Discussions ministérielles

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Gwenleguevel
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Re: Discussions ministérielles

Message par Gwenleguevel » 12 mai 2014 23:38

Ah... les syndicats c'est moins caca quand ça peut donner des infos. Mais je ne suis pas du tout rancunier et j'aime le débat et les désaccords respectueux, c'est comme ça qu'on avance. D'ailleurs, remarque très personnelle, j'ai trouvé lors de mes premiers pas au ministère que ces réunions étaient très policées. Que de précautions oratoires et de tournages autour du pot! On ferait mieux de formuler clairement les désaccords, ça pourrait nous éviter par la suite les approximations et les procès d'intentions.

Bref, j'étais bien au ministère le 7 mai (pendant mes vacances) et je ne pouvais pas ne pas réagir au compte-rendu de l'entretien de Lamar avec son ami de FO.
Une telle manoeuvre électorale, c'est tellement gros...
"tous les autres syndicats sont d'accords, entre eux d'une part et avec le ministère d'autre part pour faire disparaitre la S.E.G.P.A." Ben voyons, Il faut oser...

Je vous laisserai le loisir de consulter les versions de chaque syndicat mais pour moi les choses sont assez claires. Je ferais trois groupes: 1) FO, CGT, FSU, SNALC, qui se sont positionnés clairement pour "le maintien de la structure". Pas toujours avec les mêmes arguments (SNALC) mais avec cette idée commune exprimée par FO dans son compte-rendu: "A chaque difficulté sa structure". Ce qui s'inscrit dans une tradition, une culture de l'externalisation de la difficulté scolaire (voir notre diagnostic plus loin). 2) SUD qui regrette l'aspect trop ségrégatif des SEGPA et souhaite en améliorer le fonctionnement mais en attendant une vraie réforme du collège. Leur position est bien exposée sur un de leur site (et intéressante sur la suite et ce qu'on leur propose après la SEGPA), le lien a déjà été donné plus haut. Je comprend bien leur peur légitime d'une dilution de moyens mais ce que je n'ai pas saisi, c'est ce qu'ils proposent concrètement pour rendre la structure plus inclusive. 3) l'UNSA et la CFDT qui dénoncent une situation bien trop normative, sélective et élitiste tout en ayant bien conscience que certains collèges ne sont pas prêts à prendre en charge des situations de grande difficulté. La refondation du collège est donc indissociable de notre sujet. Etant entendu qu'on souhaiterait plus que le collège se rapproche du fonctionnement de certaines SEGPA (vous noterez là aussi le "certaines") que l'inverse (mais là c'est le SNES qu'il faudrait convaincre). Nous sommes donc pour accompagner et analyser des expérimentations avec des équipes volontaires (certaines débutent à la rentrée mais on peut en imaginer d'autres) ce qui n'est malheureusement pas une habitude dans notre pays.

Voilà, je ne vais pas m'étendre sur les positions des autres (je risquerais d'être un brin subjectif ;-) et vais plutôt vous livrer le diagnostic que nos avions préparé pour ce groupe de travail.
Allez, si un dernier tacle pour FO, quand même: déclarer lors de la première réunion qu'on a toujours été opposés aux circulaires de 2006 et 2009 (en faisant référence à 1974) et se plaindre, lors de la deuxième, du fait que "les circulaires de 2006 et 2009 ne sont pas respectées"... Pas bien rigoureux tout ça. Moi je veux bien avoir tous les débats possibles sur l'aspect plutôt protecteur ou plutôt ségrégatif d'une structure mais pas comme ça, pas n'importe comment, en disant tout et son contraire, juste pour donner l'impression d'être les plus virulents et les plus opposés.


Les chiffres correspondent à des notes de bas de page, si vous souhaitez obtenir plus de références.

"Notre diagnostic se base à la fois sur des constats et connaissances issus de travaux de chercheurs, d'études et statistiques de l'INSEE, du CERC, de l'OCDE, et d'observations dans les classes résumés ci-dessous.

En premier lieu, constatons que la SEGPA est composée à 73%, en moyenne, de CSP défavorisées. Les autres CSP choisissent d'autres voies pour leurs enfants en situation de grande difficulté. On trouve ce chiffre dans le rapport Delaubier-Saurat sur « le traitement de la grande difficulté scolaire au cours de la scolarité obligatoire ». Un rapport rédigé à plusieurs mains après deux ans d'observations et de consultations de terrain. Quelques constats les plus éloquents : les élèves de SEGPA sont ceux qui font le plus de kilomètres, éloignés dès la 6ème de leurs camarades de l'école primaire. Les inclusions sont très rares et vont plutôt dans l'autre sens (ULIS vers SEGPA). Les ambitions sont limitées. Dans de nombreux endroits, « le principal est obligé de persuader un enseignant nouvellement arrivé de prendre en charge ce public ». Et enfin ce paradoxe : les élèves les plus « abîmés » par l'école sont ceux à qui l'on demande le plus tôt de choisir une orientation (qui plus est, entre deux champs professionnels imposés).

L'étude PISA de 2013 nous amène au deuxième constat  : le système éducatif français est un des plus anxiogènes et des plus inégalitaires. Des pistes sont proposées à partir de ce qui se fait dans d'autres pays pour une meilleure justice sociale : retarder le plus possible la fonction sélective de l'école et cette idée, difficile à admettre dans notre système, qu'il n'y a pas besoin de sacrifier l'excellence au nom de l'égalité. Autrement dit, les fonctionnements coopératifs, inclusifs et plus individualisés n'abaissent pas le niveau des meilleurs pour privilégier les plus faibles mais au contraire ils élèvent le niveau de tous.

Dernier constat : nous ne pouvons nous satisfaire de l'état actuel de l'insertion professionnelle des élèves sortant de SEGPA. Un suivi d'élèves dans le rapport de l’Inspection Générale indique que seulement 35% des élèves sont dans une situation satisfaisante (emploi ou poursuite d'études) trois ans après leur sortie de SEGPA. En 2008, un rapport du CERC constate que « plus d’un élève sur deux sort sans qualification » et que « le système éducatif ne parvient pas à compenser les handicaps environnementaux au contraire, il tend à les renforcer ». Les chiffres de l'INSEE concernant le décrochage scolaire viennent malheureusement corroborer ces observations. Cette étude montre que 70% des élèves entrés en sixième en 1995 et qui sont passés à un moment de leur cursus par une SEGPA ont décroché à un moment de leur scolarité (60% en CAP, 40% dès le collège). A cet égard, il serait souhaitable que le suivi des élèves trois ans après leur sortie de collège soit fait de manière plus rigoureuse et systématique afin que nous disposions d'éléments encore plus précis (Mr Delaubier a reconnu lors de la réunion qu'il avait été difficile de trouver des données tellement le suivi était peu assuré, ndla).

Bon nombre de recherches en sociologie et en science de l'éducation viennent appuyer les constats précédents :

Des recherches sur l’homogénéité et les groupes de niveau : M. Duru-Bellat, B. Suchaut, A. Van Zanten, entre autres, en ont démontré les effets pervers. Effets d'étiquetage, prophéties auto-réalisatrices, ambitions à la baisse, effets pédagogiques comme la parcellisation et la répétition des tâches, entre-soi (effets négatifs sur la socialisation et l'intégration dans le système social et politique). Ils rejoignent tous cette préconisation de B. Suchaut : « la prise en compte de l’hétérogénéité dans la gestion de la classe devrait être une constante de l’acte pédagogique : il y aura toujours des élèves forts, moyens et faibles, des élèves aux aptitudes variées, des élèves appartenant à des milieux familiaux qui entretiennent une plus ou moins grande proximité avec l’école; tout est en fait une question de degré dans cette hétérogénéité et surtout de capacité à l’accepter et à la gérer au quotidien ». De plus : comment apprendre à vivre ensemble sans vivre ensemble ? En matière d'instruction autant qu'en matière d'éducation, nous revendiquons l'hétérogénéité et la mixité sociale. L'objectif n'étant pas d'homogénéiser les niveaux mais de tous les faire progresser. Ainsi le monitorat, la coopération, le tutorat entre pairs devraient être pratiqués beaucoup plus systématiquement. Les élèves moniteurs augmentent ainsi leur niveau de maîtrise d'une compétence puisqu'ils ont à l'enseigner et les élèves bénéficiant de cet enseignement apprennent et travaillent avec un pair.

Les études sur la reproduction sociale, comme celle de C. Peugny, 50 ans après Bourdieu-Passeron, aboutissent aux mêmes conclusions : « Une école moins scolaire, c'est-à-dire qui évalue et classe plus tard et transforme ses pratiques pédagogiques, semble plus efficace du point de vue de la réduction des inégalités entre faibles et forts ». Une mesure à laquelle C. Peugny ajouterait un dispositif universel d'accès à la formation tout au long de la vie (comme le système de bons mensuels de formation danois, utilisables par les salariés lorsqu'ils souhaitent progresser ou se reconvertir) afin de remettre en service l'ascenseur social.

Le passage à l'éducation de masse et à la prolongation de la scolarité, universellement considérés comme nécessaires, n'ont pas pris en compte la nécessité d'une formation professionnelle, initiale et continuée qui tiendrait compte des nouvelles populations scolaires. Ce sont pourtant les avancées considérables des sciences de l'éducation qui rendaient possible une aussi importante mutation. Ce déficit de professionnalisation a conduit au paradoxe de la "fabrication de l'échec scolaire" par les acteurs même du système éducatif, processus décrit par Philippe Perrenoud qu'il importe de prendre en compte dans toute tentative de re-médiation afin de tarir une partie des sources de l'échec.

C'est donc notre culture de l'externalisation de la difficulté scolaire qui est en cause. La médicalisation et la psychologisation de l'échec scolaire en sont les symptômes les plus visibles actuellement. Cette révolution culturelle a pris un nouvel essor en 2005. Elle nous fait passer d'une logique d'intégration à une logique d'inclusion. « L’intégration visant à trouver le meilleur placement pour un élève en situation de handicap ou en difficulté en prenant pour acquis que le problème réside en lui, tandis que l’inclusion, du moins en théorie, vise à questionner et repenser l’ensemble des structures d’accueil afin que tous les élèves se retrouvent dans des conditions optimales d’apprentissage et de reconnaissance ». Il convient maintenant de traduire en actes cette évolution. L'école pour tous est encore à construire. Pour ce faire nous proposons donc de passer de l'externalisation à la personnalisation dont Sylvain Connac donne la définition suivante : « Permettre la personnalisation des apprentissages, c'est adapter au plus près ses choix pédagogiques aux caractéristiques de la personne humaine que représente un élève. Ce n'est renoncer ni aux situations collectives en classe, ni à un rapport intense aux savoirs scolaires. C'est la raison principale pour laquelle personnaliser les apprentissages consiste à trouver un équilibre, à chaque fois propre à chacun, entre des moments de travail individuel, des situations d'aide et d'entraide et des occasions où le groupe entier se concentre sur une activité partagée ».

Ce diagnostic ne remet pas en cause l'investissement et le travail des enseignants spécialisés, PE, PLC, et PLP dans ces structures. Des enseignants spécialisés ont acquis des compétences (évoquées dans le rapport Delaubier-Saurat cité ci-dessus) qui constituent une richesse dont le collège pourrait encore mieux tirer profit. Nous proposons donc d'expérimenter, avec des équipes volontaires, le passage de sections actuelles à des dispositifs de personnalisation des parcours qui pourraient profiter à tous les élèves en situation d'échec (passagère ou persistante) ainsi qu'aux enfants précoces (ce qui présente aussi un intérêt en terme de mixité et de coopération). En effet, les collégiens scolarisés en SEGPA représentent 3 % alors que les jeunes en situation d'échec grave à l'issue de la scolarité obligatoire représentent 7 à 12 % selon les indicateurs choisis. La grande difficulté (devrait concerner) concerne tout le monde. Et le collège devrait être son propre recours, pas les officines privées de cours particuliers, dont nos élèves ne profitent pas."



Voici le travail que nous avions fait mais nous n'avons pas pu développer. Certains préférant perdre notre temps en déclarations préalables et autres postures idéologiques. Mais chacun sa stratégie syndicale et/ou électorale. Voilà qui mériterait un sujet de forum à lui tout seul.

Gwenael LE GUEVEL

Ps : pour continuer le diagnostic il y a aussi ça qui est à voir : http://nemesistv.info/video/S5HG1D6X46X ... ent-si-peu
"Ceux qui possèdent si peu" repasse à 21h sur TV5 monde mercredi soir.
http://www.franceinfo.fr/education-jeun ... 2012-01-30

Capash 94
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Re: Discussions ministérielles

Message par Capash 94 » 12 mai 2014 23:49

Le groupe de travail n'était pas supposé poser la question des 6ème ? C'était pourtant l'objet de la réunion. ..

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Re: Discussions ministérielles

Message par katow2005 » 13 mai 2014 00:39

@ Gwenleguevel

J'ignore quel est ton degré de participation à ce boulot mais chapeau : je partage et je signe l'ensemble du texte.

Ouvrir des expérimentations ambitieuses (tiens ça me rappelle notre discussion sur le nimby...): OUI !!!! Et je me porte volontaire même en abandonnant les Hcs !!!

Tendre vers ce qui se fait de mieux en s'appuyant sur les mouvements pédagogiques les plus actifs, sur l'excellence de nos chercheurs en Sciences de l'educ (que les labos étrangers débauchent...), et même sur ceux comme CONNAC qui ont prouvé leur brio sur le terrain et dans les recherches : OUI !!!!!! (mais demande-lui si l'institution souhaite bosser avec un OVNI de son genre, moi je connais la réponse...).

Bref je le répète : je partage l'ensemble de votre travail...
J'ajoute même que je rêve qu'on avance vers les pistes que vous proposez : un système éducatif inclusif-coopératif-personnalisé-bienveillant

Mais je ne peux pas m'empêcher de penser qu'en cette période austère, cet excellent constat (à mes yeux) sera uniquement utilisé pour dissoudre la SEGPA existante et pour bricoler une solution moins coûteuse qui s'avèrera encore moins efficace pour donner quelque chose à "ceux qui possèdent si peu"...

Pour ceux qui n'ont pas encore vu ce reportage (qui commence à dater) : à voir absolument!
Mais on pourrait aussi faire un reportage qui retrace certaines magnifiques réussites d'élèves passés par la SEGPA...

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Re: Discussions ministérielles

Message par katow2005 » 13 mai 2014 00:51

@ Gwen

Quand même une note d'espoir...

http://www.cafepedagogique.net/lexpress ... 30131.aspx

Tesla52
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Re: Discussions ministérielles

Message par Tesla52 » 13 mai 2014 08:51

Gwenleguevel a écrit :Ah... les syndicats c'est moins caca quand ça peut donner des infos
Justement, on en attend encore...
Pour l'instant, à part un exposé bien redondant (j'adore vos références à la recherche toutes les deux lignes :lol: ), et qui au final ne propose pas grand chose -"équipes volontaires", "personnalisation des parcours"- autant de clichés à l'emporte-pièce inventés pour les BO, on se demande encore ce qui s'est passé et dit dans cette fameuse réunion, et plus particulièrement si le ministère a fait des propositions concernant la 6ème...

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Re: Discussions ministérielles

Message par Tesla52 » 13 mai 2014 10:55

http://www.snuipp.fr/IMG/pdf/cpte_rendu ... _segpa.pdf
Communiqué par le SNUIPP et concernant la réunion du 7 mai dernier....

http://www.snuipp.fr/IMG/pdf/PDF_10_juin_SEGPA.pdf
Info qui rejoint le bulletin du SNUIPP49...

A première vue, après lecture rapide, les scénarios catastrophiques évoqués ici et là ne semblent pas encore dessinés :

"La conclusion de ce premier groupe de travail est que la SEGPA est essentielle dans le
collège et que sa structure ne peut être remise en cause et se transformer en dispositif..."


On ne sait pas qui conclut ici, est-ce la position du SNUIPP ou une position partagée avec le ministère, mais les options défendues par le SNUIPP -

"quand les moyens qui y sont consacrés s'inscrivent dans une cohérence départementale maintenant les 4 niveaux d'enseignement" -

me paraissent plus rassurantes que celles du SGEN plus particulièrement ...

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Re: Discussions ministérielles

Message par segpapa » 13 mai 2014 16:14

Merci pour tes recherches.

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Re: Discussions ministérielles

Message par Fred Gabiot » 13 mai 2014 17:18

"Ah... les syndicats c'est moins caca quand ça peut donner des infos"

Vous êtes nos représentants, élus par nous. Il est de votre devoir de nous donner ces infos. Nous obliger à en quémander est déjà un manque de respect vis à vis de votre électorat.
Le pire, c'est que les différents retours qu'on a glanés sont tellement flou qu'on a du mal à se faire une idée des propositions du MEN. A croire que cette réunion n'a servi à rien.

Sarri
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Re: Discussions ministérielles

Message par Sarri » 13 mai 2014 23:21

Le constat du Sgen est très intéressant, c'est un très bon exposé de sciences de l'Educ. On y rêve d'un monde meilleur, on y travaille avec plein de gens gentils, des élèves surmotivés, des familles investies, des profs apaisés, une hiérarchie pleine de compréhension et soucieuse du bien être de chacun... Mais dans la vraie vie, celle de notre quotidien, celle du collège de 2014, nous sommes quand même à des années lumières de tout ça. Et c'est bien parce que notre réalité est à des années lumières du collège idéal et rêvé par le SGEN où les élèves ont un parcours personnalisé et sont parfaitement intégrés, que nous, PE spécialisés, avons notre raison d'être. Des évolutions sont sans doute nécessaires, nous nous devons sans doute de "tendre vers..." mais je crains qu'avec ce type de discours les mesures prises soient "un peu" décalées et déconnectées des difficultés rencontrées sur le terrain.
Du coup, je m'interroge sur le rôle que doit tenir un syndicat enseignant dans ce type de réunion. Faire un exposé de bonnes intentions pédagogiques ou bien présenter les difficultés rencontrées par les personnels dans leur travail ? Je m'étonne que la conclusion de l'exposé du sgen commence par : "Ce diagnostic ne remet pas en cause l'investissement et le travail des enseignants spécialisés, PE, PLC, et PLP dans ces structures". Cette phrase me met très mal à l'aise, on peut la traduire par : "je viens de vous descendre au lance-flamme mais j'essaie de rattraper le coup en vous passant un peu de biafine dans le dos..."
Peut-être que je me trompe... en tout cas j'aimerais bien...

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Re: Discussions ministérielles

Message par Tesla52 » 14 mai 2014 10:49

Toujours pas d'infos sur cette réunion du 7 mai 2014 du côté de l'UNSA, ça serait pourtant intéressant d'avoir leur compte-rendu...

Gwenleguevel
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Re: Discussions ministérielles

Message par Gwenleguevel » 14 mai 2014 12:53

Quelques précisions:

@Fred: et bien c'est un peu plus compliqué que cela. Pour l'info: chaque syndicat fait son communiqué que vous pouvez trouver en ligne. De plus, nous avons tous des mails et des numéros de téléphone pour qu'on puisse nous joindre. Ils ne sont pas secrets (pour le sgen en tout cas). Alors je ne vais pas faire le tour des forums et des réseaux sociaux pour informer tous les collègues! Je suis déchargé de 6h mais j'ai encore des cours à faire.
De plus, il y a une autre donnée: je ne sais pas comment fonctionnent les autres syndicats, mais à la CFDT, nous fonctionnons essentiellement grâce aux adhésions que les adhérents payent. Et lorsque je me rends au ministère pour un groupe de travail, je n'y vais pas en mon nom pour raconter ce qui se passe dans ma SEGPA ou pour soit-disant porter les revendications des 7000 collègues j'y vais avec un mandat de mon syndicat. Nous travaillons sur le sujet depuis longtemps, au sein de groupes de travail du sgen, syndicat général (nous les appelons "conseils de secteur" avec CPE, chef, d'éatblissements, PE, PE spécialisé, PLP, PLC) il en ressort par exemple le diagnostic que je vous ai transmis. Ensuite libre à chacun de rejoindre notre syndicat et/ou de voter pour nous si ce travail lui convient.
D'ailleurs, j'aurais effectivement du vous raconter le déroulement de cette deuxième rencontre pour que ce soit plus clair mais il me semblait que le titre l'était (construction d'un diagnostic partagé). Le ministère n'y a présenté aucune proposition. Ce sera pour les trois réunions suivantes (et nous viendrons avec les notres).
Nous avons commencé par des déclarations préalables chronophages et redondantes avec ce que nous avions dit lors de la première réunion. Ensuite, Mr Delaubier nous a présenté un powerpoint résumant le rapport sur le traitement de la grande difficulté (le diagnostic du ministère en quelque sorte) pendant une demi-heure. S'en sont suivies des interventions de chaque syndicat. FO a lu les déclarations que vous pouvez trouver plus haut (j'ai bien aimé le "nous pourrions analyser autrement les données statistiques de votre rapport" à Mr Delaubier. Nous pourrions mais nous ne le faisons pas! Devant lui, ils n'ont pas formulé une seule analyse interprétant différemment les chiffres fournis dans le rapport...) . La FSU est intervenue plusieurs fois (Snuipp, SNES, SNUEP) parce que c'est eux qui ont la plus grosse, et les autres sont intervenus une ou deux fois. Chacun pour demander des précisions, pour commenter ou pour ajouter des éléments de diagnostic (mais très peu car le rapport est très complet). J'essaie d'ailleurs de me procurer ce powerpoint très intéressant qui contenait des chiffres assez parlants.
Voilà, nous avons donc terminé cette rencontre (effectivement pas hyper utile) en étant d'accord que le diagnostic n'était pas partagé par tous. Les positions se répartissant comme je l'ai indiqué plus haut. Diagnostic commun FO/CGT/FSU, SUD que je mettrais un peu à part et UNSA-CFDT (je laisse le SNALC de côté mais ils défendent à l'arrivée la même chose que FO/CGT/FSU: le statu quo, voire le retour en arrière pour FO).

@Sarri: je comprends ce que tu as ressenti en lisant cette phrase. Elle n'est pas là pour passer de la pommade mais pour bien faire une distinction entre l'investissement et la bonne volonté des (de certains) collègues et les dysfonctionnements liés à la nature de la structure. Autrement dit, on peut faire très bien son métier dans un système qui dysfonctionne. C'est, pour ma part, le sentiment que j'ai en SEGPA depuis pas mal d'années. Je l'ai déjà dit, dans ma SEGPA je pratique une pédagogie Institutionnelle (pidapi, conseils de vie, travail par compétences) et bienveillante (j'essaie en tout cas) nous faisons tout pour faire des projets communs avec le collège et nous nous entendons bien entre PE/PLC et PLP MAIS MAIS MAIS les effets d'étiquetage restent toujours les plus fort (ce que décrivait medseg rapidement). Dur d'apprendre à vivre ensemble sans vivre ensemble.
Or, nous nous sommes rendus compte que lorsque nous parlions de structure ségrégative, certains pouvaient le prendre mal et se sentir attaqués comme étant les acteurs de cette ségrégation alors qu'ils s'efforcent de faire le contraire tous les jours dans leur SEGPA. J'espère être clair.

Sur les sciences de l'éducation, il n'y a pas que cela pour nous fournir un regard décentré sur nos pratiques. Il y a aussi la socio, la psycho, mais je vais arrêter là parce que je sens déjà poindre les procès en bisounourserie et autre oui-ouitisme sur le forum des calinoux ;-)
Et je suis à l'écoute. Qu'on me montre en quoi la SEGPA est une voie de réussite et protège contre ce monde cruel du collège que tu décris bien. Le snuipp a essayé de nous enfumer lors de la première réunion en annonçant 75% de réussite au CAP après la SEGPA mais ils n'ont bizarrement pas ressorti ce chiffre lors de l'échange avec Mr Delaubier... Un chiffre qu'ils avaient du trouver ici: http://www2.ac-lyon.fr/etab/ien/rhone/a ... 2013-2.pdf
Mais il ne me convainc pas du tout puisqu'au contraire, il montre que les élèves issus de troisième ordinaire réussissent mieux. Et si on regarde le détail les 75% représentent un % des présents. Le pourcentage des inscrits est plus révélateur, et encore, il ne tient pas compte des abandons en cours de route (exemple rapide: dans l'EREA de mon département, les élèves étaient 12 en début d'année en CAP menuiserie 2ème année, ils sont 3 aujourd'hui...). A naïf, naïf et demi...

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Re: Discussions ministérielles

Message par Tesla52 » 14 mai 2014 13:51

Gwenleguevel a écrit :La FSU est intervenue plusieurs fois (Snuipp, SNES, SNUEP) parce que c'est eux qui ont la plus grosse
Gwenleguevel a écrit :Ah... les syndicats c'est moins caca
Attention au surmenage, la petite régression n'est pas loin :wink:

Mais au moins, on est rassuré:
Gwenleguevel a écrit : je ne sais pas comment fonctionnent les autres syndicats, mais à la CFDT, nous fonctionnons essentiellement grâce aux adhésions que les adhérents payent
Franchement, qui en doutait? :lol:

Lamar
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Re: Discussions ministérielles

Message par Lamar » 14 mai 2014 14:10

Tout d'abord merci à Gwenleguevel pour ses interventions, c'est toujours intéressant, même si l'on n'est pas d'accord avec lui et c'est courageux, parce que globalement nous sommes assez dubitatifs sur les syndicats en général et sur les positions défendues par le sien en particulier. Donc, vraiment merci.

Je précise que ce que je rapporte de FO (hormis le communiqué officiel) est mon interprétation et ma compréhension des positions de ce syndicat et que cela peut ne pas correspondre à sa position réelle. Le procès en "sorcellerie" qui lui est fait régulièrement par les autres syndicats est classique, mais je préfère un syndicat qui défend ses adhérents qu'un syndicat qui fait de la co-gestion (tiens, encore une accusation classique, désolé). Je ne vise personne en particulier.

J'avoue avoir lu en diagonale la prose de Gwen (je me permets ce raccourci, ton pseudo fait ressortir ma dyslexie claviérique, désolé), mais une pensée m'est venue, en attendant de tous relire à tête reposée : les élèves de S.E.G.P.A. rencontrent des difficultés d'insertion à leur sortie de la structure, mais qu'en serait-il de ces élèves s'ils n'étaient pas passés par la S.E.G.P.A. ? On ne le saura jamais, mais peut-être existe-t-il une étude sur le devenir des 5% d'élèves les plus en difficulté au collège ? Ce serait intéressant de comparer tout ça.

Edmond Kober
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Re: Discussions ministérielles

Message par Edmond Kober » 14 mai 2014 22:07

Qu'on me montre en quoi la SEGPA est une voie de réussite et protège contre ce monde cruel du collège que tu décris bien
La SEGPA n'est pas une voie de réussite. C'est la raison pour laquelle il faut la diluer, l'éliminer, et inclure les mômes de SEGPA dans les classes du collège. Noyés dans des classes à 30, c'est certain, ils seront bien plus en situation de réussite.

S'il y a ségrégation, elle fonctionne aussi dans l'autre sens, à savoir que des élèves du collège "ordinaire" aimeraient beaucoup bénéficier d'heures d'atelier.... mais c'est ballot, car depuis 2006, les élèves de SEGPA ne disposent plus de cet avantage.

S'il y a un prochain congrès de la CFDT, je postule pour animer un atelier-débat autour de la SEGPA et sur tous les renoncements et régressions qui sont tous présentés comme des "réformes". Ce n'est pas que rhétorique, sachant que je ne dispose pas de décharge pour me documenter.

Depuis septembre 1985, je suis en SES / SEGPA. J'ai donc une certaine longueur en bouche. Je précise, je suis PLP, donc un personnel rendu eunuque et inutile suite à l'abandon depuis 2006 de l’accès aux machine pour les élèves.

Sarri
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Re: Discussions ministérielles

Message par Sarri » 14 mai 2014 23:40

Gwenleguevel a écrit : Elle n'est pas là pour passer de la pommade mais pour bien faire une distinction entre l'investissement et la bonne volonté des (de certains) collègues et les dysfonctionnements liés à la nature de la structure. Autrement dit, on peut faire très bien son métier dans un système qui dysfonctionne.
J'espère que tu ne causes pas ainsi (je parle de la partie que j'ai soulignée en te citant) lorsque tu nous représentes... Cela vient confirmer mon premier ressenti. Nous sommes, nous les PE ordinaires, très clairement mis à l'index dans tes propos. Cela fait 15 ans que je bosse en SEGPA, je n'ai pas encore rencontré de PE non investis dans leur job, certains ont plus de difficultés que d'autres ,évidemment, mais tous, sans exception, mettent du coeur à l'ouvrage.
Ensuite, nous sommes tous convaincus de faire notre travail bien mieux que nos collègues de la salle d'à côté ou de l'établissement voisin, c'est sans doute humain, mais il suffit d'ouvrir parfois la porte de leurs classes pour s'apercevoir que ce n'est pas si simple! Etre convaincu de la qualité de son travail ne doit pas faire dénigrer celui des autres. A force de nous bourrer le crâne avec l'évaluation à tout bout de champ, l'EN nous fait dériver et nous en venons même à évaluer nos collègues... Nos propres syndicats doivent-ils tomber dans ce jeu de massacre???

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