Elève en détresse

Questions spécifiques concernant les formations à l'option D ("troubles importants des fonctions cognitives").
moby
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Elève en détresse

Message par moby » 13 sept. 2006 18:09

Bonjour à toutes et à tous,

Je suis en CP, j'ai une classe plus ou moins normale mais j'ai un énorme souci par rapport à un élève.
C'est un petit garçon qui a redoublé sa MS, qui a ensuite fait une GS et qui est maintenant au CP.
Sa maîtrsse de GS me l'avait annoncé comme un cas très lourd mais j'avais pris le parti de l'assumer.
Seulement ses difficultés ne sont pas communes, c'est comme si il manquait un élément dans son raisonnemnt.

Il ne travaille pas de la journée, il reste assis sur une chaise, se balance et tombe toutes les 10 minutes à peu près, je le déplace et le mets dans la bibliothèque pour travailer avec moi mais rien n'y fait, il ne travaille pas et surtout il me dit des choses incohérentes.
Exemple:
Moi:-E. est-ce que tu reconnais des mots sur cette page de lecture?
Lui:Tu sais je ne grandis pas parce que je n'ai pas fini mon nesquick.
Moi:Oui mais si tu en as bu un peu c'est déjà bien.
Lui:Est-ce que tu vas aller en prison?
Moi:Non pourquoi tu dis ça?
Lui:Oui.

C'est fou, il ne comprend pas, je lui répète les choses 5 ou 6 fois avant qu'il ne parvienne à comprendre ce que je lui dis, a-t-il un problème de mémoire courte?
La première semaine de la rentrée il pensait que tous les élèves de la classe et moi y compris s'appelaient comme lui.

Ce qui m'inquiète c'est que je suis impuissante, j'ai rdv avec la secrétaire de CCPE pour qu'elle m'aide mais je reste très dubitative quant à l'aide qu'elle pourra me fournir.Elle sera à la réunion de synthèse mais je sais qu'elle est très procédurière, il faudrait vraiment que je puisse la convaincre de la nécessité de s'occuper de cet enfant.
C'est un petit garçon très attachant mais qui n'a aucune notion de ce qu'il faut faire ou non.En pleine classe il sort son goûter et le mange, il n'embête personne en classe, il rit seul ou alors fait des bruits curieux sans pour autant me paraitre autiste...
Il est capable de répéter ce que lui disent ses parents mais je ne suis pas sûre qu'il en saisisse le sens.
Exemple:Il adore me parler de nourriture, ce qui donne des forces, ce qui fait grandir, ce qui contient des vitamines..

Je suis vraiment déstabilisée, j'ai l'impression qu'il perd son temps cry.gif

Désolée si je vous noie de détails et si ma pensée n'est pas très claire mais j'avoue que j'ai besoin d'aide et que je suis assez troublée.

Merci pour votre aide.

Pascal Ourghanlian
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Message par Pascal Ourghanlian » 13 sept. 2006 18:42

Depuis 4 ans que ce gamin est à l'école, personne ne s'est soucié de lui ?
Que disent les parents de son "comportement" à la maison ?
Y a-t-il un RASED, une psy qui interviennent sur votre école ?
Qu'aime-t-il faire (ou qu'aimait-il faire en GS ? vers quels coins allait-il spontanément ?) ?
Quelles sont ses relations aux autres enfants ?

Le peu que vous décrivez fait penser à d'autres gamins qui, ailleurs, sont aidés en CMP ou CMPP, pour lesquels une réflexion collective s'élabore sur une adaptation (ou un aménagement du parcours). Pas "chez vous" ?

J'ai plus le sentiment d'une difficulté identitaire, ou relationnelle, qu'un problème de mémoire à CT !...

Demandez à la directrice de réunir une équipe éducative. Faites le tour à plusieurs (dont les parents) de la situation (éventuellement avec la référente, dans sa mission aide et conseil par délégation de la MDPH).
Soit il existe une inquiétude partagée et vous allez construire une réponse commune.
Soit vous êtes la seule, et il va falloir vous battre...

Une réponse plus précise aux questions précédentes devraient permettre aux membres fréquentant ce Forum de vous aider.

Bon courage...
Cordialement,
Pascal Ourghanlian

moby
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Message par moby » 13 sept. 2006 20:19

Merci beaucoup.

En fait en GS il ne faisait rien, il restait dans la bibliothèque et il fait la même chose chez moi.Il n'embête vraiment personne, il se balance sur sa chaise, en tombe puis dit "oh oh" et se relève et recommence.
Je tente de travailler avec lui (10 mn) mais il me dit "je suis fatigué" et ne fait plus d'efforts.
Ses parents sont conscients de son pb, seulement il a aussi passé un an à l'hopital pour maladie osseuse donc ils associent ses difficultés à sa maladie.

En ce moment il vide toutes les poubelles de l'école et il mange ou boit ce qu'il trouve.Je lui demande pourquoi il fait ça car sincèrement ses parents s'occupent bien de lui, il a toujours son goûter, est propre, sent bon...
Il me répond "j'aime bien les autres gouters".
A la cantine, il mange avec ses mains et il en met partout...

Il ne parle pas aux autres enfants mais les enfants l'aiment bien, il arrive qu'il en frappe qquns mais ce n'est jamais dramatique et il s'excuse en faisant des petits bisous.


C'est affreux, je ne veux pas le laisser tomber, je veux me battre pour lui parce qu'il mérite vraiment que l'on s'occupe de lui, comme tout enfant.

Le maitre G me dit qu'il faut le déclarer comme déficient mental et la psy ausssi.Mais je n'ai aucun retour concret.
Il n'y a pas de suivi CMPP.

Voilà, je ne sais vraiment pas quoi faire et surtout je ne veux pas être passive, je voudrais tant qu'il ait une chance .

Pascal Ourghanlian
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Message par Pascal Ourghanlian » 13 sept. 2006 20:34

Vous ne serez pas à vous seule la solution, peut-être la personne qui porterez le plus ses difficultés, et c'est déjà pas mal.

La G et la psy sont gentilles, mais la déficience mentale ne se déclare pas (comme une maladie éruptive ou... des revenus).

1- L'équipe éducative doit être réunie par la directrice (elle + vous + les parents + toute personne ayant à connaître de la situation de l'enfant*). Elle pourra conseiller des soins en CMPP ou CMP (délais d'attente chez vous ? chez nous, 5 à 6 mois...).
2. L'équipe éducative peut souhaiter qu'un projet personnalisé de scolarisation soit monté au bénéficie de cet élève. La directrice le notifie aux parents par un courrier daté (c'est important, vous verrez pourquoi ensuite) en leur communiquant les coordonnées de l'enseignant référent.
3. Si les parents sont partants, ils adressent une demande de mise en oeuvre d'un plan de compensation à la Maison départementale des Personnes Handicapées (MDPH), dont le PPS est un élément.
4. Si les parents ne font rien, un délai de 4 mois court (d'où l'importance du courrier daté), à l'expiration duquel votre directrice saisit l'IA (par voie hiérarchique de votre IEN). L'IA se retournera alors vers la MDPH qui tentera une conciliation.

(* en particulier la psy du RASED et le médecin scolaire qui doivent observer le gamin en situation scolaire pour évaluer ses possibilités de scolarisation - et ne pas gêner le monde n'est pas un critère suffisant...).

Je maintiens mon appréciation première de la situation : rapport particulier à la nourriture + relation décalée aux autres + les balancements et les chutes font penser à des choses décrites ailleurs et pudiquement réunis sous l'appellation "troubles envahissants du développement".
Mais je ne connais pas le gamin, et ne suis pas psy. D'où, retour à la case départ : la psy de l'école doit intervenir...
Cordialement,
Pascal Ourghanlian

moby
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Message par moby » 13 sept. 2006 20:50

Avant toute chose, merci pour cette précieuse aide.
Je suis en commission vendredi 15 septembre avec la maîtresse G, la psy, la directrice, et normalement la secrétaire de CCPE.

J'essaye vraiment de faire ce que je peux, je dis également à la maître G que ce n'est pas un handicap, il n'est pas handicapé mental, c'est juste qu'il n'est pas très cohérent et qu'il n'entre pas facilement dans les apprentissages.
Mais je ferai tout ce que je peux parce que je ne veux pas l'abandonner.
Je vous embêterai peut-être souvent parce que je n'ai pas d'expérience concrète (j'en suis à ma 3ème année) et surtout je viendrai chercher de l'aide chez vous parce que ce petit garçon me touche terriblement et que je pense sincèrement que l'on peut faire quelque chose. Si ce n'est pas avec les gens de mon école, ce sera avec vous.

Merci pour tout.

clairea
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Message par clairea » 13 sept. 2006 21:36

bonjour,

Je vous réponds selon mon regard de psychologue scolaire et complète les remarques de Pascal Ourghanlian.

Votre témoignage est touchant dans le sens où cet enfant génère en vous une forte empathie et manifestement mobilise beaucoup de votre énergie.
Ce n'est jamais anodin mais parfois cela peut devenir coûteux.
Inutile sans doute de vous inviter à vous préserver, et à ne pas vous laisser aller à vouloir sauver cet enfant. Comme je vais vous l'expliciter ensuite, le premier besoin de cet enfant est peut être un besoin de reconnaissance comme être en souffrance. Et vous avez déjà franchi ce pas comme en témoignent vos messages. Vous avez rencontré cet enfant dans toute son étrangeté et vous en avez parlé.

Je rejoins les pistes interprétatives de Pascal et je pense que vous pouvez raisonnablement écarter tout problème de mémoire à court terme.
Le dialogue que vous décrivez, présente toutes les caractérisiques d'étrangeté propre aux enfants en grande souffrance psychologique.
Peu importe le diagnostic, cet enfant a des épisodes de confusions mentales et donc la nécessité d'une prise en charge thérapeuthique semble primordiale.
Mais si je vous comprends bien, cette nécessité n'est évidente pour personne et surtout pas malheureusement pour les parents. Le premier travail de l'équipe éducative et surtout du psychologue va être de travailler cette demande parentale. La prise de conscience de la souffrance psychologique de cet enfant semble avoir été masquée par une souffrance somatique. C'est une situation compréhensible mais qu'il faut dénouer au plus vite. On peut en effet comprendre que la question de la santé physique quand elle est menacée occupe tout le terrain des préoccupations parentales... Puis quand enfin l'enfant va mieux, les parents sont-ils prêts, ont-ils encore assez d'énergie pour entendre la souffrance psychologique associée ?
Bref, il me semble que vous arrivez à cet instant difficile de la vie de cet enfant où les préoccupations médicales semblent s'estomper mais où émerge une autre réalité, non plus celle du corps mais celle du sujet au sens psychologique.
Votre position d'enseignant est à juste titre de mobiliser vos partenaires, d'expliciter ce que vous donne à voir cet enfant et d'accompagner doucement la famille vers cette réalité. La psychologue doit et va vous accompagner dans ce sens.
La question de la déficience mentale est ici secondaire mais si elle a été posée alors c'est qu'un psy a rencontré cet enfant et c'est donc à ce dernier de travailler avec la famille.

Vous enseignante, que pouvez vous faire...???
Peut-être surtout accepter cet enfant dans son indisponibilité face aux apprentissages. Il n'est pas prêt et donc vous mettra souvent dans une position bien inconfortable si vous souhaitez lui apprendre quelque chose.
Néanmoins, sans rien attendre de plus que ce qu'il ne pourra offrir, continuez à le stimuler, tentez, innovez mais surtout acceptez son échec et que cela ne soit jamais le vôtre !
Ensuite, mobilisez vos partenaires, il y a des choses qu'un enseignant ne peut porter c'est pour cela que les RASED, les MDPH, les médecins existent..
Enfin, je pense que parfois on ignore ce qu'on apporte à ces enfants par nos gestes simples, nos attitudes bienveillantes et l'espace simple de vie qu'offre une classe.

En espérant que vous obtiendrez vous et cet enfant des aides adaptées.

Cordialement

Pascal Ourghanlian
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Message par Pascal Ourghanlian » 13 sept. 2006 22:05

Moby,

Vous touchez, grâce à la grande qualité de la réponse de Claire, tout ce qui fait la richesse d'une approche croisée, institutionnelle et psychologique.
J'espère que vous trouverez la même là où vous exercez.

Et merci à Claire, une nouvelle fois, d'accepter de mettre ses mots sur des situations éloignées et d'aider ainsi à commencer un début de réponse.
Cordialement,
Pascal Ourghanlian

moby
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Message par moby » 14 sept. 2006 20:01

Merci mille fois pour ces réponses qui m'éclairent beaucoup.
Ce soir entretien avec la maman.
La maman m'a dit qu'elle avait bien conscience que son fils avait un problème mais qu'il n'était pas fou, elle semble avoir très très peur que son fils soit placé en institution médicale.
Le petit est allé au CMPP et d'après la maman il a extrêmement bien réussi les tests, il a donc été orienté chez un psychomotricien deux ans.

Je lui ai expliqué que je souhaitais faire intervenir un médecin scolaire et la psy. Elle est tout à fait d'accord, elle ne comprend pas du tout. Elle sait que son petit a des problèmes mais elle pense qu'il fait exprès de répéter les choses ou de ne pas comprendre.
Je lui ai dit qu'il était capable de répéter ma question plusieurs fois puis d'y répondre en étayant avec des éléments parfois très judicieux et d'autres fois complètement à côté.

Par ailleurs il rit seul en classe et la maman m'a confirmé qu'à la maison il riait seul mais pleurait aussi seul dans sa chambre sans raison.
C'est à n'y rien comprendre :-(

Aujourd'hui je l'ai cherché partout, il était caché dans la salle des maîtres et il mangeait les gâteaux qui étaient sur la table.
Je lui demande pourquoi il fait cela et il me répond "j'ai très faim".
Alors qu'il mange très bien à la cantine (je mange avec lui) et que sa maman lui fournit un goûter très copieux.

A la fin de l'entretien sa mère s'est effondrée. Elle a pleuré pleuré... :-(((

J'attends... En tout cas, merci à Claire et à Patrick.

Pascal Ourghanlian
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Message par Pascal Ourghanlian » 14 sept. 2006 20:26

Vous avez écrit, dans un message précédent : "Le maître G me dit qu'il faut le déclarer comme déficient mental et la psy aussi".

Quels éléments la psy a-t-elle pour étayer ce "point de vue" (?) ? A-t-elle observé le gamin en classe ? en entretien individuel ? lui a-t-elle proposé une évaluation intellectuelle (WPPSI ou WISC, K-abc) ?

Allez-vous pouvoir vous appuyer sur elle demain lors de votre réunion d'équipe éducative (et non de commission...) ?

Pourquoi les parents ne sont-ils pas associés à cette réunion (dont je rappelle que, légalement, depuis toujours et non pas seulement depuis la loi de 2005, ils sont membres à part entière : B.O. n° 39 du 25 octobre 1990 Modifié par le décret n° 91-383 du 22 avril 1991 ; B.O. n° 18 du 2 mai 1991 Modifié par le décret n° 2005-1014 du 24 août 05 ; B.O. n° 31 du 1er septembre 2005) - seule manière pour qu'ils ne développent des défenses de type paranoiaque en attendant derrière la porte que d'autres qu'eux statuent sur ce qui est le mieux pour leur gamin ?

Bon courage encore...
Cordialement,
Pascal Ourghanlian

moby
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Message par moby » 14 sept. 2006 20:49

En réalité la psy et la maître G le connaissent mais elles ne font rien. C'est toujours, "tu sais Moby, laisse-le , tu n'en tireras rien, on va le déclarer déficient mental".
Quand je demande son dossier, elles m'apportent des notes sur papier libre que j'aurais pu écrire moi-même.
Ce sont des faits, il n'y a aucune analyse.
Et par ailleurs je n'aime pas travailler avec la psy car elle est là 3 fois tous les 6 mois sauf si elle se fait convoquer par la directrice. Je lui ai demandé de faire passer des tests en septembre 2005 à une petite de ma classe de l'an passé, je n'ai pas eu de retour, la petite est passée au CE1 (elle ne sait pas lire et a fait pipi et caca dans ma classe TOUTE l'année)

Voilà pourquoi je ne veux pas spécialement travailler avec cette personne. Et quand je lis Claire le vocabulaire est précis, pesé et posé alors que notre psy met tout sur le dos de la famille ou alors qualifie les gamins de fous ou incapables.
Nous sommes 18 instits dans l'école et nous pensons tous la même chose, seulement personne ne lui dit.
Et pour ce petit j'oserai lui dire.

Concernant la réunion de demain je ne savais pas que les parents étaient tenus d'être là. Et vous avez raison c'est une réunion de synthèse.
La maître G vient tous les deux jours dans ma classe, quant à la psy je ne sais pas d'où elle tient ses informations. Je n'ai jamais eu de tests intellectuels.

Merci encore à vous.

clairea
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Message par clairea » 14 sept. 2006 21:08

Je m'apprêtais à vous offrir quelques interprétations sur la situation de cet enfant via un mail afin de préserver une sorte de confidentialité. Mais peut être puis-je juste ouvrir un questionnement ici sans trahir complètement l'enfant et ma pensée.

Les symptômes, les étrangetés du discours de cet enfant me semblent de plus en plus cohérents et d'une certaine façon, j'avais un peu envie de vous montrer qu'il existe souvent un sens derrière ces comportements. Je ne crois pas qu'il soit ici le lieu de construire des interprétations hasardeuses mais juste une seconde, écoutez une fois encore cet enfant.

Prenons un seul symptôme:
Vous insistez sur cet étrange besoin de manger de cet enfant.
Pourtant il vous avait répondu :
"
Lui : Tu sais je ne grandis pas parce que je n'ai pas fini mon nesquick.
Moi : Oui mais si tu en as bu un peu c'est déjà bien.
Lui : Est-ce que tu vas aller en prison?
Moi : Non pourquoi tu dis ça?
Lui : Oui. "

En quelques mots, lâchés au détour d'un échange maître-élève, lui vous a parlé de sa vie d'enfant, il a refusé l'élève et vous a interpelé ailleurs. Là où ca fait mal.
C'est assez déstabilisant et pourtant...
Là en quelques mots, il vous a expliqué qu'il devait manger pour grandir pour vivre...
S'il est raisonable de penser qu'un enfant ayant subit une année d'hospitalisation a été prisonnier de son corps, de la souffrance somatique, son désir de vie peut peut être se focaliser sur cet étayage oral, ce besoin de se remplir.
Je ne poursuis pas plus ces interprétations mais vous assurent que penser la situation de cet enfant est assez 'facile' quand je vous écoute... vous en parlez très bien.

Que dire de votre difficulté pour mobiliser vos partenaires, ... j'en suis navrée :(
Ne renoncez pas, une vie n'est faite que de rencontres et certaines sont essentielles.

Bon courage.

moby
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Message par moby » 15 sept. 2006 21:49

Je réponds ce soir suite à la réunion de ce midi.
La réunion a eu lieu de 11h15 à 12h15 en présence du médecin, de la psy, du maître G, l'infirmière, l'assistante sociale, la directrice et moi.

L'enfant a redoublé sans avis de psy , ni du médecin. Il n'y a pas de dossier :cry: :cry: :cry: :cry:
La psy affirme qu'elle a discuté avec la directrice de la maternelle qui a fait redoubler le petit mais qu'elle ne l'a pas davantage interrogée car elle la sentait sur la défensive (pas de dossier et pas d'avis de psy pour faire redoubler un gamin, il est certain que c'est gênant)

Je me suis renseignée et le petit a été vu par un pédopsychiatre du CMP qui l'a orienté chez le psychomotricien. Les séances ont duré 8 mois puis plus rien car la maman pensait que c'était inutile.
Le médecin scolaire m'a montré des tests et il a eu de très bonnes notes
En revanche la psy dit que c'est très surprenant car la seule fois où elle l'a vu en MS, elle lui a fait passer des test (lesquels ?) qui ont révélé qu'il avait un âge mental de 2 ans et 7 mois.

Mais ce qui m'a le plus peinée c'est que la directrice et moi avons lutté tout le temps de la réunion pour dire que le petit n'est pas déficient mental et qu'il a besoin d'une prise en charge et pas de dire que sa place n'est pas à l'école.
La psy n'a pas un vocabulaire bienveillant, elle ne parle pas en cherchant à analyser, elle a ri quand j'ai dit que le petit fouillait dans les poubelles ou qu'il sortait son goûter en classe, elle ne cherche pas à comprendre ou à trouver des pistes.

Et par ailleurs il ne lui est même pas venu à l'esprit de me proposer d'observer le petit, c'est moi qui ai demandé à la psy et au médecin de venir.

Quant à l'assistante sociale, elle émet des doutes quant à sa famille en me disant "mais pourquoi le père n'est pas venu au rendez-vous ? Pourquoi juste sa mère ?"
Je lui réponds que c'est très souvent comme cela et ce, pour la plupart des familles.
Et là elle me répond "ha mais tu sais dans ces familles (d'Afrique), c'est un peu bizarre"

J'ai réagi avec vivacité mais c'était fou d'entendre pareilles choses.
Je trouve ça fou, fort heureusement la directrice (maître E déchargée) m'a bien épaulée mais c'est dur de se heurter à un mur pareil.
Parce qu'au final cet enfant ne me gêne pas, il pourrait rester dans une classe sans faire de bruit, ce qui est important c'est qu'il soit aidé.

Merci de m'avoir lue.

domi
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Message par domi » 16 sept. 2006 22:24

Je suis maître E. Votre dernière intervention m'amène à vous proposer un lien avec le centre Georges Devereux : http://www.ethnopsychiatrie.net/ . Votre description générale + le lien ethnique peut faire penser à un problème ethnopsychiatrique. Vous pouvez entrer en contact directement avec Toby Nathan ou Emilie Hermant, par voie de mail ou au téléphone. Ils vous conseilleront certainement sur une analyse ou une démarche à suivre ou un contact à prendre.
Cordialement
Domi

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Message par clairea » 17 sept. 2006 11:37

Bonjour,

Une réaction rapide à votre proposition de consultation ethnopsy, car finalement ce genre de réaction d'indication participe selon moi à la même logique que les indications "thérapeutiques à tout va".

Le centre Devereux est une bonne indication dans plusieurs situations, et leur action est reconnue.

Mais, je ne pense pas qu'il soit bénéfique pour une famille d'avoir une adresse de centre psy, de thérapeute libéral, de CMP voire même d'orthophoniste si la demande n'est pas un tout petit peu travaillée. Et ce travail d'élaboration d'une demande, dans le cas présent est loin d'être fait et je ne pense pas qu'il soit souhaitable sauf situation vraiment marginale qu'il soit fait par un enseignant.

La démarche thérapeutique ne doit pas être soutenue par une logique de consommation. Combien d'indication rapide se solde par un échec tout aussi rapide car à aucun moment l'enfant et sa famille n'en a compris les enjeux et les risques.

Je lutte constamment contre cette promptitude à l’indication thérapeutique. Flûte, aller chez un psy, ce n’est facile pour personne, alors ne simplifions pas cette démarche.
Dans le cas présent, comme je l’ai écrit précédemment, je ne suis pas certaine que la famille soit prête pour ce genre de démarche, il faut du temps et une écoute pour passer d’un discours de la plainte à une demande.

Plus spécifiquement, rien dans le discours de Moby n’a éveillé (du moins dans ma pensée) l’hypothèse d’une problématique culturelle… La symptomatologie n’a pas il me semble de connotation ethnologique… Mais rien ne l'exclut non plus bien évidemment…
Finalement, tant de mots (maux) pour dire de laisser du temps aux familles pour s’emparer d’une demande de soin, c’est une des bases du respect de l'autre.

Pascal Ourghanlian
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Message par Pascal Ourghanlian » 17 sept. 2006 13:52

Comme il est difficile, en fait, malgré la bonne volonté évidente de chacun, de faire d'un forum internet un outil d'approfondissement. Chaque réaction devrait être retravaillée, chaque inflexion de la pensée explicitée, chaque proposition étayée. Il y faudrait une utilisation très distanciée des modalités écrites d'un outil qui utilise plutôt les fonctionnements de l'oral ou pouvoir échanger oralement pour "rebondir" sur chaque élément nouveau apporté par la discussion...

Ne demandons pas au forum ce qu'il ne peut pas apporter. Chacun est libre d'exposer ses difficultés, chacun est libre d'y réagir selon ses entrées propres. Y aura-t-il congruence des deux ?

Ce qui me paraît essentiel, une nouvelle fois, dans les propos de Claire, c'est ce respect absolu dû à la parole de chacun et, en premier lieu, de celle de l'enfant. Ne pas citer de lieu, ni de prénom, dire les choses comme on les ressent sans en tirer de principe de généralisation, accepter que l'autre (l'enfant, le parent, le collègue) ait des réponses pour lui-même, n'être qu'un catalyseur (comme disent les chimistes), celui qui déclanche la réaction (et ce n'est pas neutre) mais n'intervient pas dans le résultat.

Beaucoup d'humilité à conquérir et surtout, surtout (mais je me répète, sans doute un effet de l'âge), cesser ce sport national des enseignants qui pensent savoir mieux que l'autre ce qui est bon pour lui...
Cordialement,
Pascal Ourghanlian

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