Durée de la scolarité en CLIS-1

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sabine

durée de la scolarité en clis1

Message par sabine »

Après 3 ans d'existence, ma CLIS quittera en juin les premiers enfants recrutés, qui y sont restés 3 ans.
Les textes ne sont pas très clairs selon moi sur la durée de la scolarité en CLIS sur le plan national, et encore une fois ce sont plutôt les coutumes locales qui fixent les règles. Concrètement je me pose beaucoup de questions sur ces CLIS dont finalement les élèves ne peuvent pas sortir, même en 3 ans (puisqu'ensuite ils enchaînent en SEGPA ou EREA). ils ne peuvent pas en sortir parce qu'eux et moi passons notre temps à courir après un train qui ne ralentit jamais, celui du cursus. Alors ils ont beau progresser, se restaurer par rapport à eux-mêmes, ces évolutions-là ne sont jamais "rentables" en terme de cursus scolaire, car insuffisantes au yeux de la norme. Quel est l'intérêt des enfants, des familles à s'impliquer dans les apprentissages si cela n'est pas reconnu largement, socialement et scolairement, en dehors des personnes directement concernées par l'évolution de l'enfant ?
Je me suis battue jour après jour contre l'impression qu'ils avaient de redoubler 1 fois, 2 fois... Ça marche entre eux et moi, mais sitôt qu'ils sortent de cette relation, rester 3 ans dans une classe, ça veut dire redoubler.
Je pense que 2 ans est un maximum au-delà duquel on prend de plus en plus de risques en termes d'image de soi et de motivation de tous les sujets. La prise en charge longue durée peut aussi être contre-productive (découragement, lassitude, enfermement ?)
Ces questions me préoccupent beaucoup parce qu'elles posent le problème de mon rôle d'enseignante spécialisée : le visible est d'aider, mais l'invisible est de contribuer à la sélection, à la discrimination.
Je pensais que cet aspect changerait avec la disparition des classes de perf et la création des CLIS, mais finalement, le dispositif n'est pas plus ouvert ni souple sur le terrain, les mots ne sont pas mis en actes.
Ou si peu.
D'autres collègues connaissent-ils les mêmes affres ?

Daniel Calin
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Message par Daniel Calin »

Votre message m'avait complètement échappé. Dommage, il exprime remarquablement un des problèmes fondamentaux de la scolarisation en CLIS, comme, au-delà, de toute scolarisation adaptée.

L'absence de réponse de collègues à votre message ne signifie probablement pas qu'ils ne connaissent pas les mêmes affres que vous. C'est plutôt que vous levez un tabou. Tous les textes officiels depuis une quinzaine d'année font comme si toutes les formes de scolarisation adaptée (même les 3/4 d'heures par semaine de regroupement d'adaptation !) étaient un pis-aller par rapport à la soclarisation ordinaire, à réduire au maximum, avant le plus prompt retour possible en milieu scolaire ordinaire. Mission impossible, sauf exceptions, autant pour les enseignants que pour les enfants (et leurs familles quand on les implique). Impossible pour une raison simple, que vous décrivez parfaitement :
sabine a écrit :ils ne peuvent pas en sortir parce qu'eux et moi passons notre temps à courir après un train qui ne ralentit jamais, celui du cursus. Alors ils ont beau progresser, se restaurer par rapport à eux-mêmes, ces évolutions-là ne sont jamais "rentables" en terme de cursus scolaire, car insuffisantes au yeux de la norme.
Les enfants qui sont orientés vers l'une ou l'autre forme de scolarisation adaptée sont par définition des enfants qui ne sont pas dans la norme. Vue la faiblesse des moyens en scolarisation adaptée, ce sont même des enfants qui sont très loin de la norme (même quand ils ne sont pas à proprement parler "handicapés" !) au moment où l'on se décide à leur proposer une scolarisation adaptée. Dès lors, il est vain d'espérer qu'ils vont rattraper le peloton des "normaux", qui continuent évidemment à pédaler à leur rythme "normal", c'est-à-dire rapide. Quoi qu'ils fassent, quoi que fasse leur famille, et quoi que vous fassiez, l'écart ne peut pas se combler. Il tend même, mécaniquement, à se creuser.

Alors, faut-il abandonner toute forme de scolarisation adaptée ? "Certains" en rêvent, manifestement. Par bêtise, idéologie, ou intérêts gestionnaires. Il suffit d'imaginer vos élèves en milieu ordinaire pour avoir la réponse : leur situation serait pire, et ils tendraient à l'évidence plus à s'effondrer qu'à progresser. Il est inadmissible que les autorités académiques s'obstinent à faire semblant d'attendre de vous un impossible retour à la norme des élèves qui vous sont confiés. Faire semblant, car personne n'est dupe, au fond. Mais ce faire semblant est ravageur, il culpabilise tout le monde, vous, vos élèves, leurs familles. La situation de ces enfants, de leur famille et de leurs enseignants est déjà suffisamment difficile, comme vous le montrez bien, pour qu'on s'abstienne d'en rajouter par de tels mensonges ou un tel déni des réalités.
sabine a écrit :le visible est d'aider, mais l'invisible est de contribuer à la sélection, à la discrimination
Non, vous ne "contribuez" ni à la sélection ni à la discrimination. Si vous faites bien votre travail, si vous élèves progressent, vous limitez au contraire autant que faire se peut les conséquences des réalités qui ont fait que vos élèves ne sont pas dans la norme, réalités constamment complexes et multifactorielles. Aucune "ouverture" ni aucune "souplesse" dans les modalités de scolarisation ne changeront cette réalité fondamentale des disparités entre enfants. Ni le caractère "sélectif" et "discriminant" des fonctionnements sociaux réels. Ne pas se laisser avoir par un certain égalitarisme béat : quand on a besoin d'un médecin ou d'un plombier, il est préférable de bien le "sélectionner" ! L'idéal n'est pas une "égalité" absolue entre les personnes, impossible et effarante. L'idéal serait une société où chacun trouverait sa place, et une place honorable, ce qui est tout autre chose.

En attendant des changements politiques, vos élèves, de toutes façons, pour trouver au mieux leur place dans la société, même telle qu'elle est, n'ont pas besoin de "rentrer dans la norme", mais de progresser au mieux de leurs possibilités, même restreintes. Votre travail n'est pas de normaliser, ce qui serait éthiquement contestable, mais de faire progresser vos élèves dans les apprentissages scolaires. À leur rythme, en fonction de leurs possibilités. La vie est longue. Même les adultes vont à l'école, comme le constatait, catastrophé, un gamin croisé dans une classe spécialisée il y a quelques années...


On peut distinguer de ces problèmes généraux, qui ne devraient pas en être, la question, plus "technique" et plus effective, de la durée de la scolarisation avec un même enseignant. Je comprends le risque d'usure, le risque d'enfermement dans des routines, le risque de dépendance. De part et d'autre, enfants, enseignant, familles aussi parfois. Il arrive assez souvent que les enseignants de CLIS voisines s'arrangent pour "échanger" leurs élèves, souvent en fonction de l'âge, CLIS "petits" et CLIS "grands". Ce qui atténue l'impression de "redoublement" et limite routines et usures. Bien... À vrai dire, je n'ai pas de conviction arrêtée en ce domaine. C'est parfois une très grande chance, pour certains enfants, d'avoir certains enseignants spécialisés pendant des années ! Et puis, c'est la vie, aussi. On ne change pas de famille chaque année, sauf dans certains milieux d'avant-garde dans la décomposition anthropologique ! Dans mon village, j'ai eu le même instituteur, très ordinaire, tout au long de ma scolarité. C'était comme ça, ni bien ni mal. Cela aurait pu être mieux, peut-être, mais cela aurait pu aussi être pire. Il faut savoir faire une place, bon gé mal gré, aux "pesanteurs du réel", lesquelles sont rarement enthousiasmantes, mais sont probablement le plus sûr garde-fou.
Cordialement,
Daniel Calin

pinson
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Re: Durée de la scolarité en CLIS-1

Message par pinson »

Bonsoir,
Je me permets de relancer ce sujet. Je ne suis que depuis quelques mois sur ce forum. Il est vrai que l'on accueille des élèves de plus en plus jeunes en CLIS. Du coup, pour certains, c'est 5 ans qu'ils feront dans la CLIS. On m'a déjà conseillé des échanges de CLIS pour éviter une trop longue scolarisation dans la même classe. J'avoue que je n'ai jamais été très tenté par cette solution.
D'une part, il y a l'intégration dans les classes ordinaires. Bien souvent, pour ces jeunes élèves, elle ne s'impose pas d'emblée. Je privilégie un environnement rassurant pour "poser ses valises", reprendre pied et goût... Puis, lorsque c'est possible, je crois qu'il est important d'envisager cette intégration à long terme. Les élèves restent en CLIS, certes, mais progressent de classe en classe au fil des ans dans leur parcours d'intégration. D'où l'importance, je me répète, d'élaborer cette intégration sur du long terme. L'élève poursuit le cursus d'un groupe d'âge (dans ses classes d'intégration successives) mais conserve toujours le lien (rassurant) de la CLIS. Nos élèves ne sont pas ordinaires (sans-doute sont-ils extraordinaires au sens strict du terme) et c'est bien un parcours en dehors de la norme que nous leur proposons. Car, et c'est le second point, cette longue scolarisation nous permet aussi d'instaurer de la confiance avec l'élève et avec les familles. Parfois, il faut bien plusieurs années pour expliquer et faire accepter aux familles la spécificité de ce parcours. Accepter que cet enfant ne sera pas dans la norme, qu'il ne retrouvera pas un "cursus" (je déteste ce mot) ordinaire. Ce lien privilégié avec la famille est primordial et la durée peut être un facteur favorisant ce lien.
Pourtant, toutes ces certitudes ne n'empêche pas de douter bien souvent quant à l'avenir de mes élèves. Et après ? Le collège ? L'UPI ? La SEGPA (de moins en moins souvent) ? Et encore après ? Sais-je les "préparer" à cet après ? L'intégration en école élémentaire, certes mais qu'en est-il de leur intégration dans la société ?
Je termine avec ma plus grosse interrogation : est-ce à nos élèves de s'intégrer dans l'école puis dans la société ou est-ce à la société de leur faire une place tels qu'ils sont ? J'ai, pour ma part, une réponse ou plutôt une certitude MAIS ... :!: :!: :!: :?: :!:

Richard

Pascal Ourghanlian
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Re: Durée de la scolarité en CLIS-1

Message par Pascal Ourghanlian »

est-ce à nos élèves de s'intégrer dans l'école puis dans la société ou est-ce à la société de leur faire une place tels qu'ils sont ?
Sans doute partageons-nous la réponse...
Mais il n'y a pas encore de cours de bienveillance à l'école :oops:
et j'ai le sentiment vif, et de plus en plus exaspéré/désespéré, que la réponse "pas une tête ne dépasse" est en train de gagner du terrain... :evil:

Ce que vous dites me semble pertinent, et encourageant.
Donc, à encourager :wink:

[Je rappelle que personne ne se pose la question pour les CLIS 2, 3 et 4. Donc, sous-question : qu'est-ce qui (nous) conduit à (nous) la poser en CLIS 1 ?]
Cordialement,
Pascal Ourghanlian

rouxely
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Re: Durée de la scolarité en CLIS-1

Message par rouxely »

Bonjour,
Je suis actuellement en formation Capa-sh option D, et sur un poste en Clis 1 depuis 4 ans. L'année dernière, j'ai accueilli 8 élèves (sur 12) âgés entre 13 et 14 ans, et cette année il y a 3 élèves (sur 11) âgés de 13 ans. On me parle d'âge limité à 12 ans... Je pose la question suivante : y a-t-il un âge limite pour accueillir des élèves en Clis 1 ?
Dans le règlement départemental des écoles publiques, il n'y a aucune information à ce sujet. J'ai consulté le site Légifrance mais je n'ai pas trouvé d'informations à ce sujet.
Enfin, c'est sur votre site, que j'ai trouvé un début de réponse : loi de 1936, âge d'accueil des élèves en primaire ou secondaire de six à quatorze ans. J'aurai voulu savoir si ce texte était toujours en vigueur. Par avance merci de votre réponse.

Pascal Ourghanlian
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Re: Durée de la scolarité en CLIS-1

Message par Pascal Ourghanlian »

Un maintien au cours de la scolarité élémentaire + 1 maintien exceptionnel en cycle 1 = 2 ans de "retard" maximum par rapport à l'âge "ordinaire" de 11 ans en CM2.
Donc sortie de l'école primaire l'année des 13 ans au grand maximum.

Loi de 1989, revue par celle de 2005.
Cordialement,
Pascal Ourghanlian

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