L’égalité des chances contre le droit à l’éducation
26 mars 2010La haute administration du Ministère de l’Éducation Nationale vient de pondre, comme chaque année au printemps, sa circulaire de préparation de la prochaine rentrée. Cet exercice convenu est toujours, avec quelque distance, franchement hilarant, mais aussi révélateur de l’état, constamment lamentable, de la pensée des hauts responsables de l’école.
Cette année, j’ai noté ce passage, qui aurait pu pour l’essentiel être signé par tous les ministres depuis Jules Ferry et l’obligation scolaire universelle :
C’est la mise en œuvre systématique des programmes et des progressions dans chaque classe qui garantit l’équité due à tous les élèves dans le service public d’éducation. Leur strict respect, comme celui des rythmes d’acquisition, dans le cadre de programmations de cycle définies par les équipes pédagogiques, favorise la réussite de tous les élèves, dans tous les domaines d’enseignement dont aucun ne saurait être négligé.
Ainsi, « l’équité due à tous les élèves dans le service public d’éducation » serait garantie par « la mise en œuvre systématique des programmes et des progressions » et leur « strict respect, comme celui des rythmes d’acquisition ». C’est une contre-vérité absolue, c’est le mensonge fondateur de notre système scolaire qui présente comme égalitaire et équitable le traitement à l’identique de tous, lequel en réalité garantit mécaniquement que l’école sera la parfaite chambre d’enregistrement des inégalités entre les élèves qui en franchissent le seuil.
Le principe affirmé ici, qui est celui de « l’égalité des chances », est le strict contraire du droit à l’éducation pour tous, qui exige non pas que chacun soit traité « comme les autres » mais que chacun soit traité « selon ses besoins ». Sans prise en compte des « besoins éducatifs particuliers » de chaque élève (et pas seulement des élèves handicapés !), le traitement à l’identique de tous les élèves est une machine à massacrer sans merci les plus faibles et à valoriser sans conditions les mieux nés.
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Rappelons au passage que ce que je viens d’appeler les « inégalités entre les élèves » ne se résume pas aux inégalités socio-culturelles, encore moins aux catastrophes biologiques qu’ont subi certains enfants. Il est certes des « milieux favorisés », mais il est également, dans tous les milieux, des « familles favorables ».
Et c’est sur la réussite des enfants de telles « familles favorables » de « milieux défavorisés » que s’appuie le mythe de l’élitisme républicain. Face à ce mensonge éhonté, il faut réaffirmer fortement que la justice à l’école impose autant de venir en aide aux enfants de « milieux défavorisés » qu’aux enfants de « familles défavorables ». Et plus encore aux malheureux enfants sur lesquels pèsent ces deux circonstances négatives !
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Entre bien d ‘autres choses, lire sur ce thème le dernier ouvrage de François Dubet, Les places et les chances (Repenser la justice sociale), col. La république des idées, Le Seuil, Paris, 2010.
Merci à Pascal pour cette référence.
Voir aussi : Christian Baudelot, Roger Establet, L’élitisme républicain (L’école française à l’épreuve des comparaisons internationales), Col. La république des idées, Le Seuil, Paris, 2009.
Sur l’Observatoire des inégalités, lire et voir le compte-rendu du colloque du 28 janvier 2010 Qu’est-ce qu’une école juste ?
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