Suppression des RASED

Problèmes généraux (psychologues scolaires, option E, option G).
Pascal Ourghanlian
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Re: Suppression des RASED

Message par Pascal Ourghanlian » 28 févr. 2009 09:09

La sédentarisation a toujours été présentée comme un progrès de (dans) l’Histoire : lorsque les chasseurs-pêcheurs-cueilleurs s’installent comme cultivateurs-éleveurs, lorsque les hordes barbares de l’est se fixent dans notre ouest pacifié, lorsque les Tziganes d’Europe centrale finissent dans quelques chambres à gaz…
Le progrès, qui est mouvement, fluidité des lignes, déséquilibre, par une pirouette commode, est devenu négation de ce qui le fonde : la civilisation, la modernité, c’est être sédentaire, avoir son « chez-soi ». Les hommes aux semelles de vent, qu’ils soient poète adolescent ou « hommes debout » (ainsi se définissent les Roms et autres Manouches), parce qu’ils sont nomades, ne sont que marginaux du vivre ensemble, fondé sur la pensée prétendument majoritaire.
Ce mot de « sédentarisation », ressorti de son chapeau par un ministre soucieux d’être bien vu en cour, réactive nos démons les plus anciens et, jusqu’à aujourd’hui, les plus profondément enfouis. Ces enfants insistants qui mendient dans nos métros, ces étrangers qui repoussent nos frontières, ces êtres qui ont peu à voir avec nous car trop proches du « primitif » - trois repoussoirs de nos sociétés modernes, habillement remis en scène par ce pouvoir décidément nauséabond.
« Les enseignants des RASED ? Des nomades, ma pauv’ dame. Vous rendez-vous compte ? Et pis qui s’occupent des petits sauvages, qui n’apprennent pas, des gens de rien ! » Ça avait toutes les chances de prendre, comme discours, sur le fond poujadiste qui nous mine collectivement. Mais plus de 200.000 personnes ne s’y sont pas laissées prendre, qui ont opté pour le nomadisme et pour les plus petits. Nos responsables politiques s’accrochent à leur trouvaille sémantique comme à un jouet désormais inutile dont personne n’est dupe.
Personne ? Est-ce bien certain ? Dans les départements s’observent deux mouvements apparemment contradictoires : d’une part, on propose aux collègues qui le souhaitent de s’inscrire pour partir en formation CAPA-SH l’an prochain (mais sans que le nombre de places soit annoncé : quelle réaction, lorsqu'en juin, le nombre de départs s'avérera proche de zéro ?) ; de l’autre, on sédentarise un poste sur deux en moyenne (avec des priorités qui ne pourront pas s’exercer au mouvement faute de postes « de même nature » - et la note de service laisse encore beaucoup de place au n'importe quoi http://www.snuipp.fr/spip.php?article6183). Et le temps qui passe recouvre peu à peu de sable la visibilité d’un mouvement qui ne peut continuer à mobiliser puisque la presse s’est faite l’écho des « reculades » du gouvernement. Comment expliquer maintenant que de reculade, il n’y en a pas, que la stratégie était lisible dès le début (relire certains posts antérieurs), que la sédentarisation… est en marche.
À marche forcée, comme dans les pires moments de notre histoire. Et c’en serait risible (car après tout il ne s’agit « que » de morts professionnelles, pas de morts « pour de vrai » - quoique…) si nous n’avions pas intimement, viscéralement, maladivement peur que cette sédentarisation soit l’annonce (ou la confirmation : les reconduites aux frontières, les squats démantibulés, les exceptions judiciaires) d’un mouvement qui impose de se taire, de rester tranquille et, surtout, immobile.

[pour rappel : sédentaire = qui reste assis (rassis ?) ; nomade = pasteur (passeur ?) ; itinérant = qui chemine - merci M. Rey...]
Cordialement,
Pascal Ourghanlian

vercar
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Re: Suppression des RASED

Message par vercar » 28 févr. 2009 17:47

Merci, Pascal, pour cette réflexion.
En effet, comment de nouveau interpeler les médias pour mettre les éclairages de nouveau sur nous ?
Il me semble qu'en développant les effets nocifs de cette sédentarisation à la fois pour les élèves ordinaires, les élèves en difficulté et les enseignants spécialisés nous pourrions attirer l'attention (cf. différences enseignant ordinaire et enseignant spécialisé).
C'est la raison pour laquelle j'en appelle aux "plumes" pour nous concocter un texte qui pourrait être diffusé largement.
Je ne sais si mon idée est bonne, mais en ce moment, nous sommes tellement dans le brouillard et le découragement que je ne vois rien d'autre.
Cordialement

Daniel Calin
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Re: Suppression des RASED

Message par Daniel Calin » 01 mars 2009 14:38

Je réponds ici à vercar, mais peut-être pas vraiment à sa demande...

Le message auquel se référait vercar est celui-ci : Enseignants ordinaires et enseignants spécialisés (plutôt vers la fin).

Je fais une lecture moins pessimiste que celle de Pascal de la note de service qu'il évoque. Voir ICI. D'abord, justement, ce texte abandonne toute référence à la notion de "sédentarisation" - et la réflexion de Pascal montre bien à quel point ce n'est pas anodin. Seule subsiste la notion de "maîtres surnuméraires", qui n'a certes pas les mêmes connotations. On ne pouvait quand même pas s'attendre à ce que le SNUipp, manifestement le négociateur réel de ce texte, se batte pour éliminer cette expression, non ? :wink: Cela doit être le prix à payer pour le retour à la cogestion syndicalo-ministérielle de l'Education Nationale...

L'intitulé de cette note de service est : Missions des maîtres spécialisés affectés à un RASED exerçant leurs missions dans une ou deux écoles. Une telle modalité d'exercice entre bel et bien dans les possibilités offertes par la circulaire de 2002 : dans leur pilotage des RASED, les IEN ont bien la charge de définir des priorités. Ils ne s'en privent pas. Il est déjà très fréquent que des maîtres spécialisés, de fait, "exercent leurs missions dans une ou deux écoles". Et ce n'est pas choquant en soi : les écoles n'ont pas des publics équivalents ! C'est d'ailleurs la critique la plus évidente à faire à "l'aide personnalisée" à la sauce Darcos, qui ne tient absolument pas compte de cette diversité, puisque le "volume horaire" de cette aide dépend uniquement du nombre d'enseignants !!!

Même l'affectation administrative des maîtres des RASED sur une école est une pratique très courante. Note de service nulle et non avenue, donc, dont la seule fonction est de continuer à vaguement masquer le recul de Darcos. On peut même y voir une avancée, puisqu'elle offre aux "membres du RASED", sans précision donc sans limitation, la possibilité de "prendre en charge individuellement un élève" ! :) Savoureux, non ? Emparez-vous de ce texte, camarades !

Autrement, voici un florilège d'extraits de textes précédents qui peut répondre à la demande de vercar, non pas tant pour s'opposer à une sédentarisation qui n'est plus vraiment de saison, que pour défendre les principes généraux des RASED :

Dans Pour les RASED (en conclusion) :
Daniel Calin a écrit :La suite ressasse ce qui a déjà été dit, en particulier en tentant à nouveau de vendre « les 2 heures de soutien hebdomadaires aux élèves en difficulté » comme universelle panacée pour les mômes en déroute. On souligne à nouveau le « hors du temps scolaire », fabuleuse baguette magique qui revient à espérer sortir les mômes de leur échec en les privant de récré, fallait y penser(6) ! Puis l’on met en avant la « réponse directe », ce qui revient à présenter comme un avantage ce qui est en réalité le plus incontestable désastre dans cette entreprise de démolition, à savoir la disparition de la seule instance de médiation entre l’enfant en difficulté et le maître qui constate ses difficultés, entre l’enfant en difficulté et sa famille que ses difficultés met en souffrance, entre l’enfant en difficulté et les savoirs qu’il ne parvient pas à ingurgiter même si son maître lui repasse le plateau avec la plus grande patience du monde, sur le temps scolaire comme hors temps scolaire. Mais peut-on demander à la petite mafia neuilléenne qui nous gouverne de comprendre une notion aussi subtile que celle de « fonction de médiation », qui est pourtant la plus forte raison d’être des RASED ?

Détruire les RASED, c’est supprimer cette précieuse fonction de médiation. C’est laisser les enfants subir à bout portant leur échec. C’est laisser les familles subir à bout portant l’échec de leur enfant. C’est laisser les maîtres subir à bout portant leur échec face à certains enfants.
Dans Quelle place pour les psychopédagogues dans un service de soins ? :
Daniel Calin a écrit :Rien ne garantit que le détour psychothérapeutique suffise à lui seul à dénouer ce qui entravait l’enfant dans sa scolarisation, même si cela arrive parfois. Souvent, il faudra aussi, en parallèle aux soins psychiques ou après les soins psychiques, travailler à retisser le lien au scolaire, dans un cadre encore suffisamment préoccupé par l’intériorité de l’enfant pour accompagner directement ce réinvestissement des objets scolaires. Un psychothérapeute, en principe, vise à rétablir un bien-être psychique suffisant. Un psychopédagogue vise, lui, à aider l’enfant à remettre ses habits d’élève, ou à les accepter enfin. Et cette acceptation de “l’être élève” n’est certainement pas un conséquence naturelle du bien-être intérieur : même pour les enfants les plus épanouis, l’école suppose un effort sur soi, voire représente une corvée ! Un élève qui ne se réjouit pas de l’absence du maître est un bien étrange enfant...
Dans un message que je viens de poster sur un autre fil de discussion :
Daniel Calin a écrit :La clef des débats de fond, à mes yeux, c'est une réflexion sur les causes de la grande difficulté scolaire. L'idéologie qui domine chez les enseignants, et plus encore chez les enseignants spécialisés des SEGPA, c'est que ces causes sont socio-culturelles. Je suis persuadé pour ma part que les difficultés socio-culturelles ne suffisent presque jamais à expliquer la grande difficulté scolaire, qui inclut presque toujours des causes plus "personnelles", soit bio-neurologiques, soit psycho-familiales, soit les deux. Tant que le sociologisme dominera les représentations des enseignants des SEGPA, ils creuseront eux-mêmes leur propre tombe, comme l'ont fait avant eux les instituteurs et institutrices des classes de perfectionnement - parce que ce sociologisme tend à valider l'égalitarisme républicain le plus borné. La position que je défends supposerait aussi, évidemment, une articulation entre les SEGPA et les centres de soins (et de soins psychiques en particulier), qui n'existe pas institutionnellement, et dont l'idée même suffit à générer de grandes réticences parmi les enseignants des SEGPA, comme c'était le cas déjà des enseignants des classes de perfectionnement...
Enfin (et surtout), je renvoie à un de mes articles que la Revue Sociologie et Santé vient de publier : Les RASED et le mouvement psychopédagogique.
Cordialement,
Daniel Calin

vercar
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Re: Suppression des RASED

Message par vercar » 01 mars 2009 14:48

Merci, Daniel pour votre réponse.
Cependant, il y aura bien des sédentarisations et pas seulement des "surnuméraires", mais ces sédentarisations n'ont pas encore été définies dans un texte.
Ces postes sédentarisés seront estampillés: poste fléché RASED (comme il existe des postes fléchés en langue.), et ils passeront au mouvement.
Au final, il y aura donc bien des sédentarisés et des surnuméraires.
Cordialement

Daniel Calin
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Re: Suppression des RASED

Message par Daniel Calin » 01 mars 2009 14:55

Exact. Mais cette "sédentarisation"-là est une pure escroquerie, comme je l'ai déjà écrit dans ce fil de discussion : en réalité, il s'agit bel et bien de suppressions de postes. Point barre. Et retour au vrai problème, qui est la justification générale des RASED...
Cordialement,
Daniel Calin

vercar
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Re: Suppression des RASED

Message par vercar » 01 mars 2009 17:01

D'où ma première demande !!
Pourriez-vous nous "concocter" un texte maître ordinaire /maître spécialisé que l'on pourrait diffuser au plus grand nombre ?
En effet, en ce moment, le sort des RASED est scellé médiatiquement, mais nous ne sommes pas encore morts (quoique ! :twisted: ), et il faut encore mordre et attaquer.
Ma requête vous semble peut-être un peu "osée", mais je pense que l'idée que vous avez développée dans ce texte de 2007 pourrait être intéressante à divulguer pour enfin faire comprendre aux médias et aux citoyens notre spécificité.
Que va-t-il se passer si un maître spécialisé reprend une classe ? (du point de vue de tous les élèves et de lui-même ?)
D'aucuns pensent que ce sera la panacée : un maître spé pour une classe complète ! Quelle avancée !
C'est à cette idée qu'il faudrait tordre le cou une bonne foi pour toute.
Je m'excuse d'être si "demandeuse", mais il me semble qu'aujourd'hui, il faut faire vite et je pense que vous êtes un de ceux qui peuvent nous aider dans le maniement des concepts.
Cordialement

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