Qui n'est pas adapté ? L'enfant ou la structure ?

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solal
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Qui n'est pas adapté ? L'enfant ou la structure ?

Message par solal » 19 oct. 2007 23:49

J'ai dans ma classe un élève qui ne parle pas aux autres (il parle, mais pour lui tout seul), se montre très violent à la moindre contrariété (frappe, mord, griffe, jette son bureau, tape sur l'armoire, donne des coups dans le mur, etc.). Il n'a pas de limite s'il n'est pas content, il frappe les enfants mais aussi les adultes (AVS, ASEH, directeur et moi-même). Si on le laisse tranquille, il reste calme et n'embête personne (lit des livres à lui, fait des jeux seul dans son coin). Parfois, il est de très bonne humeur et court en parlant tout haut dans la classe. Parfois, il est mécontent et hurle, impossible de faire quoi que ce soit avec les autres.
Cet élève ne peut pas "travailler" seul, il lui faut un adulte à côté. Je ne sais pas quoi faire avec lui. Le service de l'HJ me donne des conseils (l'isoler s'il se montre violent, lui promettre quelque chose qu'il aime s'il fait son travail, demander le soutien du directeur ...) mais rien ne fonctionne. S'il est puni, isolé sur une chaise dans la classe, soit il se montre très violent soit cela ne lui fait rien car il repart dans son "monde intérieur".
On me dit qu'il comprend très bien, qu'il connaît plein de choses (j'ai pu constater cela, mais c'est pas pour ça que j'arrive à lui enseigner des choses nouvelles). L'équipe de l'HJ a des moyens humains qui lui permettent de prendre cet enfant individuellement quand c'est nécessaire. Pour moi, c'est impossible.
C'est pourquoi je m'interroge. J'ai l'impression que cet enfant ne prend rien dans ma classe, on me dit que non. J'ai l'impression que ce que je lui propose ne lui convient pas. Et je ne sais pas quoi penser : est-ce moi qui suis incapable de m'adapter et d'adapter ma pratique à cet enfant ? Cet enfant est-il fait pour la CLIS ? Comment faire pour m'occuper de lui correctement alors que j'ai des élèves au travail qui ont eux aussi besoin d'accompagnement mais au niveau des apprentissages ? Jusqu'à quel point dois-je essayer de changer ce que je fais ? Comment ne pas "sacrifier" les autres tout en m'occupant de lui ?
Où se situe le problème ? Au niveau de l'orientation de l'élève ou au niveau de ma pratique de classe que je ne sais pas adapter à tous mes élèves ? Comment le savoir ?
merci

Pascal Ourghanlian
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Message par Pascal Ourghanlian » 20 oct. 2007 09:24

Eh non, ce sont les limites de l'intégration...
Cet enfant "prend" certainement beaucoup dans votre classe, socialement et intellectuellement, le contraire serait étonnant.
SAUF qu'on n'imagine sans doute pas à quel prix de souffrance pour lui, d'une part ; et qu'on oublie que les objectifs de l'école sont d'apprentissage, d'autre part.
MAIS se retrouvent désormais en CLIS des gamins qui profiteraient plus et mieux d'autres lieux...

Les temps de prise en charge à l'HJ ne sont pas négociables (vers une augmentation) ?
Cordialement,
Pascal Ourghanlian

solal
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Message par solal » 20 oct. 2007 10:11

Je ne pense pas que les temps d'accueil à l'HJ soient négociables, mais nous verrons lors de la réunion de l'équipe éducative. Il vient 5 demi-journées dans ma classe. L'an dernier en maternelle il avait une AVSI 2 demi-journées par semaine, et je pense que les conditions d'accueil étaient meilleures car, au moins, il avait quelqu'un rien que pour lui à ces moments-là.

canoelo
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Message par canoelo » 20 oct. 2007 11:45

bonjour,
J'ai dans ma classe un élève qui a manifestement le même profil que celui de Solal avec un peu moins de violence ; c'est un élève qui est calme quand il peut choisir ses activités (jeu, coloriage, peinture). Il est en situation de refus presque toute la journée pour les activités que je lui propose et perturbe beaucoup la classe (court en classe, se balance sur sa chaise, fouille dans les trousses des autres, monte sur la table, se jette par terre...). J'ai moi aussi l'impression de lui apporter très peu en terme d'apprentissage, même si quelques fois il accepte des "mini-contrats". Les autres élèves se plaignent à présent eux aussi de son comportement perturbateur. De plus, cet enfant est passé de 2 1/2 journées de scolarisation à une scolarisation à plein temps, les parents refusant totalement une prise en charge dans une autre structure (comme c'était le cas pour lui l'an passé). L'équipe du CMP qui le suivait par le passé pense également que cet enfant a besoin d'école mais aussi d'une autre prise en charge pour pouvoir progresser. Alors comment faire pour convaincre la famille, pour lui faire comprendre que sans doute cet enfant est en souffrance avec le rythme de scolarisation actuel ? Que faire en classe si la famille persévère dans sa position ???

akila m
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Message par akila m » 20 oct. 2007 18:24

J'ai actuellement dans ma classe à l'HDJ un enfant de huit ans qui était en CLIS l'année dernière ; la famille niait tout problème alors qu'il ressemble beaucoup par son comportement à l'enfant que décrit Solal. Notre directeur nous a décrit un moment très dur lors d'une réunion (entre SESSAD et école) où les parents sont partis blessés (un papa au bord des larmes) car l'enseignante a dit (sans ménagement ) ce qu'il en était comme personne certainement n'avait jamais osé le dire à ces parents : "votre enfant n'a rien à faire dans une école". C'est ce qui a fait qu'ils ont accepté l'hôpital de jour à temps plein. On peut se poser la question du langage prudent que l'on utilise lorsqu'on parle aux familles ; les parents ne comprennent pas forcément la gravité de la situation si on cherche à les protéger ; et qui doit oser prononcer ces mots (maladie mentale ou handicap) ; les réunions (PPS...) ne devraient pas être des lieux où les familles entendent une vérité devant une équipe de professionnels et repartent dans la solitude et l'humiliation peut-être ; l'école est souvent le lieu où les parents reçoivent comme une gifle cette réalité. Ils refusent de voir, alors à un moment quelqu'un (et souvent l'enseignant) est bien obligé de mettre les bons mots ; n'est-ce l'attribution du psychologue scolaire de faire cela discrètement et chaleureusement en accompagnant ?
J'ai l'impression que plus il y a de professionnels de toutes sortes dans ces réunions, plus il y a de tensions, plus on oublie que les parents ne sont pas des partenaires comme les autres ; ils doivent se sentir perdus face à toutes ces personnes qui ont des objectifs voire des intérêts différents ; tout cela pour dire que la maladie mentale ne s'accepte pas, et que des familles préfèrent garder la face en demandant une scolarisation complète pour leur enfant ; c'est souvent la rencontre avec une équipe, un lieu où ils découvrent des enfants qui n'ont pas l'air fou (l'HDJ), et un accueil particulier qui leur est fait qui les convainc d'accepter une hospitalisation pour que leur enfant se repose psychologiquement. Le soin est toujours plus difficile à faire comprendre.

M Escudie

Pascal Ourghanlian
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Message par Pascal Ourghanlian » 20 oct. 2007 22:15

Bien d'accord avec ME.

Combien de fois me trouve-je en position d'être le premier à user du mot "handicap" car personne, ni médecin du service de soins, ni psy ne s'y colle - chacun pourtant invitant les parents à demander un PPS pour leur gamin...

Concernant le partenariat : "les parents ne sont pas des partenaires comme les autres". Une première remarque : on est à l'école, sur le terrain de l'école, personne n'est "un partenaire comme les autres", ni les parents, ni les services de soins, puisqu'il y a dissymétrie des lieux (les enseignants sont "chez eux", pas les autres). Deuxième remarque nonobstant : pour que les parents soient le plus possible "des partenaires comme les autres", il faudrait leur accorder un même niveau d'expertise qu'aux autres (qu'on appelle "les professionnels"). C'est-à-dire accepter que les parents soient les experts de leur gamin, comme les enseignants sont les experts de l'apprentissage et les services de soins les experts des soins. C'est le seul moyen, me semble-t-il, de conférer à chaque parole la valeur équivalente d'une vérité partielle et qui se complète des autres, non pour avoir un point de vue définitif sur l'enfant (toujours supérieur à la somme des points de vue), mais pour l'aider à avancer (puisque lui est pris dans la dissymétrie première, constitutive, instituante, de l'enfant à l'adulte).
Cordialement,
Pascal Ourghanlian

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Message par akila m » 21 oct. 2007 10:07

Je disais que les parents ne sont pas des partenaires comme les autres :
parce qu'ils viennent entendre parler de ce qui leur est le plus cher (leur enfant) ou si ce n'est pas le cas d'une partie d'eux-même ;
les autres participants travaillent à ce moment et sont rémunérés ; je ne sais si vous plaisantez lorsque vous parlez de les considérer comme des experts si vous mettez le sens de technicien derrière. Certes ils connaissent mieux leur enfant que nous mais la maladie et le handicap les touchent à vif et un accueil ou une attention particulière devrait leur être donné au moment de ces réunions. Il ne faut pas s'étonner après s'ils se transforment en consommateurs demandant et exigeant des résultats mesurables pour leur enfant. Si vous avez des enfants, vous savez très bien que lorsque vous rencontrez leurs enseignants vous n'êtes plus expert mais parent inquiet et fragilisé si des problèmes se présentent.

Mescudie

Pascal Ourghanlian
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Message par Pascal Ourghanlian » 21 oct. 2007 10:19

On peut être expert et inquiet : l'expertise, c'est le regard de l'autre qui vous la donne, plus que vos connaissances...

Pour ce qui est de l'accueil et de l'attention particuliers, ils me semblaient aller de soi. Dans quel monde sommes-nous en train de virer s'il faut préciser que nous devons à l'Autre "accueil et attention particuliers" ? Surtout dans nos métiers...
Cordialement,
Pascal Ourghanlian

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Message par akila m » 21 oct. 2007 11:07

D'accord pour ce sens là. Bon dimanche. M Escudie

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Message par solal » 21 oct. 2007 11:10

Les parents de mon élèves semblent bien conscients des problèmes mais semblent beaucoup tenir à l'école, ce qui est bien compréhensible, puisque leur enfant connait beaucoup de choses (nombres, mots globaux, etc.). Donc, c'est vrai que l'école lui apporte des choses. Le problème c'est que cet enfant ne communique pas, ni avec les adultes de la classe, ni avec les enfants. Il n'accepte pas de contrat, il veut faire ce qu'il veut, la "menace" de punition me marche pas, je n'ai pas de prise sur lui et surtout, il est physiquement très fort, ce qui le rend dangereux. De plus, je cède souvent, je le laisse dans son coin parce que sinon, je laisse complètement tomber les autres, et ça, ça me donne vraiment mauvaise conscience. Il sait donc qu'il va finir par avoir ce qu'il veut car, comme je le disais plus haut, s'il est puni en isolement dans un coin de la classe sur une chaise, il s'amuse bien (dans sa tête) et après tout il a gagné, je lui fiche la paix et ne lui demande plus de travailler. Comme il n'a aucune relation privilégiée avec les autres, ça ne lui fait rien de ne pas participer à la récréation, il est bien tout seul dans son coin. Je n'ai aucune prise et je me rends bien compte que ce dont il a besoin, d'être cadré et accompagné, nous ne pouvons pas le lui offrir dans ma classe. C'est un peu comme si à l'HJ on lui offrait tout ce dont il a besoin pour évoluer (activités, accompagnement) et que 5 fois par semaine on l'envoyait dans la fosse aux lions dans ma classe.

Pascal Ourghanlian
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Message par Pascal Ourghanlian » 21 oct. 2007 13:25

Vous décrivez assez bien la situation de nombreux gamins, "étiquetés" "trouble envahissant du développement"", qui "virent" "trouble du comportement" parce qu'on leur impose des contraintes actuellement intenables pour eux... (notez tous les guillemets).

Vous arrivez, me semble-t-il, à composer entre votre culpabilité, les autres élèves de la classe, les apprentissages dûs, le lâcher prise le concernant. Ce n'est pas satisfaisant, mais vous n'êtes pas responsable seule de cet état de fait (et encore moins coupable...), et l'école n'est pas un lieu de thérapie.

Bon courage à vous ! Essayez tout de même de partager tout ça avec les autres membres de l'équipe : parents, référent, partenaires de l'HJ, directeur, collègues. Ne restez pas complètement seule :cry:
Cordialement,
Pascal Ourghanlian

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Message par solal » 21 oct. 2007 14:52

Merci.
Ce n'est pas mon genre de rester seule face à ce genre de situation, tout le monde sait ce que nous vivons dans la classe : psychologue, référents HJ, PE HJ, parents, maître référent. Mais ça ne change pas grand chose au quotidien. On me dit qu'on pense bien à moi, on me souhaite bon courage et, au mieux, on me donne des conseils, malheureusement non applicables ou à peine dans ma classe. Le directeur veut faire un courrier à l'IEN afin de signaler le danger que cet enfant peut représenter pour les autres. Je trouve ça bien triste, qu'apparemment ce soit la seule chose concrète que nous soyons en mesure de faire, mais je pense que nous allons le faire.

Pascal Ourghanlian
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Message par Pascal Ourghanlian » 21 oct. 2007 15:20

Dans le même genre de situations, on me sollicite pour "monter" des orientations ITEP... :oops:
Modifié en dernier par Pascal Ourghanlian le 09 déc. 2007 20:48, modifié 1 fois.
Cordialement,
Pascal Ourghanlian

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Message par solal » 09 déc. 2007 18:59

Des nouvelles de mon élève : au cours de la réunin de ESS il a été décidé de passer de 5 1/2 journées à l'école à 3 1/2 journées. Le reste du temps, donc 2 1/2 journées, il reste chez lui car l'HJ ne peut pas le prendre. D'un côté ça me soulage, c'est sûr, mais d'un autre côté, je trouve cela dommage qu'il ne lui soit rien proposé en contre-partie. Cet élève ne bénéficie que d''une heure de scolarisation à l'HJ, alors que, d'après ce que l'on ma dit, il prend bien plus là-bas que dans ma classe. Ils disent ne pas pouvoir le prendre plus. J'avoue que je ne comprends pas pourquoi on ne demande pas aux enseignants de l'HJ de prendre pendant un temps plus long les élèves qui ne profitent pas vraiment d'une scolarisation en clis.

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