mais je ferme la parenthèse, pour reprendre mon propos.

Lorsque j’ai enfin réussi à trouver des élèves qui correspondent à mon option, j’ai voulu les prendre en charge trop vite sans prendre le temps d’un bilan approfondi spécialisé. C’est lors de ma deuxième année que j’ai réussi à prendre le temps de connaître les besoins particuliers des élèves confiés. Le conseiller pédagogique qui me suivait alors (un ancien maître E) m’a simplement dit de me poser la question : « Quels sont les obstacles qui empêchent cet élève de réussir en classe ? » et par une observation fine réussir à répondre à la question. Les obstacles peuvent être alors d’ordre scolaire, méthodologique ou comportementale. Ce que j’entends par obstacle scolaire, c’est par exemple une mauvaise compréhension de termes techniques, les élèves confondent les termes mots, lettres, syllabes, une notion mal assimilée qui conditionne d’autres savoirs – la numération de position au cycle 3 par exemple. Au niveau méthodologique, certains élèves n’utilisent qu’une stratégie qu’ils maîtrisent bien, par exemple, une élève de CE1 n’utilise que la combinatoire pour lire, de ce fait elle lit tous les petits mots en les segmentant, alors qu’elle a automatisé les configurations de 3 à 5 jetons et n’a pas besoin de les recompter. Mon travail consistera à lui faire comprendre, que comme elle sait automatiser en maths, elle peut automatiser certains mots en lecture. Au niveau comportemental, c’est l’élève qui n’arrive pas à se concentrer sur son travail, qui s’amuse avec ses affaires… Pour réussir à bien observer les élèves, la première année, j’avais commencé par des observations en évaluations individuelles avec le Médial, car beaucoup de mes collègues l’utilisent, mais je préfère, comme je l’ai appris en formation avec M. Nagel, mettre en place des activités en petit groupe (4 élèves maximum) pour mes investigations. Lors de ces séances préparatoires, je m’attache à bien observer et noter les faits et gestes de chacun, je prends le temps d’un entretien d’explicitation pour apprendre l’élève – comprendre ce qu’il met en place pour…- et si besoin, à l’issue de 3 à 4 séances de ce type avec des activités variées, je revois l’élève en bilan individuel si je n’ai pas réussi à bien le cerner. Une fois ce travail fait, le reste coule de source, puisque c’est en écoutant comment les élèves s’y prennent qu’ils te donnent les pistes à suivre. Tu comprends donc mieux les réticences de tes collègues pour participer à des missions de prévention, car lors de ces activités, tu ne travailles pas cette démarche. Même si je pense que la mission de prévention d’un maître E est primordiale, je sais par expérience qu’un jury CAPA-SH attend de toi des compétences de professeur spécialisé, qui a bien analysé les besoins particuliers du groupe d’élèves, a compris sa place d’enseignant spécialisé qui sait se mettre en retrait pour observer les élèves, qui provoque des conflits socio-cognitifs pour que les élèves prennent conscience de leur démarche. A ce titre, je comprends les réticences de tes collègues E, qui ont peut-être peur que tu ne passes pas assez de temps pour endosser ta spécialité. Par contre, je pense que le dispositif MACLE est un dispositif de prévention où le maître E peut justifier sa place. La circulaire n° 2002-113 du 30 avril 2002 toujours en vigueur sur les RASED nous assigne deux missions : de prévention et de remédiation. Si tu lis l’annexe 1 du BO spécial n°4 du 26 février 2004, il est écrit que « Au-delà de la distinction nécessaire des registres d’intervention, dans tous les cas, l’intervention des enseignants spécialisés doit permettre la prévention des difficultés d’apprentissage ou de leur aggravation et favoriser la réussite scolaire des élèves. » Dans l’annexe 2, "L’enseignant chargé des aides spécialisées à dominante pédagogique s’adresse plus particulièrement aux élèves qui “manifestent des difficultés avérées à comprendre et à apprendre, alors même que leurs capacités de travail mental sont satisfaisantes”. Il met en place pour ces élèves des actions qui visent à la maîtrise des méthodes et des techniques de travail, à la stabilisation des acquisitions et à leur transférabilité, à la prise de conscience des manières de faire qui conduisent à la réussite". Tu peux donc démontrer que dans les ateliers MACLE, en tant que maître E, tu mets en place des actions qui visent à la maîtrise de méthodes et de techniques de travail. Lorsque je m’étais inspirée de fiches pratiques du livre, j’avais préparé les fiches de lecture, en mettant en gras une syllabe sur deux - des syllabes orales, ce qui permettait à l’élève de choisir lors de la lecture soit la page du livre, soit celle de la fiche (même présentation..). Je pense qu’en demandant à l’élève comment il s’en sert, ce que cela peut lui apporter, tu es dans ton option, il prend conscience des manières de faire pour lire. La béquille offerte (mettre en évidence les syllabes orales pour percevoir le mot oral et non découper le mot en syllabes écrites comme on le fait souvent), lui permet d’accéder à une lecture plus fluide, de comprendre de manière plus aisée les phrases qu’il lit puisqu'il reconnaît le mot de son lexique mental, contrairement à celui qui lirait en découpage de syllabes écrites. A mon avis, à partir du moment où tu prends une posture de maîtresse spécialisée, l’important n’est pas le dispositif mais ce que tu en fais. Au fait, j'ai repassé le CAPA-SH en mai 2007, cette fois-ci le jury a été plus convaincu de mes compétences. J'ai trouvé d'ailleurs que cela était plus un moment de formation, d'échanges productifs que la première fois. Je crois que d'un jury à l'autre les perceptions sur la validation du CAPA-SH ne sont pas tout à fait les mêmes.
J’espère que je ne t’ai pas embrouillé davantage. Bon courage.
D.D.

Dominique Douay
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Message par Dominique Douay » 23 nov. 2007 05:28

Oups, :? je n'avais pas vu la réponse de M.Ourghanlian qui a le mérite d'être beaucoup plus synthétique et claire que la mienne.
D.D.

Pascal Ourghanlian
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Message par Pascal Ourghanlian » 23 nov. 2007 07:06

Non, Dominique, votre réponse est très claire, a le mérite de rapporter une expérience récente, pose une distinction opérationnelle entre prévention et remédiation, fournit des pistes nombreuses de travail.

Alors pas :oops: mais :D
Cordialement,
Pascal Ourghanlian

Inès111
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Message par Inès111 » 23 nov. 2007 19:39

Merci beaucoup d'avoir pris le temps de me répondre et votre expérience m'aide beaucoup ;)

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