Nos âmes perdues
26 février 2006Un explorateur blanc, pressé d’atteindre sa destination au cœur de l’Afrique, promit une prime à ses porteurs indigènes s’ils acceptaient d’accélérer l’allure. Pendant plusieurs jours, les porteurs pressèrent le pas.
Un après-midi, pourtant, ils refusèrent de continuer, s’assirent tous par terre et posèrent leurs fardeaux. On aurait pu leur offrir encore davantage d’argent, ils n’auraient pas bougé. Lorsque l’explorateur leur demanda la raison de ce comportement, voilà la réponse qu’il obtint :
« Nous avons marché si vite que nous ne savons plus ce que nous faisons. Maintenant, nous devons attendre que nos âmes nous rejoignent. »
Paulo COELHO – Maktub – Éditions Anne Carrière – Paris – 2004. Édition originale : Sant Jordi Asociados – Barcelone – 1994. Édition citée : Le Livre de Poche – N° 30407 – Page 36.
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Dans un petit livre empreint d’une religiosité composite que je n’apprécie guère, même à titre poétique, je suis tombé en arrêt devant cette courte page, métaphore parfaite de l’égarement de notre modernité.
Malheureusement, je crains que nous n’ayons pas la sagesse de ces porteurs africains. Nous ne cessons de précipiter notre course vers un avenir de plus en plus clairement et littéralement insensé. Faute d’avoir le courage de nous poser la question du sens de cette course, nous allons vraisemblablement nous fracasser contre un mur ou un autre, d’une façon ou d’une autre, un jour ou l’autre. Hélas, rien n’assure que nous retrouverons alors nos âmes égarées !
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