ULIS pour élèves en danger d'exclusion ?

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pirçè
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ULIS pour élèves en danger d'exclusion ?

Message par pirçè » 10 févr. 2013 11:59

bonjour
je souhaiterais partager un sujet très délicat qui à chaque fois que je l'aborde me vaut les critiques des médecins, des psy, des enseignants référents, des profs et de mon chef d'établissement et bien sûr de l'inspection. Au mieux on me demande de me taire en reconnaissant les faits, au pire on m'accuse de mettre en doute les décisions intouchables et de droit commun de la toute puissante MDPH et de risquer un blâme.
C'est pourquoi j'ai réellement besoin de savoir combien sommes-nous à avoir dans nos effectifs d'ULIS des élèves qui sont normalement intelligents (preuves à l'appui) et qui souffrent uniquement d'avoir été petit à petit exclus du système scolaire car souffrant de TCC, de TOP, de TDHA ou simplement en grave échec scolaire. Ces élèves constituent un danger pour la vie d'un collège et en retour le collège avec ses exigences aggrave leur cas.
C'est un peu comme si on voulait soigner des personnes atteintes du sida avec des malades de la grippe.
L'erreur de diagnostic et ou d'orientation est-elle tabou dans l'éducation nationale ?
L'échec et le rejet scolaire est-il devenu un handicap à part entière ? L'adolescent en crise est-il forcément handicapé ? La nécessaire prise en compte du handicap est-elle compatible avec le collège pour tous et à tout prix ? Pour pallier le manque de place en ITEP et par soucis d'économie (un élève en ULIS coûte 6 à 10 fois moins cher qu'en institut), va-t-on continuer à orienter ces élèves en ULIS au risque de faire exploser tous les collèges ? Et surtout quand cessera cette omerta à tous les niveaux ? Cette année, sur 10 élèves, j'en ai 8 dont les capacités cognitives sont intactes et qui ont "atterri" en ULIS par défaut et après de nombreuses exclusions. En effet, l'ULIS apparaît de plus en plus en plus comme la structure permettant de se "refiler" entre collèges les élèves les plus perturbants car il nous est défendu de les exclure d'un dispositif d'inclusion !

Daniel Calin
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Re: ULIS pour élèves en danger d'exclusion ?

Message par Daniel Calin » 10 févr. 2013 12:47

À votre question : "L'échec et le rejet scolaire est-il devenu un handicap à part entière ?", la réponse institutionnelle est, malheureusement, OUI. D'ailleurs, l'orientation vers les ITEP qui vous semble préférable pour les élèves que vous évoquez passe réglementairement par la MDPH, aors même que cette orientation suppose bien chez ces élèves, comme chez ceux que vous évoquez, une intelligence et une personnalité dans les limites de la normale (pas de déficience intellectuelle ni de troubles sévères de la personnalité).

J'avais d'ailleurs été un des initiateurs, en 2007, d'une pétition qui protestait déjà contre cela : Les élèves en difficulté à l’école ne sont pas tous des enfants handicapés ! Pétition toujours en ligne, mais qui n'a jamais été entendue.

Le problème n'est pas vraiment nouveau. Il doit remonter à l'obligation scolaire et il a dû s'aggraver à chacun des ses prolongements (de 12 ans sous Jules Ferry à 14 ans en 1936 puis 16 ans en 1959). Notre système scolaire et, surtout, nos pratiques "pédagogiques" ordinaires n'ont jamais été capables de s'adapter aux élèves que vous évoquez (sauf chez une petite frange d'enseignants authentiquement pédagogues, quasi exclusivement dans le primaire). De ce fait, notre système n'a eu cesse de fabriquer des "classes de relégation" pour ces "réprouvés", en détournant des structures de leur fonction initiale. Les classes de perfectionnement, pour "arriérés" selon la loi de 1909, ont toujours été largement détournées de cette façon. Comme le sont très souvent, aujourd'hui, les CLIS, les ULIS et les SEGPA, voire certains IME.
Cordialement,
Daniel Calin

Francis
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Re: ULIS pour élèves en danger d'exclusion ?

Message par Francis » 10 févr. 2013 19:27

Et pourtant, rien que dans leur définition légale, il n'y a déjà pas de zone de plus grande hétérogénéité pédagogique que dans les CLIS et les ULIS 1 du système scolaire actuel.
Actuellement enseignant référent avec 2 ULIS 1 dans mon secteur, je crois pouvoir dire que nous (les ESS, les EPI, la CDA, les moyens du secteur médico-social et de l'éducation nationale) réussissons à proposer autre chose que l'ULIS à ces jeunes en risque comportemental, soit plutôt EGPA + SESSAD TCC qui se réalise encore assez facilement, scolarisation ordinaire avec soins CMP, CMPP ou SESSAD. Quelques jeunes extrêmement difficiles à scolariser partiront vers des dispositifs très spécifiques (SAS) gérés par des associations, l'éducation nationale coordonne aussi des projets dérogatoires avec peu d'école et des conventionnements de stages de découvertes professionnelles divers... en croisant les doigts pour qu'un jour le jeune accroche à quelque chose. Question de volonté, de pilotage, de moyens... Nos difficultés départementales sont ailleurs.
Toujours est-il, que ce soit en perfectionnement ou en CLIS, où j'ai exercé une vingtaine d'années, et en ULIS, que ces "cocktails" parfois rencontrés ne sont pas du tout judicieux, c'est peu dire.
N'oublions pas le sens du i de Clis et Ulis... Tes jeunes devraient pouvoir être inclus dans d'autres classes, à certains moments, dans certaines conditions. Et comme tu le dis, le collège ne peut pas "exclure" dans un dispositif d'inclusion, il se devrait au moins de jouer ce jeu-là.
Dans les temps reculés de l'AIS, il y avait une catégorie aujourd'hui disparue : le handicap social. Pas très correct sans doute !

Sarri
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Re: ULIS pour élèves en danger d'exclusion ?

Message par Sarri » 12 févr. 2013 12:59

L'orientation est un sujet extrêmement tabou. Les problèmes de l'orientation que nous rencontrons sont en train de détruire notre système. J'ai eu une grosse altercation avec mon IEN devant un parterre d'une cinquantaine d'enseignants de CM2 au sujet du pouvoir extrêmement important que l'on donne aux psychologues. J'ai prouvé par A + B à cet IEN que certains psy ne connaissent pas les textes : certains continuent de tuer dans l'oeuf des orientations en SEGPA car l'élève n'est pas assez déficient... Eh bien, l'IEN m'a demandé de me taire. Cela ne s'est pas très bien fini, mais c'est une autre histoire...

pirçè
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Re: ULIS pour élèves en danger d'exclusion ?

Message par pirçè » 12 févr. 2013 15:36

merci de vos témoignages
Merci Daniel, ne pourrait-on pas relancer cette pétition, puisque le problème n'est pas nouveau, Mr Peillon devrait y être sensible !
Malgré ces difficultés, l'absence de soutien de l'administration et l'incompréhension, on me demande de faire entrer ces élèves de force dans le moule.
On me demande de faire comme s'ils étaient des élèves comme les autres ! Bien entendu, non seulement cela ne marche pas, mais cela aggrave encore leur rejet et finalement l'exclusion, à force de faire des rapports d'exclusion, ils en viennent à me supplier de les exclure. Moi je passe immanquablement pour le prof sans autorité, nul, essayant encore le dialogue, l'apaisement plutôt que la régression (répression) systématique. Pour ces élèves en sursis, le collège est une souffrance.
Pour moi une mission impossible complètement déshumanisée .

Daniel Calin
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Re: ULIS pour élèves en danger d'exclusion ?

Message par Daniel Calin » 13 févr. 2013 10:51

La pétition est toujours en ligne, elle peut toujours être signée, je suis toujours en contact avec ses initiateurs... À vous de la faire connaître si vous le souhaitez. Pour ma part, il me semble très difficile de mobiliser sur cette question, tant une pseudo-médicalisation a envahi le champ de la difficulté scolaire... Cela arrange tant de monde... Quant à Peillon, je doute qu'il ait la moindre idée de la réalité de ces élèves...
Cordialement,
Daniel Calin

akila m
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Re: ULIS pour élèves en danger d'exclusion ?

Message par akila m » 13 févr. 2013 18:38

Pour Sarri : je ne suis pas très contente que vous ayez en tête qu'un pouvoir serait accordé aux psychologues. Ils ont le droit de donner leur avis sur le potentiel d'un enfant et leur rapport est lu par la CDOEA pour l'orientation en SEGPA. En aucune façon, ils n'ont pouvoir de décision. Si les membres de cette commission suivent leurs indications, c'est après réflexion et consultation entre eux. Pourquoi voulez-vous orienter en SEGPA un enfant qui montre qu'il a des aptitudes pour réussir à l'école dans un bilan ? Accepteriez-vous cette orientation pour vos enfants ? Il n'y a pas beaucoup d'enfants d'enseignants dans ces classes d'ailleurs. Nous avons la chance de pouvoir nous débrouiller pour "sauver" nos enfants lorsqu'ils sont en difficulté scolaire.

daniele
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Re: ULIS pour élèves en danger d'exclusion ?

Message par daniele » 14 févr. 2013 21:05

Je suis psychologue.
J'ai lu l'ensemble des messages de la rubrique, je suis souvent d'accord avec ce qui est dit, sinon je comprends qu'on puisse le penser ainsi.
À chacun ses combats, comment sais-tu que les enfants de ta classe d'ULIS ont un niveau correct ? Si tu as les QI, ce n'est pas normal et un enfant ne se réduit pas à ça.
À la fin de l'école primaire, nous n'avons pas le choix : IME, SEGPA, ULIS, la MDPH décide.
Avant le collège, si nous étions autorisés à faire de la psychologie et pas du chiffre et du constat, et si les enseignants étaient autorisés à se préoccuper en priorité des "problèmes" de l'enfant et ne pas y répondre par une AVS ou un ralentissement des programmes, je pense qu'on pourrait commencer à réfléchir autrement.
Finalement, s'il y avait de la place dans ce monde étriqué, de la place pour quoi, je ne saurais le définir, mais pour du "faire positif et libéré" en réponse "aux besoins particuliers" de ces enfants qui ne doivent pas être forcément considérés comme des handicapés, peut-être on pourrait commencer à réfléchir.
On case, on file une AVS et ça s'appelle un PPS !!! Et on envoie en ULIS, ces enfants qui ne peuvent pas aller ailleurs, ou en IME d'ailleurs parce que l'école libératrice n'est plus, j'ai toujours aimé ce terme, école libératrice.
Je suis d'accord avec ce qui est écrit plus haut, sauf sur "le niveau cognitif correct", personne ne se réduit à un fonctionnement cognitif correct !! Qui ne garantit d'ailleurs rien et surtout pas l'épanouissement. Il faut ignorer ce que mesurent les tests pour considérer que leurs résultats suffisent, les tests mesurent ce qu'ils sont censés mesurer et rien de plus, c'est-à-dire si peu finalement, ça les psychologues le savent !!! J'insiste !! Ce "preuve à l'appui", si cette preuve est un QI, l'ensemble du raisonnement est une erreur fondamentale !!! Accepter de recevoir les QI des enfants est une indélicatesse et une indécence.
Vrai que l'ULIS est une erreur dans ce qu'elle exige des inclusions, et de fait les enfants qui y sont ne peuvent supporter ces fameuses inclusions. En CLIS pareil, ils arrivent à peine qu'ils sont déjà intégrés dans les classes et évidemment sans que la psychologue que je suis et qui les a rencontrés ne soit consultée !! On nous reproche notre soi-disant pouvoir, nous ne contrôlons pas ce qui est fait en commission et nous sommes obligés de donner un Q. Par contre, quand il s'agit de faire ce que l'on nous reproche de ne pas faire, on ne nous demande rien !!!
N'empêche, je le redis, j'adhère au discours qui précède !!
La maîtresse de l'ULIS a mes QI et parlent d'enfants débiles et ne m'a jamais contactée pour parler des enfants qu'elle reçoit, ce faisant elle réduit ma fonction à un simple chiffre !

pirçè
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Re: ULIS pour élèves en danger d'exclusion ?

Message par pirçè » 15 févr. 2013 14:30

Merci daniele de tes remarques qui vont me permettre de préciser certaines choses pour te rassurer.
NON l'élève ne se réduit pas à un QI que tu es obligé de donner à la MDPH.
Les enseignants ont bien d'autres moyens de détecter des preuves des capacités cognitives de leurs élèves.
NON les enseignants ne se basent pas sur les conclusions d'un test pour savoir si un élève relève d'un IME ou d'un ITEP.
Quand je parle de preuves, c'est que mes élèves sont capables de suivre le programme de leur classe d'âge, alors même que leur retard scolaire est conséquent.
A-t-on besoin d'un test pour s'apercevoir que la personne qui est en face de vous est "normale" ? Les patrons qui les prennent en stage ne remarquent aucune difficulté et s'étonnent d'apprendre qu'ils sont en ULIS.
OUI les psychologues sont souvent pris pour cible et cela est profondément injuste.
OUI leur verdict et celui du médecin scolaire sont décisifs pour la MDPH.
Je fais le souhait que tous les partenaires se rapprochent pour dénoncer cette dérive que Daniel Calin a si justement vu venir depuis longtemps.
Car sinon, bientôt (et on l'a déjà entendu en ESS !!!), il faudra signaler un enfant à la MDPH si on veut le faire redoubler !§!
" les enfants en échec scolaire ne sont pas tous handicapés !"
Soutenons les psychologues qui refuserons de mettre un chiffre QI sur un enfant !
Soutenons les enseignants qui refuseront de mettre un socle commun sur le front de ces élèves qui ont bien d'autres qualités !

Francis
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Re: ULIS pour élèves en danger d'exclusion ?

Message par Francis » 16 févr. 2013 19:39

Désolé mais vos prises de positions me semblent un peu réductrices, pour ne pas dire simplistes. Ce forum qui débutait sur les "agités" qui sembleraient encombrer les bancs des ULIS pour cause d'exclusions, nous conduit aujourd'hui dans un échange sur l'orientation, le PPS, le poids "du"QI... "L'orienteur" dans ce forum n'a pas bonne presse, pas tout à fait le sergent recruteur.
1 chiffre le QI !!! 1 QI !!!
Allons donc, il y a belle lurette qu'il ne se résume plus à 1 seul chiffre, et quand bien même il l'était autrefois, on distinguait déjà QIV, QIP, et on répugnait à livrer un QIT soit 3 chiffres. Aujourd'hui 4 échelles Raisonnement Perceptif, Mémoire de Travail, Vitesse de Traitement et Compréhension Verbale. 4 échelles et des fourchettes soit 8 chiffres... Je sors d'une CDOEA lundi 11/02, puis je vais présenter des jeunes en Equipe pluridisciplinaire d'évaluation de la CDA-PH dans les semaines prochaines, et ce pour la 10ème année en tant que secrétaire de CCPE puis enseignant référent. J'ai toujours rencontré en ces occasions des Psychologues scolaires on ne peut plus prudents à ce que leur travail ne se résume pas à un ou des chiffres. Des zones normale, faible, limite, fort, moyen... de l'hétérogénéité entre échelles et intra échelles, ces gens là dont les compte-rendus comportent obligatoirement une évaluation chiffrée (c'est dans les textes) expliquent, illustrent les potentiels et les difficultés en ESS, en Equipe éducative. Souvent, toujours ils utilisent d'autres outils pour compléter leur évaluation, et cernent le niveau scolaire de manière précise, complémentaire à l'évaluation réalisée en condition de classe par les enseignants. Leurs écrits sont confidentiels et joints au dossier, ils seront repris en CDOEA et EPE par d'autres psychologues.
L'écrit des Psychologues scolaires s'ajoute à un dossier très conséquent (voire trop mais ça c'est un autre sujet). Il comporte le point de vue des parents parfois très détaillé, les renseignements scolaires fournis par les enseignants, complétés des bulletins, des avis de RASED, des renseignements médicaux confidentiels, une évaluation sociale (au titre bien malencontreux, mais souvent si utile au jeune et à sa famille), toute pièce d'expertise jugée utile (CR d'orthophonie, bilan neuropsy, ergothérapie...), et depuis peu une usine à cases nommée GEVA-Sco (pour la CDA-PH, pas la CDOEA). Chaque "expert" sait de quoi il parle, des parents à l'AS en passant par... Ils connaissent, ou sont informés des différentes possibilités. Ils peuvent visiter, rencontrer ; nous le proposons souvent ; je l'organise toujours pour les CLIS, parfois pour l'ULIS... A la CDOEA ou en EPE, il n'est pas d'avis qui pèserait plus qu'un autre, tous sont partagés et pris en compte. Le travail y est sérieux et respectueux. Les parents sont informés, il peuvent être présents, accompagnés ou représentés. Des révisions d'orientation, de PPS sont possibles, même en cours d'année (3 entre EGPA et ULIS dans mon secteur cette année). Il est possible de déposer un dossier 365 jours sur 365.
Nous sommes usés, fatigués, par le nombre croissant de dossiers, la complexité de procédures "instables". Il y a des risques de dysfonctionnement, d'erreurs, de procédures illégales, j'en connais, j'en ai rencontré ; il n'y a pas 2 départements qui utilisent les mêmes outils et procédures...
Mais nous avons à cœur, comme l'un d'entre vous ne semblait pas le concevoir, que le "vulgus peccum" soit traité comme l'enfant du prof de fac. Bien souvent d'ailleurs les enfants d'enseignants en situation de handicap ne sont pas les plus simples. La blessure est souvent plus profonde et ses conséquences parfois lourdes de tergiversations, voire de ce que l'on pourrait penser être des erreurs.
Je ne sais pas précisément combien de dossiers sont passés entre mes mains en 10 années, mais les quelques "erreurs" d'orientation ont été reprises. Il suffirait d'ailleurs pour s'en persuader de comprendre qu'on oriente aujourd'hui là où les parents demandent. Rien d'autre que le droit commun de scolarisation n'est accessible sans demande des responsables. Et nous ne sommes pas des sergents recruteurs.
Jérémie est scolarisé en CLIS avec une dyslexie, puis il poursuit en EGPA, il arrive en LP pour un CAP "Production et réalisation d'ouvrages électriques", la demande d'AVS-i est accordée, le CAP est réussi brillamment, il entreprend un Bac pro en 2 ans toujours avec AVS qu'il obtient avec mention. Quand je demande à Jérémie ce qu'il comptait faire en juin dernier, il m'annonce désirer continuer en BTS... mais accepte de le faire sans AVS...
Mélanie est née comme ça, elle ressemble à une aborigène au point qu'un directeur d'école la croit adoptée. Ben non, c'est la faute à "Costello". Marche difficile, opérations des tendons, élocution encombrée, praxies laborieuses le geste, l’œil et la pensée ne se suivent pas, sortant d'école maternelle les professionnels unanimes indiquent unanimes IME. Les parents refusent. Mélanie part en CLIS avec SESSAD, heureuse, elle progresse "à son rythme" comme ils disent. Sortant d'école élémentaire les professionnels unanimes indiquent IME. Les parents demandent et obtiennent IME + ULIS. Mélanie "costello" arrive dans un collège 800 à mi temps, elle progresse et comprend ce qu'il y a de bizarre dans le regard de l'autre et parfois elle souffre même de son comportement, mais pas que... Mélanie a 16 ans. L'an prochain elle ira à l'IME-IMPRO parce que le CAP, même en ULIS pro, c'est trop...
Maxime est parti en ITEP alors qu'il était élève de CE1. C'est en 5ème, orienté en ULIS, "sec" sans aide aucune,que je le vois revenir. "J'voulais aller à l'école, mais l'autre là, l'éducateur, pis le directeur, y z'ont jamais voulu". Maxime ne sait pas vraiment lire, mais raisonner, déduire, se débrouiller, tenir tête, se moquer parfois, commencer la journée avec un "red-bull", piquer des bombec au Dia d'à côté du collège... ça il sait. Aujourd'hui Maxime est réorienté en 4ème EGPA, il est accompagné par un SESSAD. Pas un long fleuve tranquille, mais il semblerait que "peinture, applicateur de revêtement" l'intéresse...

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Re: ULIS pour élèves en danger d'exclusion ?

Message par pirçè » 17 févr. 2013 12:20

bonjour
je n'ai jamais voulu jeter l’opprobre sur qui que ce soit en lançant cette discussion, bien au contraire, je rêve juste que tous les professionnels des équipes pluridisciplinaires puissent s'entendre et s'écouter en toute confiance (ce qui n'est pas le cas puisque psy et médecin sont eux les seuls à faire des écrits confidentiels comme vous dites et qui conservent le secret médical en ESS. Pourquoi ? Est-ce qu'ils ne sont pas au courant que rien ne doit sortir d'une ESS de toute manière ?)
Je fais juste le constat que je rencontre de plus en plus en plus d'élèves en CLIS et en ULIS qui n'auraient pas du y être ; de l'aveu même des psy !
Heureusement, les réorientations sont possibles et beaucoup de mes élèves ont pu aller en SEGPA mais vous savez que pour eux il leur faut sortir d'une commission CDA pour rentrer dans une autre CDOEA et que le parcours est plus difficile. Quant aux ULIS, les passerelles sont encore plus difficiles, quand on ne vous dit pas que cela est impossible.
Vous admettez avec moi qu'il y a des erreurs (qui n'en fait pas ?) et qu'elles sont corrigées certes ; n'est-ce pas les enseignants spécialisés justement qui vous alertent sur ces erreurs et qui peuvent aussi être fatigués d'avoir à gérer des classes de plus en plus difficiles où l'on affecte indifféremment des élèves qui ont des troubles de la conduite et du comportement avec des élèves avec des traits autistiques, trisomiques, psychotiques, des carences affectives précoces, des phobiques scolaires et même parfois des surdoués ou des primo-arrivants complètement déboussolés, des ados en crise rejetés... Les troubles des uns accentuant encore les troubles des autres ! Cela est une réalité de terrain ! Je l'exprime ici car l'information ne remonte pas à la MDPH comme elle devrait et que seul l'enseignant spécialisé ne peut rien faire. Pourtant, il y a au moins une ESS par an et rien ne semble changer pour ces élèves que l'on hésite à faire sortir du champ du handicap faute d'autres solutions.
Encore merci donc de votre témoignage.

daniele
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Re: ULIS pour élèves en danger d'exclusion ?

Message par daniele » 19 févr. 2013 18:31

4 échelles et des fourchettes soit 8 chiffres... dont on ne tient pas vraiment compte finalement mais qui quand même sont obligatoires, ce sont les textes !
C'est quand même des chiffres !!!! Et en plus, s'il y a un niveau scolaire précis, c'est encore mieux !!
Désolée, je trouve cette approche de la psychologie encore trop réductrice !!! D'ailleurs ce n'est pas de la psychologie, c'est de la mesure, "scientifique" ?, j'ai des doutes, mais cela nécessiterait un cours de psychologie et non de psychométrie.
Et on revient au point de départ : que faire de la souffrance d'un enfant à l'école et en ULIS, puisque c'était la question initiale ?
C'est pourtant bien cette souffrance, car il y a toujours souffrance, que nous évoquons ici derrière les troubles du comportement évoqués en ULIS et le questionnement sur le PPS.
C'est aussi à cette souffrance que j'essaie de m'adresser dans mon travail quotidien de psychologue, comme tous mes collègues de terrain, maîtres spécialisés ou pas.
Mon objet n'est certainement pas l'orientation, au contraire !! Je suis obligée d'y prendre part et je le fais parce que je fais partie d'une équipe qui a droit à la parole et que je suis également fonctionnaire et que je respecte le système malgré tout. Je suis psychologue de l'EN.
Mon travail se situe dans un tiers espace, comme tous les psychologues, tiers espace délimité par la relation que j'établis avec la famille et l'enfant et que j'élargis aux collègues.
Je confirme donc, j'estime que cet espace est de moins en moins respecté, qu'il est réduit de fait par une culture du handicap et de la réparation "technique", ce en quoi je suis d'accord avec ce qui est écrit plus haut par les collègues enseignants sur la médicalisation et la culture du diagnostic (et des 8 chiffres avec bilan scolaire hyper précis).
Les blessures sont effectivement profondes et ne doivent pas être "administrées", l'information et le respect ne suffisent pas, il faut un accompagnement étroit, confiant, des rencontres régulières, une disponibilité constante, une écoute libérée, c'est ce que j'estime être mon travail de psychologue... (travail qui ne s’improvise pas, nous sommes formés pour) et j'aimerais effectivement qu'on me laisse le faire et qu'on me reconnaisse cette "intimité" avec les parents et les enfants, parce que, pour le coup, ce n'est plus vraiment le cas pour des raisons liées au système actuel !! Laissez les RASED travailler librement et sans besoin de notification sur un compte rendu, laissez l'informel exister.
Moi non plus je n'ai pas pour intention de provoquer les foudres de qui que ce soit en écrivant ce message, juste d'expliquer qu'il faut nous laisser bosser et que tout ne doit pas être sous contrôle de la MDPH et de ses représentants.
L'enfer est pavé de bonnes intentions.

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