"Limites" du champ d'intervention

Les aides pédagogiques spécialisées (option E).
sophie m
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"Limites" du champ d'intervention

Message par sophie m » 04 oct. 2008 19:12

Bonjour à tous !
Après 8 ans en SEGPA et de nombreux passages enrichissants sur le forum, côté F, je me lance dans l'aventure "maître E" pour aborder les difficultés des élèves plus en amont, et voir ce qu'il est possible de mettre en place avant l'adolescence.
Suite à la lecture de plusieurs interventions sur ce forum, il me reste quelques questions précises au sujet de mon nouveau poste, et de mes nouvelles fonctions. Je vous les livre un peu en vrac :
- sur notre Académie, les médecins du CHU un peu débordés aimeraient (semblent en fait trouver plus que normal) que les psychologues scolaires se chargent de la détection des dyslexies de façon officielle. D'autre part, des outils sont proposés au réseau, type Odedys, pour ce dépistage notamment, lesquels outils selon les sites ou les sources sont utilisables par les psychologues et/ou les maître E. Chacun a un avis divergent sur la question, et je ne trouve pas de source sûre autorisant l'utilisation de ce genre de protocole de dépistage, sans compter qu'à bien lire le forum, j'ai cru comprendre que ce type d'évaluation ne relevait pas du tout des postes E.

- dans mon école de rattachement se trouve une CLIS. Pour avoir beaucoup travaillé en liaison avec les UPI dans les SEGPA où j'étais en poste auparavant, je n'ai pas tiqué lorsque l'enseignante de cette classe m'a demandé de l'aide en début d'année pour évaluer quelques élèves plus précisément et avoir des conseils à leur sujet. Or dans le réseau quelques collègues se sont récriés que ce n'était pas à nous de le faire, et que nous n'avions pas à intervenir avec les élèves déjà orientés dans des classes où ils étaient pris en compte pour leur difficulté. Quid ?

- enfin, dernier point précis, nous devons dans notre circonscription passer à des interventions en co-intervention dans plus de 90 % des cas. Sur le principe et le fond, je trouve cela intéressant. Côté pratique, outre la difficulté parfois pour les collègues de nous accepter dans leur classe, comment éviter l'écueil du "soutien" ponctuel d'une part, et comment gérer les très grandes difficultés (type élève non lecteur en cycle III), dans ce cadre ?

Pour le reste des questions qui me turlupinent, je continue de lire vos interventions, et cela éclaire pas mal mes nouvelles attributions et pratiques, donc, un grand merci !

Céline71
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Re: "Limites" du champ d'intervention

Message par Céline71 » 05 oct. 2008 11:06

Je vais essayer de te répondre en quelques mots à savoir pourquoi tes collègues t'ont dit que ce n'était pas de ton ressort.
Jusqu'à présent (à voir pour la suite), l'ASH est partagé en deux domaines: le champ de l'adaptation ( ce sont les options E F et G) qui est celui de la difficulté scolaire, l'autre domaine étant le champ du handicap ( ce sont les options A B C et D).
Pour qu'un enfant soit orienté en CLIS, c'est qu'on considère (son dossier a pour cela était validé à la MDPH) qu'il relève du handicap, on n'est donc plus dans le champ de la simple "difficulté" mais celui "du trouble d'une fonction cognitive". Or normalement (dans le meilleur des cas) ce trouble est déjà pris en compte dans la scolarité ( orientation en Clis, enseignant spécialisé, suivis extérieurs...) . Du coup, cela ne relève plus du Réseau dont les enseignants sont formés à la difficulté. Ce n'est pas avec ces enfants là qu'on va être le plus aidant.
Après bien sur le terrain, il peut y avoir certaines situations où le Réseau est amené à intervenir. Mais cela reste très très minoritaire comme interventions.

QU'entends tu par co-intervention?
Moi c'est le genre de terme qui me rend méfiante....

Bon courage
Céline, RASED poste G

sophie m
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Re: "Limites" du champ d'intervention

Message par sophie m » 05 oct. 2008 11:25

Merci pour ta réponse !

Je fais bien la différence entre les deux champs (adaptation et handicap), il me semble en fait, que dans ce cas précis, c'était l'enseignante qui avait besoin d'un coup de pouce en début d'année, et n'étant pas encore débordée... bref ! Et dans le second degré, les échanges se font naturellement entre UPI et SEGPA d'une part, tout comme les intégrations partielles d'enfants hospitalisés en psychiatrie, ou celles d'enfants d'IME ou IMPRO pour quelques heures d'autre part. Chacun n'agit alors que dans son propre champ, lequel s'est bien élargi ces dernières années car la commission de la MDPH ne comprenant plus qu'un membre de l'Education Nationale, il y a de plus en plus en SEGPA d'élèves avec déficience, relevant du handicap et plus seulement de l'adaptation, et la différence est parfois minime entre un élève relevant d'UPI et l'un que l'on destine à la Segpa.
Donc, je n'avais pas fait de "ségrégation" a priori sur les fonctions respectives de chacun. J'ai cependant bien intégré depuis que je n'aurais pas ces élèves en charge. :wink:

La co-intervention ? On nous demande désormais de travailler en classe avec le collègue dont la demande d'aide pour un ou plusieurs élèves a été prise en compte. Les modalités peuvent varier : prise en charge d'une partie de la classe, d'un groupe, intervention à deux sur l'ensemble de la classe, recentrage sur les quelques élèves en difficulté mais dans le cadre des activités de la classe, mise en place d'ateliers selon les besoins, etc. En résumé, il nous est demandé de ne plus sortir les élèves des classes, tout en trouvant les modalités d'intervention (la construction de la séquence se fait avec le collègue chez qui on intervient) qui restent de notre ressort de maître E, et non de celle d'un maître supplémentaire.
Cela me pose cependant problème pour les élèves non-lecteurs (seul exemple qui me vient pour l'instant mais ma pratique est très très récente).

Céline71
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Re: "Limites" du champ d'intervention

Message par Céline71 » 05 oct. 2008 12:05

OK
De ma position de rééducatrice, il est nécessaire de sortir l'enfant de la classe car l'aide rééducative consiste justement en la création d'un espace tiers, transitionnel, qui vient dans un 1er temps faire rupture pour permettre à l'enfant de se montrer sous un autre jour dans un lieu qui n'est pas marqué par sa difficulté. Et c'est un des paramètres qui va permettre le changement.
J'ai déjà eu des pressions institutionnelles pour faire de l'aide G en classe ! C'est pour cela que je suis méfiante.
En E c'est différent, ma collègue intervient parfois en classe (mais ce n'est pas l'essentiel de son travail). Les 2 possibilités devraient pouvoir coexister. Il n'y pas de réponses uniques à la difficulté...

Bon courage pour la suite
Céline

patrick
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Re: "Limites" du champ d'intervention

Message par patrick » 06 oct. 2008 12:28

Pour répondre aux 3 excellentes questions de Sophie, je me permets de généraliser ses interrogations personnelles qui me semblent être révélatrices des problèmes fondamentaux des RASED.
Quand la maîtresse de CLIS s'adresse à vous, quand le médecin s'adresse à vous, quand l'inspecteur d'académie s'adresse à vous, soit vous vous positionnez comme individu, soit vous vous positionnez comme membre d'une institution RASED.
Il me semble à la lecture de vos messages que votre position est celle d'une enseignante de bonne volonté qui cherche à répondre aux problèmes rencontrés et qui va chercher ensuite conseil auprès de ses collègues du RASED en train de boire le café en attendant Toussaint !
Tout le dilemme des RASED se trouve dans ce petit drame !
Les RASED on été créés pour poser de l'institutionnel là où l'école ne pouvait mettre que trop de réel (l'évidence de la difficulté scolaire de l'enfant). A partir du moment où l'on se positionne comme individu cherchant à donner la meilleure réponse à cette difficulté, on ne fait que de rajouter une couche à cette réalité. Votre couche pourra être la plus brillante, elle ne fera que de rajouter du réel à cette réalité scolaire qui étouffe l'enfant.
Alors bien sûr, ensuite, on est obligé d'essayer de trouver sa spécificité (ma couche à moi) et on part dans des limitations de champ ou des outils spécifiques, mais ça, c'est des conneries gadgets qui nous enferment. Après, on se retrouve avec des funambules sur le fil de la difficulté pour ne pas tomber dans le vide du handicap ou dans le mur du soutien.
Si vous vous positionnez sur le registre institutionnel, à savoir je ne m'autorise pas de moi-même mais d'une démarche institutionnelle pour mettre en place un travail avec cet enfant, alors les questions annexes du champ et des outils seront vite réglées.
Si on se positionne défensivement : lui il ne relève pas de mon champ, lui j'ai pas l'outil, lui il est pour mon collègue... c'est la preuve de notre fragilité et du manque d'affirmation de notre identité.
Oui j'ai pas peur du soutien ! C'est que des mots, un enfant handicapé est peut-être en difficulté et il a besoin de soutien.
La question est que les membres du RASED le plus souvent se positionnent comme des maîtres supplémentaires quand ça les arrange et alors après bien sûr ils pleurent parce qu'ils veulent pas faire de soutien !(là franchement c'est de la provocation gratuite vivement qu'un modulateur intervienne).
Si dans une école x le RASED décide qu'un enfant de la CLIS peut profiter d'une aide spécialisée, il faut foncer. Si dans une école Y le RASED décide qu'il faut garder les chiottes pendant la récré parce que dans cette école c'est la question de fond et qu'il vaut mieux garder les chiottes que de déplacer la question sur des enfants qui vont devenir les enfants problèmes, alors il faut foncer mais pour que cela soit possible faut-il encore que l'institution RASED soit parfaitement repérée par l'ensemble de la communauté éducative (du ministre à l'enfant).Faut-il encore que les membres du RASED ne choisissent pas de venir au RASED pour s'échapper de la classe mais pour changer de métier et amener de l'extériorité de l'intérieur.
Surtout Sophie continuez à vous poser les bonnes questions, n'écoutez pas trop les vieux aigris, et malheureusement je crois que votre courage à continuer à vous interroger, vous ne devrez compter que sur vous pour le garder.

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Re: "Limites" du champ d'intervention

Message par Pascal Ourghanlian » 06 oct. 2008 17:47

Pas de "modulateur" (de "modérateur" :wink: ), étant sur le fond d'accord avec "patrick".
Ce que je m'échine à dire, et qui nous conduit là où on en est aujourd'hui : la disparition pré-programmée des RASED, y compris de notre fait...
Cordialement,
Pascal Ourghanlian

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Re: "Limites" du champ d'intervention

Message par Céline71 » 06 oct. 2008 18:45

J'avoue être surprise par le ton que je trouve défensif (avec recherche de boucs émissaires) du dernier message... Je ne suis pas sûre que ce forum soit pour moi...
Quant à moi, jusqu'à Toussaint, je suis bien occupée par toutes les actions de prévention en maternelle et au CP, je m'y sens bien à ma place... Et je ne me vois pas juger ce que fait mon voisin.
Je pense que se raccrocher à un cadre institutionnel et donc à ses limites permet aussi de ne pas céder à toutes les pressions sur le terrain et qu'en ce sens ça donne de la force... et cela fait échapper aussi à la toute puissance (se croire capable de tout et indispensable partout) après bien sûr je pense qu'il ne faut pas avoir de position de principe ni s'interdire quoi que ce soit. Chaque situation et demande est unique. Je pense aussi qu'il est nécessaire de s'interroger et de se remettre en question mais il est autant nécessaire d'interroger les demandes elles-mêmes et ce qu'elles peuvent signifier.
Bonne continuation.

Pascal Ourghanlian
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Re: "Limites" du champ d'intervention

Message par Pascal Ourghanlian » 06 oct. 2008 19:07

À "Céline71" : je ne sais pas à quel "dernier" message vous faites allusion.
Si c'est au mien, je crois que vous trouverez une réponse plus circonstanciée ici : http://dcalin.fr/publications/ourghanlian_rased.html
Si c'est à celui de "patrick" (encore qu'il argumentera mieux que moi), je ne lis rien de défensif, bien au contraire...
je ne suis pas sûre que ce forum soit pour moi...
Vous êtes la seule à en juger...
Cordialement,
Pascal Ourghanlian

sophie m
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Re: "Limites" du champ d'intervention

Message par sophie m » 06 oct. 2008 19:31

Merci à tous les trois déjà pour avoir répondu, et m'avoir donné matière à réflexion...
Continuer à me poser des questions, pas de souci. Après tout, je pense qu'il s'agit d'une part non négligeable de notre travail. :wink:

Avoir des débuts de réponses pourrait être bien agréable aussi... (et là je pense à mes deux autres questions :wink: ).

Enfin, concernant la Toussaint, on ne peut pas dire que je sois débordée, car la plupart des collègues en classe préfèrent attendre la mise en place et les premiers bilans des heures d'aides individualisées (commencées aujourd'hui) avant de vraiment faire appel à nous... (je n'ai eu à faire que des évaluations, des observations avant demande d'aides, etc.)... d'où le risque, oui, que notre disparition ne soit pas plus commentée que cela. Aujourd'hui encore, une enseignante m'a demandé de ne pas me déplacer :!: alors que je devais me rendre dans un RPI (classe de campagne) pour observer un élève en difficulté à sa demande. La raison ? Après discussion avec d'autres collègues ayant eu l'élève avant elle, elle pense que, finalement, les deux heures hebdo de soutien suffiront, elle ne fera pas de demande d'aide, et "on verra bien après".
A nous, certes, de faire de la "pub" pour notre fonction et sa spécificité, et bien montrer en quoi elle diffère des heures d'aides, mais je crains que les instances décidantes aient bien joué leurs cartes sur ce coup-là !

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Re: "Limites" du champ d'intervention

Message par Céline71 » 06 oct. 2008 19:33

"Vous êtes la seule à en juger". Ben oui heureusement ;-)
Défensif c'était dans le sens où il me semblait que dans le message de Patrick on pouvait distinguer 2 catégories de personnels RASED, les vieux aigris qui pleurent, boivent le café jusqu'à Toussaint, sont là pour avoir fui une classe et qui auraient contribué à l'affaiblissement des RASED (je force un peu le trait exprès) et puis les autres, ceux qui se remettent en question, qui amènent de "l'extériorité à l'intérieur" etc... Du coup, ça me semble une représentation très clivée du type tout bon / tout mauvais et c'est en ce sens que je trouve ça défensif...

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Re: "Limites" du champ d'intervention

Message par Pascal Ourghanlian » 06 oct. 2008 20:19

C'est tout le problème d'un forum, où on lit à l'écrit et tout seul ce qui est souvent pensé à l'oral et en interaction...
Mais si vous parcourez les autres écrits de "patrick" sur le forum, vous y découvrirez son second degré (souvent grinçant, mais souvent juste) et son investissement de "vieux" "aigri", ni si vieux ni si aigri :wink:

À ce propos, si "nous les vieux" :lol: sommes "aigris" :lol: c'est sans doute parce que nous prenons aussi pour nous la dégradation actuelle de la situation à laquelle nous n'avons pas su réagir quand il était temps. L'enfer est pavé de bonnes... préventions - et nous n'avons pas su prévenir...
Cordialement,
Pascal Ourghanlian

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Re: "Limites" du champ d'intervention

Message par Céline71 » 06 oct. 2008 20:34

"C'est tout le problème d'un forum, où on lit à l'écrit et tout seul ce qui est souvent pensé à l'oral et en interaction."
Oui, c'est vrai... J'avoue que je ne connais pas les autres écrits de Patrick. Je débarque sur le forum, alors j'ai de la lecture pour les jours à venir...
Mais pour ce soir, je vais débrancher, donc dans l'immédiat, bonne soirée !
Céline

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Re: "Limites" du champ d'intervention

Message par patrick » 06 oct. 2008 21:53

Je suis un peu limite je reconnais au niveau de l'élaboration aussi je ne peux pas m'empêcher de parasiter mes paroles par des provocations inutiles. Entièrement d'accord avec vous Céline sur la lecture clivée que l'on peut faire de ce que j'ai dit, c'est une erreur de ma part. Mais en prenant un peu de distance avec ce style lourdaud, vous pouvez entendre une réponse à Sophie qui à mon avis peut l'aider. Et pour moi le style ce n'est pas l'homme.

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Re: "Limites" du champ d'intervention

Message par Pascal Ourghanlian » 06 oct. 2008 22:43

mes paroles
la lecture
Eh oui :lol:
Cordialement,
Pascal Ourghanlian

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Re: "Limites" du champ d'intervention

Message par Céline71 » 07 oct. 2008 17:00

"Mais en prenant un peu de distance avec ce style lourdaud, vous pouvez entendre une réponse à Sophie qui à mon avis peut l'aider. Et pour moi le style ce n'est pas l'homme." Oui bien sûr... Je pense que vu le contexte actuel, je suis montée un peu vite au créneau :wink:
Cordialement
Céline

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