Aménagements des apprentissages, élève dyspraxique

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lupial
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Aménagements des apprentissages, élève dyspraxique

Message par lupial » 07 mars 2007 09:31

Bonjour,
Je souhaite d'abord me présenter : Valérie , institutrice en milieu rural , classe cp-ce1-ce2.

Voilà mon souci : dans ma classe j'ai un enfant , de ce2, pour lequel a été posé un diagnostic de dyspraxie visuo constructive, j'ai aussi un enfant de cp pour lequel la question se pose, un diagnostic est en cours.
N'étant pas institutrice spécialisée, je dois avouer que le mot "dyspraxie" est entré dans mon vocabulaire il y a peu de temps, et dans ma chasse aux renseignements, je cherche tout ce qui concerne donc les aménagements.
Je me suis tournée vers l'enseignant référent, la psy scolaire, le médecin scolaire, le rased (qui ne peut intervenir en milieu rural) mais tous semblent être au même stade que moi.
Bon je vois que je raconte ma vie, revenons au but de mon message :
On me dit qu'il faut, pour les textes, augmenter la taille de la police, l'interligne, surligner en alternant les couleurs...
Alors quelle police utiliser, quelle taille, quelles couleurs ? pour améliorer la lisibilité.

Merci de votre attention
Bien cordialement
Valérie

Pascal Ourghanlian
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Message par Pascal Ourghanlian » 07 mars 2007 15:25

Voici une première réponse possible, que j'ai construite à partir des propositions de Michèle Mazeau et de mon accompagnement de deux CLIS IV dont les synthèses avec le service de soins associé, un SESSAD de l'APF, m'ont grandement instruit.

Vous avez raison de préciser le type de dyspraxie dont souffre votre élève. Si je reprends la typologie proposée par Michèle Mazeau, la spécialiste des dyspraxies, on peut distinguer, en effet :
- la dyspraxie constructive : trouble de l’arrangement et/ou de l’assemblage des divers éléments constitutifs d’un tout,
- la dyspraxie idéatoire / idéomotrice : trouble des séquences du geste et/ou de l’utilisation d’un outil,
- la dyspraxie visuo-spatiale : trouble de l’organisation du regard associé à un trouble gestuel.
Cette distinction vaut surtout pour la clarté du tableau et renvoie à des pathologies spécifiées (IMC ou séquelles de prématurité, par exemple). Toutes les combinaisons sont possibles, ce qui est le cas, semble-t-il, chez votre élève. Lorsqu’il n’y a qu’un trouble praxique, sans trouble spatial associé, on parle de dyspraxie développementale : l’enfant est alors grandement aidé par la référence visuelle, la démonstration, le modèle, et ses productions sont meilleures en copie qu’en spontané ; de plus, les difficultés en graphisme sont isolées, l’enfant étant performant en mathématiques.
On trouve aussi des dyspraxies bucco-faciales qui concernent la sphère orale.

Au-delà de ces distinctions souvent peu utiles pour l’enseignant, il convient d’avoir en tête qu’un trouble praxique est un trouble de la planification spatiale et temporelle des gestes finalisés et se traduit par un trouble de la réalisation gestuelle.

1.- Une conséquence immédiate de cette définition est la priorité à donner à la séquencialisation de toute les tâches proposées à l’enfant. Le maître peut l’aider grandement en distinguant pour lui les étapes à enchaîner : « d’abord, tu fais ça, puis tu fais ça, puis tu fais ça », tout en maintenant pour lui l’orientation vers le but de la tâche.

2.- La deuxième chose à prendre en compte, ce sont les difficultés d’exploration visuelle : les écrits gagnent à être courts, aérés dans la page (plus que la taille de la police, c’est l’interligne qui doit être augmenté à 1,5 jusqu’au corps 16 voire à 2 pour les corps au-delà et l’intervalle entre les mots qui doit être systématiquement de trois appuis sur la barre d’espace au lieu d’un), avec des marquages bien repérables (quelques mots en gras ou en couleur pour manifester les idées principales), les lignes courtes (avec grandes marges gauche et droite). Les polices les plus lisibles sont les polices dites « sans sérif », c’est-à-dire sans empattement, type Arial ou Verdana, ou type Monaco - selon le type de « a » que l’on souhaite.

3.- Une conséquence immédiate du principe précédent est l’anticipation des difficultés en maths, de deux ordres : les difficultés de repérage et de placement (en géométrie, et en opérations posées en colonnes) et les difficultés de comptage et de dénombrement (la correspondance terme à terme étant quasi impossible, ainsi que le subitizing des petites quantités organisées selon les constellations du dé). L’invariance du nombre est difficile à construire, et les constructions géométriques éprouvantes. Donc : usage de la calculatrice et/ou opérations posées en colonnes par vous-même pour maintenir l’alignement à droite, travail sur la dénomination spatiale plus que sur la construction (percevoir les parallèles plutôt que les construire, repérer l’angle droit plutôt que le construire, etc.). Il faut éviter autant que possible le dénombrement. Il faut passer par l’apprentissage « par cœur » de la comptine numérique, des compléments à 10, des tables, du calcul mental, de la file numérique.

4.- Le coût cognitif engendré par l’écriture, le contrôle attentionnel obligé du geste graphique, se font au détriment de l’attention qui doit être portée à l’orthographe ou à l’organisation du récit ou à la grammaire ou… D’où, très rapidement, l’impérieuse nécessité de mettre en place une écriture-clavier, si la frappe peut être automatisée. C’est le travail de l’ergothérapeute. S’il n’y en a pas, c’est celui de l’AVS. S’il n’y en a pas, c’est le vôtre et celui de la famille…

5.- Dans les activités naguère dites d'éveil, vont être difficiles à traiter : les tableaux à double entrée, et toutes les présentations sous forme de tableaux de données ; les frises chronologiques ; les cartes géographiques.

6.- Dernier point : tout ce qui concerne la vie quotidienne (habillage, laçage, etc.). Il faut trouver un juste équilibre : savoir mettre son manteau ou son slip à la piscine pour éviter de dépendre des autres dans des gestes courants ou intimes, aide dans les autres cas. À moduler selon l’âge…

La dyspraxie est un "vrai" handicap (comme la dysphasie) trop souvent méconnu ou sous-estimé, y compris du fait de son amalgame avec d'autres difficultés (dyslexie, dysorthographie, dyscalculie) bien moins spécifiées. Et c'est un handicap dont on ne sort pas : on peut le compenser, le masquer, l'améliorer - mais il perturbe toute une vie.

Bon courage ! La première aide que vous pouvez donner à votre élève, c'est de reconnaître son handicap comme un... handicap. Ça lève beaucoup d'angoisse et de culpabilité (y compris du côté des parents). Ensuite, les quelques adaptations proposées ci-dessus devraient pouvoir améliorer grandement son "confort" de vie (au moins scolaire)...
Cordialement,
Pascal Ourghanlian

lupial
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Message par lupial » 08 mars 2007 00:37

Encore merci pour votre réponse.
Il est vrai que depuis qu'un nom a été mis sur les difficultés de cet enfant de CE2, tout le monde respire mieux.
Pour les mathématiques, c'est un véritable casse-tête.
Pour les opérations par exemple, selon le degré de fatigue de J., semble-t-il, elles peuvent être posées et calculées correctement ou bien ressembler à un grand fatras de signes. Alors j'ai choisi l'option "machine à bande", vieille machine de comptabilité récupérée (les autres élèves en profitent d'ailleurs avec délice pour vérifier leurs opérations). Pour J. c'est à sa disposition pour les résolutions de problèmes mais quand il s'agit de technique opératoire, il utilise un cahier spécial dont les colonnes ont été coloriées selon un code faisant référence au manuel. Cela lui permet de bien aligner les chiffres. Mais la pose de retenues reste problématique.
Je reviendrai vous parler de mes tatônnements et j'aurai sûrement besoin encore d'avis éclairés, car j'ai l'impression de "bricoler" parfois, sans trop savoir si nous allons vers un mieux réel.

Valérie

Pascal Ourghanlian
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Message par Pascal Ourghanlian » 08 mars 2007 07:51

À propos de la noblesse du bricolage...

« Le bricoleur est apte à exécuter un grand nombre de tâche diversifiées ; mais, à la différence de l'ingénieur, il ne subordonne pas chacune d'elles à l'obtention de matières premières et d'outils, conçus et procurés à la mesure de son projet : son univers instrumental est clos, et la règle de son enjeu est de toujours s'arranger avec les "moyens du bord", c'est-à-dire un ensemble à chaque instant fini d'outils et de matériaux, hétéroclites au surplus, parce que la composition de l'ensemble n'est pas en rapport avec le projet du moment, ni d'ailleurs avec aucun projet particulier, mais est le résultat contingent de toutes les occasions qui se sont présentées de renouveler ou d'enrichir le stock, ou de l'entretenir avec les résidus de constructions et de destructions antérieures.
L'ensemble des moyens du bricoleur n'est donc pas définissable par un projet (ce qui supposerait d'ailleurs, comme chez l'ingénieur, l'existence d'autant d'ensembles instrumentaux que de genres de projets, au moins en théorie) ; il se définit seulement par son instrumentalité, autrement dit et pour employer le langage même du bricoleur, parce que les éléments sont recueillis ou conservés en vertu du principe que "ça peut toujours servir". De tels élément sont donc à demi particularisés : suffisamment pour que le bricoleur n'ait pas besoin de l'équipement et du savoir de tous les corps d'état mais pas assez pour que chaque élément soit astreint à un emploi précis et déterminé. Chaque élément représente un ensemble de relations, à la fois concrètes et virtuelles ; ce sont des opérateurs, mais utilisables en vue d'opérations quelconques au sein d'un type. »

Claude LEVI-STRAUSS, La Pensée sauvage, Paris, Plon, 1960, p 27.
Cordialement,
Pascal Ourghanlian

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Message par clairea » 08 mars 2007 20:26

Juste pour témoigner de la pertinence des deux messages de Pascal !

Rien à ajouter, j'aurais voulu écrire cela :)

lupial
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Message par lupial » 08 mars 2007 21:57

Alors merci à tous les deux.

Valérie

Pascal Ourghanlian
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Message par Pascal Ourghanlian » 08 mars 2007 22:42

pour Claire A. :wink:

Et aussi pour Valérie :lol:
Cordialement,
Pascal Ourghanlian

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Message par lupial » 19 avr. 2007 16:37

Me revoilà ! Bonjour à tous,

Se pose à moi un autre souci, pour l'an prochain. J'aurai en CP une petite fille qui souffre d'une malformation du cervelet. Elle a donc des troubles moteurs, oculaires, et sa maman m'a dit qu'elle souffrait aussi de dyspraxie.
Ma première interrogation va vers l'apprentissage de la lecture. Existe-t-il des évaluations ou bien des éléments qui pourraient m'orienter rapidement vers tel ou tel type d'apprentissage ? Existe-t-il une littérature de référence qui pourrait m'aider afin de ne pas commettre trop d'impairs ?
Chaque enfant est unique mais je dois avouer que là je nage dans des eaux inconnues.

Valérie

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