Sortir les élèves de la classe. Pourquoi ?

Problèmes généraux (psychologues scolaires, option E, option G).
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Dominique Douay
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Sortir les élèves de la classe. Pourquoi ?

Message par Dominique Douay » 11 nov. 2011 09:13

Je me décide enfin de ressortir ma plume, étant donné mes antécédents médicaux, je mets encore beaucoup de temps pour réussir à corriger mes écrits, mais même si je n’écris plus souvent sur ce forum, je lis souvent les contributions et je remercie les administrateurs qui nous permettent d’échanger nos points de vue.
Actuellement, il existe une pression pour que les maîtres de RASED, notamment les maîtres E, viennent en classe pour aider les élèves en difficultés. Suite à la conférence de Maryse Métra à laquelle j’ai assisté grâce à l’invitation d’une maître G, j’ai compris un peu mieux comment différencier mon travail de rééducation ou re-médiation de celui de prévention, et je suis désormais mieux outillée pour expliquer pourquoi en tant que maître spécialisé, je suis parfois obligée, pour aider l’élève, de le sortir de sa classe. J'avais déjà eu des éléments de réponse grâce au dossier de la FNAME – Interaction spécial sur maître E : Intervenir en classe ? Réflexions sur le cadre des dispositifs des l’aide spécialisée à dominante pédagogique (téléchargement accessible aux adhérents FNAME) – mais grâce à l’exposé très imagé des Maryse Métra, j’ai maintenant une idée plus claire et des arguments à avancer aux personnes qui ne comprennent pas pourquoi faire sortir un élève de la classe alors qu’il est déjà en difficulté et qu’il va ainsi «rater» de précieuses minutes d’apprentissage au sein de la classe.
J’avais déjà eu une image très parlante donnée par une élève. En effet, lorsque je prends un groupe de cycle 3 au sein duquel certains connaissent déjà ce qu’est un groupe d’aide, pourquoi nous travaillons ensemble hors de la classe, j’invite les « anciens » à présenter ce qu’est le travail au sein du groupe d’aide pédagogique spécialisée. Voici la réponse d’A… : « Pour moi, c’est comme si les autres élèves avaient traversé la rivière et étaient de l’autre côté et que moi, j’étais empêchée de passer. Avec Mme Douay, nous allons construire ensemble un pont pour arriver de l’autre côté sans problème». J’ai trouvé cette image assez parlante, le fait de coopérer pour s’outiller et dépasser ses difficultés. Cette élève exprimait bien aussi le fait de l’insécurité que peuvent ressentir les élèves que l’on suit, face aux apprentissages scolaires, ils n’osent pas se lancer, ils ont bien trop peur de se noyer. Dans le groupe d'aide, nous allons aider les élèves à s'outiller pour affronter les apprentissages, nous allons prendre le temps de les découvrir, de ne pas voir seulement l'image qu'ils veulent nous donner en classe -la partie accidentée- mais aussi la partie intacte - leur espace de réussite- et les aider à s'engager dans un projet d'apprentissage. Pour distinguer les élèves qui ont besoin de re-médiation de ceux qui peuvent être aidés par le RASED autrement qu'en les sortant de la classe, je reprends les catégories que Jacques Lévine distinguait dans une classe. Il disait qu’en classe, il existait des élèves co-dirigeants (ceux dont le RASED ne s’occupent pas, ils ont tout compris de l’école), des marginalisés (qui ont besoin eux de retrouver un espace différent de la classe, espace transitionnel, où ils n’auront pas peur d’être eux-mêmes, et ne chercheront pas à ne montrer que la carapace qu’ils se sont forgés pour exister en classe) et les « pourrait mieux-faire ». C’est avec ces derniers que les membres du RASED peuvent travailler en corrélation avec le maître dans la classe dans des ateliers de prévention, pour éviter qu’ils ne basculent vers la « classe » des marginalisés. Cette aide préventive, peut être aussi de l’ordre du conseil au maître de la classe, en l’aidant à avoir une clarté cognitive des apprentissages proposés. Je pense que ce travail est différent de celui d’un conseiller pédagogique - qui certes peut donner des pistes de travail de différenciation pédagogique - du fait que nous ne plaçons pas notre point de vue au même endroit. Le conseiller pédagogique cherchera à faire en sorte que la classe tourne, à mon avis son point de vue sera celui de la classe et utilisera les apports des didactiens, alors que l’enseignant spécialisé aura son point de vue centré sur l’élève. En effet en tant qu'enseignant spécialisé, c'est par mon expérience acquise - tout ce que m'ont appris en me laissant voir comment ils faisaient pour apprendre- que je peux éclairer les collègues de classe sur ce que peut apporter telle ou telle façon de présenter les choses. C’est suite à l’analyse des façons de faire des élèves qui me sont confiés parfois que j’ai compris certaines aberrations de nos programmes, et les contributions de certains chercheurs, sont alors utiles pour contrecarrer certaines incohérences, mais cela est une autre histoire....
Au plaisir de lire vos réactions face à cette contribution
Cordialement
D.D
D.D.

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